Congé après la mort d’un enfant: Pénicaud sur un siège éjectable? – BFMTV.COM

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Après deux ans et demi de pouvoir, l’effet “techno” de la macronie semble s’être définitivement épuisé. Au point d’être devenu, pour certains ténors de La République en marche, un redoutable irritant. Le cas de Muriel Pénicaud l’illustre bien. Après le couac de jeudi autour de la proposition de loi UDI augmentant le nombre de jours de deuil accordés aux salariés ayant perdu un enfant, la ministre du Travail se trouve à nouveau critiquée de toute part.

Manque d'”humanité”? Manque de sens politique? Les deux à la fois? Les interrogations visant l’ex-DRH de Danone importent sans doute moins que les conséquences qu’elle risque de subir si, une fois la réforme des retraites votée, Emmanuel Macron décidait de procéder à un remaniement gouvernemental. 

Déjugée par Philippe il y a quelques mois

Car Muriel Pénicaud n’en est pas à sa première déconvenue. Durant l’automne dernier, elle se voyait déjuger par son propre Premier ministre, avec lequel les relations se sont rafraîchies durant la crise des gilets jaunes. À l’Assemblée nationale, Édouard Philippe enterrait lui-même la suppression de l’exonération de charges sociales accordées aux plus de 70 ans employant une aide à domicile. Une mesure initialement prévue dans le projet de loi de finances 2020. 

“J’ai demandé à la ministre du Travail de renoncer à cette mesure. Elle n’entrera pas en vigueur mais nous devrons trouver d’autres pistes d’économies”, affirmait le locataire de Matignon. 

À l’époque, beaucoup y ont vu un affront fait à Muriel Pénicaud, dont l’arrivée rue de Grenelle s’était déroulée en fanfare, avec des ordonnances sur le code du travail passées comme autant de lettres à la poste. Puis il y a eu la réforme de l’apprentissage votée en août 2018, dont l’intéressée a vanté les retombées un an plus tard.

Cela a d’ailleurs déclenché l’ire des présidents de région qui, pas plus tard que ce mardi, ont reproché à la ministre de s’arroger les bons résultats du dispositif. “La croissance à deux chiffres dont se prévaut à longueur d’interviews Mme Pénicaud, ce sont les régions qui en sont à l’origine!”, écrit Régions de France dans un communiqué publié ce mardi.

S’ajoute à tout cela la communication parfois décousue de la ministre, dont plusieurs interviews radiotélévisées ont été abondamment relayées, pointées du doigt pour leur manque de clarté. 

Les “technos” menacés?

L’imbroglio autour du congé pour deuil semble toutefois être la goutte de trop. Dans Le Parisien, conseillers ministériels et députés marcheurs se lâchent, même si cela demeure sous le sceau de l’anonymat:

“Elle fait n’importe quoi! Elle fait chi… la terre entière!”, s’étrangle une source proche de l’exécutif auprès du quotidien. 

Présentée comme une experte incontestable de son secteur lors de son arrivée au ministère du Travail, Muriel Pénicaud a largement perdu de sa superbe. Elle n’est toutefois pas la seule ministre technicienne à subir ce sort. La garde des Sceaux Nicole Belloubet, confrontée à la grogne persistante des avocats contre la réforme des retraites et affaiblie par ses propos maladroits sur l’affaire Mila, est également jugée sur la sellette par certains caciques de la macronie.

“Belloubet n’est pas ministre de la Justice, elle est ministre du droit. C’est une cata. Si le président décide de faire un remaniement après les municipales, il la vire”, assure un conseiller gouvernemental auprès de BFMTV.com. 

Maigre vivier de remplaçants

D’ici là, le sommet de l’exécutif ne semble pas encore décidé à se séparer de Muriel Pénicaud. En tout cas, les signaux envoyés ne vont pas dans ce sens. Ce mardi, la ministre du Travail a été conviée à la réunion de groupe de la majorité à l’Assemblée nationale par Édouard Philippe. L’occasion pour le Premier ministre d’afficher son soutien, face à des députés pour partie exaspérés par le prisme technocratique que privilégie l’ancienne DRH.

D’autres se voient reprocher leur manque de “sens politique”. Qu’il s’agisse d’Agnès Buzyn, de Frédérique Vidal, de Florence Parly, d’Élisabeth Borne ou de Julien Denormandie, tous font l’objet de ce procès à intervalles réguliers. Et sont tous, paradoxalement, abrités par l’une des faiblesses structurelles de LaREM: son maigre vivier de remplaçants potentiels. 

Face à ce casse-tête, qui écorne quoi qu’on en dise l’image de la macronie, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a apparemment eu consigne de siffler la fin de la récréation. À sa manière:

“Je pense qu’on a besoin de gens qui sont des technocrates, parce que sinon on fait des erreurs. Je pense que la haute fonction publique française, ceux qui (…) nous aident à préparer nos décisions sont des gens importants, et moi je me refuse catégoriquement à jeter l’opprobre en disant ‘y a les crânes d’œuf qui sont très intelligents mais qui savent pas faire de politique'”, a estimé la communicante ce mardi matin. 

Face à cette affirmation et au tintamarre qui la précède, peut-être est-il pertinent de rappeler la définition du mot “technocrate” telle qu’écrite dans le Larousse:

“Homme, femme politique ou haut fonctionnaire qui fait prévaloir les données techniques ou économiques sur les facteurs humains.”

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