Coronavirus : Ecoles, variant anglais et rebond épidémique… Une semaine cruciale pour le gouvernement – 20 Minutes

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Dépistage par des infirmières du Service Départemental Incendie Secours (SDIS), à l’aéroport Nice-Côte d’Azur le 30 décembre 2020. — SYSPEO/SIPA
  • Alors que le nombre de nouvelles contaminations au coronavirus ne baisse pas, un rebond épidémique est à craindre après les rassemblements privés du nouvel an.
  • Et l’épidémie pourrait s’enflammer de plus belle si le variant britannique du coronavirus, déjà repéré dans l’hexagone, circulait activement sur le territoire.
  • Pour le gouvernement, pas question d’instaurer un troisième confinement, mais de nouvelles mesures restrictives pourraient être décrétées.

Garder l’épidémie sous contrôle. Eviter la catastrophe sanitaire observée outre-Manche, avec un Royaume-Uni submergé par le nouveau variant du coronavirus. Telle est l’épineuse mission du gouvernement de Jean Castex, déjà copieusement critiqué pour sa lenteur dans le lancement de la campagne de vaccination anti-Covid.

Entre l’effet de rebond épidémique du nouvel an qui devrait être quantifiable dès cette semaine et la mise au jour dans l’hexagone de  clusters du variant britannique qui pourrait se répandre comme une traînée de poudre sur le territoire, les prochains jours seront décisifs pour le gouvernement. Et sa marge de manœuvre sera très mince pour contenir la propagation de l’épidémie sans devoir dégainer l’arme ultime du reconfinement.

Surveiller la propagation du variant anglais

« Plusieurs choses vont être décisives durant la semaine à venir, plante Pascal Crépey, épidémiologiste et enseignant-chercheur à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes. On peut s’attendre dès les prochains jours à des clusters liés au réveillon du nouvel an suivis d’une augmentation des hospitalisations. Et bien sûr, il y a le variant anglais, qui démultiplie la transmissibilité du virus ».

A ce jour, plusieurs contaminations au nouveau variant sont recensées en France. Il a été identifié au sein d’une famille française de cinq personnes, résidant au Royaume-Uni et venue à Marseille pour les fêtes, après un test le 31 décembre. Dans la foulée, une quarantaine de cas contacts ont été identifiés, parmi eux, huit cas de personnes atteintes de ce variant ont été détectés ce dimanche, et 23 cas positifs au  Covid-19. Il est aussi présent en Ile-de-France, où un animateur scolaire a été testé positif à ce variant, alors qu’il n’avait quant à lui effectué aucun séjour au Royaume-Uni.

« On va connaître le résultat des enquêtes en cours sur le niveau de circulation de ce nouveau variant, ce qui va permettre de comparer ces données à l’évolution de la situation anglaise, et de faire des projections plus justes sur la situation sanitaire dans les jours, semaines et mois à venir, indique l’épidémiologiste. Mais il est assez clair que le nouveau variant circule déjà sur le territoire. Et comme cela a été le cas au Royaume-Uni et au Danemark, il devrait progressivement remplacer la souche actuelle et rendre l’épidémie beaucoup plus difficile à contrôler. Il n’y a pas de raison de penser qu’il y aura une exception française de ce nouveau variant : à partir du moment où il se propage plus facilement que l’ancien, il va forcément dominer la circulation virale dans notre pays ».

Dépistage massif et séquençage

Mais jusqu’où le variant circule-t-il en France ? Une enquête nationale a été lancée pour en faire une « première cartographie », et les autorités sanitaires devraient commencer à y voir plus clair dès les prochains jours, a expliqué ce dimanche le ministre de la Santé Olivier Véran. A Roubaix, dans le Nord, une vaste campagne de tests PCR et antigéniques démarrera ce lundi, avec le variant en ligne de mire grâce à un séquençage génétique. « Le séquençage permet aujourd’hui de détecter ce variant en l’absence de RT-PCR spécifique, précise Pascal Crépey. Mais dans les prochaines semaines, des tests spécifiques permettront d’identifier directement ce variant. Cette phase de séquençage est donc temporaire, en attendant que les laboratoires s’équipent massivement pour détecter ce variant anglais ».

Et dans les écoles, où une propagation du variant est redoutée, les dépistages vont aussi se multiplier. « Nous nous sommes mis en situation de faire un million de tests en milieu scolaire, essentiellement les lycées et les collèges », a assuré ce dimanche le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer au Grand Jury de RTL.

