Coronavirus : Au lycée Eugène Delacroix de Drancy où 20 parents d’élèves sont morts du Covid, 22 classes seront fermées dès lundi – 20 Minutes

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Au lycée Eugène Delacroix de Drancy, où vingt parents d’élèves sont morts des suites du Covid-19, les fermetures de classes se multiplient à mesure que les contaminations augmentent. — Maxime Le Pihif/SIPA
  • En Ile-de-France, les contaminations au Covid-19 se multiplient dans les établissements scolaires. Ainsi au lycée Eugène Delacroix de Drancy en Seine-Saint-Denis, vingt parents d’élèves sont morts du coronavirus depuis le début de la crise sanitaire.
  • Les enseignants de l’établissement dénoncent une situation « alarmante » et réclament la fermeture de leur lycée.
  • Dès lundi, 22 classes de ce lycée seront fermées, et un dépistage massif devrait être organisé dans la semaine au sein de l’établissement.

C’est à la fois la priorité et la fierté du gouvernement : maintenir les écoles ouvertes le plus possible durant cette crise sanitaire. Mais est-ce encore tenable et raisonnable aujourd’hui ? Avec des contaminations au Covid-19 qui grimpent en flèche dans les écoles, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer leur fermeture. Et les chiffres sont alarmants, notamment en Seine-Saint-Denis, et en particulier au lycée Eugène Delacroix à Drancy, où près d’une soixantaine d’élèves et une vingtaine d’enseignants ont été contaminés au coronavirus depuis le 1er mars. Plus grave encore : vingt parents d’élèves de cet établissement sont morts des suites du Covid-19 depuis le début de la pandémie.

Face à la situation, les enseignants de ce lycée réclament la « fermeture urgente et temporaire » de leur établissement. Vendredi, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer a annoncé que dans les 19 départements reconfinés, un seul cas de Covid dans une classe entraînerait désormais sa fermeture. Mais cela suffira-t-il face à une troisième vague si virulente et un virus qui a franchi les portes des écoles ? Le cas du lycée de Drancy aurait-il pu être évité ? Et comment faire pour qu’il ne se reproduise pas dans d’autres établissements scolaires ?

Des contaminations en hausse et situation « alarmante »

Confrontés à une hausse rapide des contaminations au sein de leur établissement, les enseignants du lycée ont décidé d’exercer leur droit de retrait. Dans une lettre adressée au président de la République et au ministre de l’Éducation Nationale, ils évoquent une situation sanitaire « alarmante » et jugent « irresponsable de mettre leur vie et celle de leur famille en danger ».

Et depuis le début de la pandémie, le lycée Eugène-Delacroix paie un lourd tribut au Covid-19, avec la mort d’une vingtaine de parents d’élèves recensés à ce jour. « On nous a communiqué ce nombre lors du dernier conseil d’administration en décembre », a affirmé Fabrice Morel, enseignant et délégué du SNES-FSU 93, interrogé vendredi par France Bleu Paris. « Moi-même, j’ai deux élèves qui ont perdu leur père ». Or, « à chaque fois qu’une personne meurt du Covid-19, c’est une famille entière qui est touchée, et des enfants dont la vie est affectée, souligne Rodrigo Arenas, coprésident de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE). Et aujourd’hui, les enseignants demandent à Jean-Michel Blanquer de les protéger ».

Car le virus continue de circuler activement dans les rangs du lycée : « Nous avons depuis la semaine dernière, en cas cumulés, 36 élèves et une dizaine de personnels [testés] positifs » au Covid-19, a indiqué ce dimanche Daniel Auverlot, le recteur de l’académie de Créteil, lors d’une conférence de presse. « Cela a amené le proviseur à fermer 12 classes dès la semaine dernière ».

Fermeture de 22 classes et « détection massive » au sein de l’établissement

Et ce n’est qu’un début. Après l’annonce vendredi par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer du protocole sanitaire renforcé, qui prévoit de fermer une classe dès qu’un cas de Covid-19 y est détecté, ce ne sont pas moins de « 22 classes » au total qui seront fermées dès ce lundi au sein du lycée Eugène Delacroix, a ajouté Daniel Auverlot. Soit « environ 500 élèves » – sur les 2.400 que compte l’établissement- qui seront concernés par les fermetures, a-t-il précisé.

