COUPLE – Par déclarations interposées, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont décrit une relation faite de “confrontations”. Mais la traduction d’une interview de la chancelière à la presse allemande lui avait d’abord fait parler d’une “relation conflictuelle”, avant que l’Élysée ne remette en cause la traduction de ses paroles…
“Confrontations”, “différences de mentalité”, “désaccords momentanés”… Emmanuel Macron et Angela Merkel ont mis des mots sur leurs divergences, ce mercredi, par déclarations interposées… Tout en insistant sur la capacité du couple franco-allemand à trouver des compromis. La chancelière allemande, dans un entretien à plusieurs quotidiens européens, dont le Süddeutsche Zeitung, avait d’abord évoqué une “relation conflictuelle”, mais l’Élysée estimait cette traduction un peu forte.

Finalement, les paroles d’Angela Merkel (“Gewiss, wir ringen miteinander”) ont été traduites dans Le Monde – et par LCI – par : “Bien sûr, nous avons des confrontations”. Pour la présidence française, l’expression “miteinander ringen” pouvait aussi être traduite par “lutter l’un contre l’autre” ou “se chamailler”…

Une mésentente productive malgré tout ?

Dans cet entretien, la chancelière conservatrice allemande, qui quittera le pouvoir au plus tard en 2021, admet également qu’il y a “des différences de mentalité” entre elle et Emmanuel Macron, ainsi que des “différences dans (leur) compréhension des rôles”. Mais Angela Merkel a nié toute détérioration des relations franco-allemandes, et même vanté les “énormes progrès” réalisés grâce au couple franco-allemand, notamment en matière de défense.

Du côté de l’Élysée, outre ces observations sur la traduction de la pensée merkelienne, on renvoie aux déclarations du président français. Interrogé lors d’une conférence de presse à Paris, Emmanuel Macron a répondu assumer la “confrontation féconde” avec sa partenaire allemande, en opposition à une “confrontation stérile” ou à une “entente stérile”, et affirme avoir pour objectif de “bâtir un compromis”.

Arabie-Saoudite, Brexit : les pommes de discorde

“Nous devons accepter des désaccords momentanés, de ne pas totalement être d’accord sur tout, pour construire un compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer”, a poursuivi le chef d’État français, qui avait déjà admis fin avril avoir des désaccords avec l’Allemagne sur un certain nombre de sujets, et revendiqué la nécessité d’affirmer “des positions françaises”.

Le gel des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite décidé par l’Allemagne après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, avait sonné ces derniers mois comme une discorde entre les deux puissances européennes, tout comme l’attitude à adopter envers le Royaume-Uni dans le cadre du Brexit.

Je suis beaucoup plus dépendante du Parlement que le président français, qui n’a pas du tout le droit d’entrer à l’Assemblée nationaleAngela Merkel
À la question de savoir si les relations se sont détériorées ces derniers mois, Angela Merkel répond : “Non, pas du 

tout”, tout en estimant que les deux dirigeants ont eu des “temporalités différentes”. Et d’évoquer le discours sur la Sorbonne prononcé par Emmanuel Macron en septembre 2017, en faveur d’une relance de l’Europe. La chancelière allemande, tout juste victorieuse, négociait alors une nouvelle coalition et s’était vue reprocher, y compris dans son propre camp, de ne pas avoir saisi les propositions de son homologue.

“Je suis la chancelière d’un gouvernement de coalition et je suis beaucoup plus dépendante du Parlement que le président français, qui n’a pas du tout le droit d’entrer à l’Assemblée nationale”, au nom de la séparation des pouvoirs exécutif et législatif, a observé Angela Merkel. Cette dernière confie enfin ne pas partager l’analyse d’Emmanuel Macron selon laquelle 

“jamais l’Europe n’a été en aussi grand danger”.