Maintenir les écoles ouvertes

Pour Jean-Michel Blanquer, l’objectif est de maintenir les écoles ouvertes. « Notre boussole, c’est de dire que la dernière chose qu’il y aurait à fermer en cas de durcissement des mesures, c’est l’école », a-t-il insisté. D’autant qu’à ce jour, la plupart des contaminations détectées en milieu scolaire sont « liées à des activités en dehors de l’école », a-t-il rappelé ce dimanche. C’est pourquoi « il n’y a pas lieu à ce stade d’envisager la fermeture des écoles », en prolongeant par exemple les vacances de février, a renchéri son collègue Olivier Véran.

« Dans les premières analyses réalisées au Royaume-Uni, on avait l’impression que l’incidence de ce nouveau variant était un petit peu plus forte dans les tranches d’âge plus jeunes, mais c’est à mettre en perspective : quand le variant a commencé à circuler, les écoles étaient ouvertes, donc comme dans le reste de la population, ce variant s’est propagé plus facilement aussi dans les écoles, détaille l’épidémiologiste Pascal Crépey. Ce qui est plus probable, c’est que le variant se propage plus facilement quelle que soit la tranche d’âge. Cela veut dire qu’il va y avoir plus de contaminations qu’avant dans les populations jeunes, tout comme il y en aura davantage dans les tranches d’âge plus âgées. Et pour l’heure, si le protocole sanitaire mis en place dans les écoles reste efficace et permet de les garder ouvertes sans risque épidémique, c’est une bonne chose ».

Eviter un reconfinement

« Je ne veux pas que nous vivions » la même situation « catastrophique » qu’en Angleterre et en Ecosse, qui ont dû se reconfiner, a déclaré ce dimanche Olivier Véran. La France prend des « mesures proportionnées » face à une « croissance lente de la circulation du virus », et « s’il y a lieu de prendre des mesures supplémentaires (ce sera) si nous constatons que le virus reprenait une course folle sous la forme d’une vague, ce qui n’est pas le cas à l’heure à laquelle je vous parle », a assuré le ministre, interrogé sur un possible reconfinement.

« Mais le fait qu’il faille renforcer les mesures dans un proche avenir fait assez peu de doute », estime Pascal Crépey. Et si le variant britannique s’imposait dans l’hexagone, le gouvernement pourrait être contraint de sortir pour la troisième fois la carte très impopulaire du confinement. « D’un point de vue épidémiologique, on pourrait justifier de reconfiner toute la population dès maintenant, y compris dans l’ouest de la France où le taux d’incidence est relativement faible et où l’épidémie est sous contrôle. Cela permettrait de faire baisser la circulation du variant actuel et retarderait la diffusion du variant anglais, le temps de vacciner le plus de gens possible et en particulier les personnes à risque. Mais ce qui peut avoir du sens d’un point de vue épidémiologique n’en a pas forcément d’un point de vue social, sociétal et économique. C’est pourquoi cela doit rester un outil de dernier recours : un nouveau confinement, s’il n’est pas accepté, risque de ne pas être respecté, et sera inefficace. Or, comme c’est notre arme ultime pour contrôler l’épidémie, si on l’émousse, on risque de se retrouver, désarmé quand le variant se diffusera plus largement sur le territoire ».

Des restrictions supplémentaires pas impossibles

Alors que la France reste sur un plateau de contaminations, huit nouveaux départements vont passer ce dimanche à un couvre-feu avancé à 18 heures, et le gouvernement pourrait décréter d’autres mesures restrictives. Mais dispose-t-il encore de leviers à actionner ? « On peut encore améliorer le télétravail : une partie des gens qui vont télétravailler pourraient rester chez eux et ainsi éviter les contacts sur le lieu de travail et dans les transports, prescrit Pascal Crépey. On pourrait aussi réfléchir à fermer de nouveau les lieux de culte, qui restent des endroits à risque parce que ce sont des espaces confinés ».

Moins restrictive, mais peu plébiscitée, « l’appli TousAntiCovid est une arme potentiellement efficace pour réduire la pression épidémique, parce qu’elle rend très réactive la stratégie de dépistage du “tester, tracer, isoler”, insiste l’épidémiologiste. Pourtant, elle reste boudée par les Français, avec à ce jour à peine 12 millions de téléchargements. Si au lieu d’un cinquième des Français, au moins la moitié des Français l’utilisaient, la situation serait bien meilleure ».

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