En outre, « l’inspecteur d’académie et ses adjoints se déplaceront dans l’établissement pour prendre toute la mesure des choses et voir s’il y a des évictions supplémentaires à faire et pour discuter avec l’ensemble des personnels », a-t-il déclaré. Et au rang des choses à faire, une « détection massive » des cas de Covid-19 sera organisée mardi et mercredi au sein du lycée, a promis le recteur, indiquant qu’initialement « ce n’était pas prévu ».

« Nous ne fermerons qu’en dernière nécessité »

Et « la situation est tendue, surtout en Ile-de-France et dans les Hauts-de-France car il y a de moins en moins d’adultes pour pouvoir accueillir tous les élèves », explique Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, le premier syndicat du primaire. Selon elle, « on est dans un mode dégradé dans de nombreux endroits » et « les écoles vont finir par fermer d’elles-mêmes car il n’y aura plus du tout assez d’enseignants pour assurer leur bon fonctionnement ».

Sur l’ensemble du territoire, le nombre d’élèves contaminés par le coronavirus a encore augmenté en une semaine, passant de plus de 15.000 à plus de 21.000 (soit un taux de 0,17 % contre 0,13 % il y a une semaine). Le nombre de personnels contaminés également en hausse, passant de 1.809 à 2.515, soit un taux de 0,22 %. Et sur l’ensemble du territoire, 3.256 classes (contre 2.018 il y a une semaine) sont fermées sur 528.400, et 148 structures scolaires (contre 80) le sont sur 61.500, dont 116 écoles, 22 collèges et 10 lycées.

De son côté, le gouvernement se refuse toujours à une fermeture généralisée des écoles. « Nous ne fermerons qu’en dernière nécessité », a redit en fin de semaine le ministre de la Santé Olivier Véran, par ailleurs pas favorable à la proposition d’avancer les vacances d’avril de quinze jours. « L’objectif est plutôt de maintenir le calendrier car il n’est pas démontré que les vacances aboutissent à moins de contaminations que la période scolaire », a-t-il insisté.

« On sait ce qu’il faut faire, mais ça coûte de l’argent »

Un positionnement « incompréhensible » pour Rodrigo Arenas, pour qui « le gouvernement n’a pas su mettre en place des protocoles sanitaires sûrs pour assurer la continuité pédagogique. Où sont les masques, les lave-mains, les capteurs de CO2 ? Cela fait un an que l’on réclame ces mesures. On sait ce qu’il faut faire, mais ça coûte de l’argent, et il faut des moyens. Des moyens suffisants pour que l’école se fasse avec une bonne répartition entre le distanciel et le présentiel, avec des demi-jauges de la maternelle au lycée, des masques pour tous, des sanitaires mobiles, des dépistages massifs et réguliers, des embauches pour encadrer les enfants tant sur le plan sanitaire dans les écoles que pour accompagner leur apprentissage à distance. On a un plan de relance à 100 milliards d’euros, qui ne prévoit pas un centime pour financer des mesures anti-Covid dans les établissements scolaires : c’est une violence supplémentaire pour les enseignants et les élèves. Où est l’argent pour l’école de nos enfants ? »

Un manque de moyens que regrette la FCPE. « Nous appelons l’ensemble des parents, des enseignants, des élèves et même des grands-parents à faire des “casserolades”, à faire du bruit pour demander les moyens nécessaires. Aujourd’hui, pour ces lycéens qui ont perdu un parent à cause du Covid-19​, il n’y a pas de psychologue scolaire, pas de prise en charge adaptée. En clair, il faut que le parent qui reste paie de sa poche des séances de psy. Or, quand on vient de perdre son conjoint, que l’on a déjà des difficultés à payer les masques et les frais du quotidien, c’est impossible. C’est une réalité en Seine-Saint-Denis, mais pas seulement : ce qu’il se passe aujourd’hui dans le 93 n’est plus l’exception, c’est en train de devenir une généralité ».

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