Coronavirus : C’est quoi cette histoire de sixième dose de vaccin Pfizer ? – 20 Minutes

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Un flacon de vaccin Pfizer contient désormais officiellement six doses au lieu de cinq — Jae C. Hong/AP/SIPA
  • Après l’annonce de l’Agence européenne du médicament le 12 janvier, le laboratoire Pfizer a lui aussi pris la décision de considérer qu’un flacon de son vaccin contenait six et non cinq doses.
  • En raison de ce nouveau calcul, Pfizer a annoncé qu’il compte livrer moins de flacons à l’Europe, pour un nombre similaire de doses.
  • L’Europe va-t-elle profiter de cette sixième dose ou est-ce un coup dur pour la vaccination ?

Pfizer l’a annoncé ce vendredi. Le laboratoire pharmaceutique va réduire son nombre de flacons de vaccin livrés en Europe contre le coronavirus, selon les informations de l’APMNews, après la décision de l’agence médicale européenne du 12 janvier de considérer qu’un flacon contient six doses de vaccin au lieu de cinq.

Compte tenu de ce nouveau calcul, des difficultés de production, et ayant reçu des commandes en nombre de doses et non de flacons, Pfizer a donc décidé de livrer moins de flacons à l’Union européenne, argumentant que le nombre de doses seraient équivalent. Ce nouveau calcul peut-il mettre la campagne de vaccination en Europe en danger ? « 20 Minutes » fait le point.

De quoi parle-t-on ?

A l’origine, les flacons du vaccin Pfizer contenaient officiellement cinq doses. Mais très vite, les campagnes de vaccination ont montré que les flacons étaient faits de telle manière, qu’avec la bonne méthodologie et le matériel adapté (notamment une seringue spécifique), il était possible d’extraire une sixième dose du flacon, Pfizer ayant vu plus large que prévu dans le volume. Un volume excédentaire tel qu’il permet d’extraire 0,3 millilitre supplémentaire du flacon, soit pile une sixième dose. Afin de régulariser cette pratique, l’Agence médicale européenne a officialisé le fait qu’un flacon Pfizer contenait six et non cinq doses de vaccin le 12 janvier, une décision suivie par Pfizer lui-même.

Le laboratoire, qui rencontre des difficultés de production, et a déjà annoncé à l’Europe la semaine dernière qu’il y aurait certains retards de livraison, a décidé de fait de réduire son nombre de flacons livrés à chaque pays, indiquant que le nombre de doses serait en revanche similaire.

Supposons que la France ait passé une commande de 120 doses de vaccin. Avant cette officialisation, elle aurait reçu 24 flacons (24 x 5 doses = 120, le compte est bon). Mais maintenant que Pfizer a officialisé la sixième dose, elle n’en recevra plus que 20 (20 x 6 = 120, vous suivez toujours). Les commandes de doses se chiffrent en réalité en millions et non pas en centaines, ce qui fait une sacrée différence de production.

Cette sixième dose est-elle une dose au rabais ?

« Non », tranche de suite le médecin en soins palliatifs Laurent Fignon. « Si on vaccine six personnes avec un seul flacon Pfizer, il n’y aura pas une personne moins bien vaccinée que les autres. La sixième dose est une dose totale, complète et aussi efficace que les autres. »

Seule subtilité, son extraction demande de disposer d’un matériel adéquat : des aiguilles serties et des seringues adaptées, avec de très faibles espaces morts permettant de limiter les pertes. L’espace mort correspond au volume dans lequel subsiste une certaine quantité de liquide une fois le piston de la seringue complètement enfoncé. Très vulgairement, il s’agit donc d’un liquide perdu. Etant donné que le vaccin n’a désormais plus de volume bonus, chaque millilitre compte, et seuls du matériel précis permet de ne pas perdre trop de volume. En effet, si on n’arrive pas à puiser 0,3 millilitre pour la sixième dose, celle-ci est par contre considérée comme caduque. Le problème ne vient pas d’une sixième dose moins bonne, mais d’un volume précis.

L’agence européenne s’est-elle tirée une balle dans le pied ?

On pourrait effectivement penser qu’on vient de perdre une super dose bonus et que l’agence européenne du médicament aurait mieux fait de ne rien dire afin de profiter de cette dose surnuméraire tout en ayant plus de flacons. En réalité, la décision de l’agence européenne du médicament est plutôt une chance.

Laurent Fignon détaille : « Il existe en médecine l’autorisation de mise sur le marché, l’AMM. Tant que l’agence européenne n’avait pas validé cette sixième dose, un flacon Pfizer ne contenait que cinq doses officielles, et utiliser cette sixième dose mettait le soignant hors AMM. » En cas de problème ou de poursuites, un médecin qui a respecté l’AMM n’est pas fautif, puisqu’il a suivi la procédure. Dans le cas de la sixième dose, un flacon n’en contenant officiellement que cinq, cette dernière était techniquement délivrée hors cadre. Désormais, les soignants sont totalement couverts lorsqu’ils fournissent une sixième dose. Sans parler de la dangereuse boîte de pandore qui consistait à laisser durer une pratique non officialisée…

Ce n’est pas tout. « Pfizer a des problèmes de production, il y aura moins de flacons livrés que prévus, sixième dose ou pas. De fait, cette sixième dose est une bénédiction », avance Laurent Fignon. Quant au matériel nécessaire, « l’officialisation par l’Agence européenne du médicament va pousser les Etats à se fournir en seringues et aiguilles adaptées. Il y a une sixième dose, aux nations de la rendre disponible », ajoute le médecin, qui rappelle également qu’avant cette officialisation, Twitter était noyé de tutoriels parfois délirants sur comment puiser cette sixième dose.

Avec le cadre officiel, il existe à présent une marche claire et définie à suivre, loin des improvisations parfois dangereuses. La France a déjà indiqué de son côté se fournir massivement en aiguilles serties et livrer les CHU, qui ensuite se chargent de les distribuer à travers leurs territoires. La sixième dose existe, et il n’y a désormais plus d’excuse pour la gaspiller.

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