Le compte à rebours est lancé depuis hier. Il faut réunir un peu plus de 4,7 millions de signatures pour espérer un référendum sur cette question. 

4,7 millions avant le 12 mars 2020, c’est à dire d’ici 9 mois. J’ai fait le calcul, cela veut dire 17 000 signatures par jour sur le site mis en place par le ministère de l’Intérieur. 

Ce ne sera pas simple, mais on devine déjà une mobilisation puissante. D’ailleurs, quand vous tapez sur Google le verbe « signer », immédiatement, la première suggestion automatique évoque le référendum sur Aéroports de Paris. Même chose si vous écrivez « pétition » dans le moteur de recherche, le premier choix proposé : “pétition ADP”. 

Certes, le décollage, hier, s’est révélé périlleux. De nombreux internautes ont dénoncé les bugs, les défaillances du site qui accueille la pétition. Nous sommes allés y faire un tour : il est vrai que la plateforme est austère, sans fantaisies et doté d’une ergonomie qu’on décrira comme… améliorable. 

Ce qui fait dire au sénateur socialiste Rachid Temal que la « start-up nation » vantée par le gouvernement ne s’était pas diffusée jusqu’à ce portail internet [extrait sonore]. 

Fichier

Cela dit, la signature de soutien au référendum n’a rien d’impossible non plus. Il faut renseigner ses noms, prénoms, commune de votre bureau de vote, numéro de carte d’identité. 

Avant de signer, un ultime avertissement prévient le citoyen : son nom – comme celui de tous les pétitionnaires – sera public. Il n’en faut pas plus à certains pour dénoncer le « fichage » dont se rendrait coupable le gouvernement. 

Fichage : le mot est fort. Il renvoie tout de suite à un fichier d’opposants politiques, presque une liste de dissidents. 

Il faut garder raison. D’abord parce que ce fichier sera détruit deux mois après la fin du processus – après que le Conseil constitutionnel aura validé (ou pas) la collecte des signatures. 

Ensuite, imaginons que le gouvernement ait fait le choix inverse : celui de ne pas rendre public les noms des soutiens. Les mêmes qui s’inquiètent d’un “fichage politique” auraient dénoncé “l’opacité” suspecte qui entoure ce vote. En ces temps de méfiance parfois mâtinée d’un soupçon de conspirationnisme, il n’y a guère de doute : l’exécutif aurait été accusé de manipuler les chiffres sans contrôle extérieur. 

Quant au fonctionnement parfois aléatoire du site, là encore, attention au sentiment de persécution…

Ceux qui hurlent à la malveillance du gouvernement imaginent-ils vraiment une réunion dans le bureau de Christophe Castaner pour décider d’instiller des bugs sur la plateforme ? 

La manœuvre, en plus d’être improbable, serait totalement contre-productive. Ces bugs font pester, râler, échanger, dialoguer les signataires. Ils créent un sentiment d’agacement et d’injustice qui… renforce la mobilisation. 

D’ailleurs, sur Twitter, des comptes d’assistance “citoyenne” ont immédiatement été créés pour aider ceux qui veulent apposer leur cyber-signature. Des sortes de SAV démocratiques. 

Dès lors, la défaillance organisée du site serait à la fois imbécile, inutile et dangereuse pour le gouvernement. En politique, je crois qu’on sur-estime toujours le machiavélisme, on sous-estime toujours l’amateurisme. 

Eclipse

Il reste que nous sommes en train d’assister à un très beau moment démocratique. Pour le journaliste politique, cette collecte de soutiens pour aboutir à un référendum, c’est un peu ce que l’éclipse totale de soleil est à l’amateur d’astronomie. C’est un moment inconnu, un moment rare, dont on ne sait pas si on le reverra de son vivant. 

Car le RIP, c’est sans doute la première et dernière fois qu’il existe. En tout cas sous cette forme. 

L’exécutif a décidé d’en modifier les conditions. A l’avenir, ce type de référendum ne pourra plus concerner les décisions récentes du gouvernement, c’est à dire les lois promulguées depuis moins de trois ans – ce qui n’était pas le cas pour ADP. RIP le RIP, donc. 

Voilà pourquoi cette collecte de soutiens, cet ovni démocratique appartient à la fois au futur et au passé. Et pourquoi il est, chez ses partisans, un espoir et déjà une nostalgie. 

Frédéric Says