Confinement partiel dans les Alpes-Maritimes : comment expliquer que le département soit le plus touché de l’H – franceinfo

Spread the love
  • Yum

Epiphénomène ou préfiguration du sort qui attend le reste de la France ? Le préfet des Alpes-Maritimes, Bernard Gonzalez, a annoncé lundi 22 février l’instauration d’un confinement partiel dans “l’aire urbaine littorale” du département, du vendredi soir au lundi matin. Une annonce survenue au terme de plusieurs jours de spéculations et justifiée par des indicateurs épidémiques préoccupants, le taux d’incidence du Covid-19 y étant trois fois supérieur à la moyenne nationale.

>> Covid-19 : les dernières informations sur la pandémie dans notre Direct

Si le statut de département le plus touché de l’Hexagone (donc sans compter Mayotte, reconfinée depuis le 5 février) ne souffre d’aucune contestation, il n’est pas aisé de dégager avec certitude les raisons qui expliquent cette tendance. Franceinfo résume les nombreuses hypothèses mises en avant à la fois par les scientifiques et les politiques. Ainsi que leurs limites.

Une forte activité touristique ?

Quand l’annonce de nouvelles mesures de restriction intervient en pleines vacances scolaires, difficile de ne pas s’interroger sur le rôle qu’ont pu jouer les vacanciers. “Ne venez pas”, a d’ailleurs lancé aux touristes le maire de Nice Christian Estrosi, dimanche sur franceinfo, s’en prenant au “relâchement de beaucoup de visiteurs qui pensent qu’on est là pour faire de la détente”. Son arrêté qui suspendait les locations saisonnières a été rejeté par le Conseil d’Etat.

Lundi, le préfet des Alpes-Maritimes Bernard Gonzalez a lui aussi évoqué d’emblée “l’attractivité” du département comme l’une des explications de la situation épidémique. Le confinement partiel n’est d’ailleurs pas instauré dans la totalité de la zone puisque seule la “bande littorale” est visée. Concentrant 90% de la population des Alpes-Maritimes, elle est aussi son point le plus touristique et “concentre un brassage de population important chaque jour”, a poursuivi Bernard Gonzalez. C’est aussi ce qui distingue les Alpes-Maritimes du reste de la France : c’est le département qui cumule le plus de nuitées d’hôtels par an après Paris et la Seine-et-Marne, selon les chiffres de l’Insee en 2019.

Contacté par franceinfo, l’épidémiologiste Samuel Alizon, directeur de recherches au CNRS, admet un possible “effet tourisme” parmi les raisons potentielles de la reprise épidémique. Mais il met surtout en garde contre les conclusions hâtives : “Au niveau départemental, les spécificités locales jouent beaucoup et il est très compliqué de mettre en évidence des effets causaux. De plus, la hausse observée dans les Alpes-Maritimes est très certainement multi-factorielle”.

La proximité de deux frontières ?

Les Alpes-Maritimes sont également un département frontalier (de Monaco et de l’Italie). Une caractéristique commune, d’ailleurs, avec d’autres départements où le taux d’incidence est important, comme la Moselle, le Nord et le Pas-de-Calais. Se situer près d’une frontière favorise-t-il l’essor de l’épidémie ? Après Noël dernier, quand le département était déjà le plus touché de l’Hexagone, plusieurs responsables politiques et médecins avaient en tout cas mis cette situation sur le compte des allers-retours à Monaco, où les restrictions sanitaires étaient alors moins strictes.

Déjà, la tentative de tirer cette question au clair se heurtait à la difficulté d’établir avec certitude où se contaminent les malades du Covid-19. Depuis, la principauté a en tout cas fermé ses restaurants pour le dîner, instauré un couvre-feu aux mêmes horaires que la France. Elle demande aussi un test PCR aux touristes français. Un tour de vis qui n’a pas empêché la situation de se dégrader dans les Alpes-Maritimes.

Le beau temps et un moindre respect des gestes barrières ?

Samuel Alizon mentionne aussi un possible “effet météo”, tandis que le préfet Bernard Gonzalez a employé, lundi, l’expression d’“attractivité météorologique” pour mettre en avant l’effet qu’avait pu avoir le climat sur la progression du virus à Nice et ses environs. Les départements voisins du Var et des Bouches-du-Rhône, également côtiers et ensoleillés, présentent également des taux d’incidence parmi les plus élevés de France.

Ce n’est pas la météo en tant que telle qui est ici dénoncée. Mais son influence sur les comportements. S’exprimant au côté du préfet, lundi, le gériatre du CHU de Nice Olivier Guérin, récemment nommé au sein du Conseil scientifique, mettait en garde contre “ces circonstances, notamment quand on est assis ensemble en cercle, en plein air ou pas, où l’on enlève le masque pour boire un verre ou fumer une cigarette.” 

Bernard Gonzalez, lui, est allé jusqu’à évoquer “notre style de vie convivial” comme un possible talon d’Achille du département face à l’épidémie. Et s’inquiétait des balades sans masque sur la promenade des Anglais, à Nice, déjà évoquées par Olivier Véran lors de sa visite sur place samedi : “IIs viennent profiter du bon air et ils ont peut-être le sentiment qu’au bord de l’eau ils ne risquent rien. C’est faux !”, avait lancé le ministre de la Santé.

Des variants bien installés ?

Les nouveaux variants du coronavirus, objets de toutes les inquiétudes en ce début d’année, peuvent-ils avoir joué un rôle dans l’accélération de l’épidémie dans le département ? Samuel Alizon, qui a prépublié mercredi dernier une étude (pas encore relue par les pairs et publiée dans une revue scientifique) sur la présence de ces variants en France, suspecte que la situation soit liée à la propagation des variants qui ont émergé respectivement au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, “dont nos travaux montrent qu’ils sont a priori plus transmissibles”.

Mais si une étude des laboratoires du groupe Cerballiance en janvier pointait une proportion élevée de cas du variant identifié au Royaume-Uni sur la Côte d’Azur, le dernier point hebdomadaire de Santé publique France nuance cette hypothèse. Les cartes fournies montrent en effet que ces variants représentent une part moins importante des échantillons testés que dans d’autres départements, notamment les Bouches-du-Rhône (pour les variants brésilien et sud-africain) et le Var (pour le variant britannique).

Un taux d’incidence déjà haut depuis Noël ?

Les Alpes-Maritimes étaient déjà l’objet d’une attention particulière entre fin décembre et début janvier, période où la flambée de l’épidémie en Moselle n’avait pas encore été constatée, et où le département présentait déjà le pire taux d’incidence de France métropolitaine. Et ce précédent pourrait conditionner en partie la situation actuelle. 

“Ce département est l’un des premiers à avoir connu une hausse des hospitalisations début janvier, a priori à la suite des vacances de Noël”, explique le directeur de recherches du CNRS Samuel Alizon à franceinfo. “Les mesures de restriction de couvre-feu national venues ensuite ont un peu figé la situation mais il est cohérent que ça reparte en premier à cet endroit.” En somme, si c’est dans les Alpes-Maritimes que l’épidémie est la plus intense aujourd’hui, c’est parce qu’elle partait déjà de plus haut. 

Leave a Reply

%d bloggers like this: