Confinement le week-end : pourquoi l’Ile-de-France serait-elle épargnée mais pas le Pas-de-Calais ? – Le Parisien

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Paris qui rit, le Pas-de-Calais qui pleure ? Si l’information n’a pas été confirmée officiellement (les annonces reviennent à Jean Castex lors de sa conférence de presse ce jeudi à 18 heures), plusieurs sources gouvernementales assurent que l’Île-de-France ne sera pas reconfinée le week-end. Ses huit départements font pourtant partie de la liste des 20 territoires placés « sous surveillance renforcée » la semaine dernière. Le Pas-de-Calais devrait subir le sort inverse et être reconfiné, d’après les mêmes sources. Un ou deux autres territoires pourraient éventuellement subir le même sort.

Sur quels motifs et sur quels indicateurs se base cette décision ? Jeudi dernier, en annonçant sa liste de 20 départements dans le rouge, Jean Castex avait avancé « un niveau d’incidence élevé, autour de 250 cas pour 100 000 habitants, une part de variant supérieure à 50 %, une pression hospitalière proche du seuil critique et, enfin, une circulation virale qui commence à s’accélérer sérieusement ».

Un taux d’incidence très élevé en Île-de-France

Force est de constater que l’Île-de-France est largement dans les clous sur plusieurs de ces critères. Le taux d’incidence est supérieur à 250 dans chacun de ses huit départements, d’après les dernières données de Santé publique France portant sur la semaine du 22 au 28 février. Il va de 267,1 dans les Yvelines à 405,5 en Seine-Saint-Denis, soit un niveau équivalent de celui du Pas-de-Calais (406,2).

Confinement le week-end : pourquoi l’Ile-de-France serait-elle épargnée mais pas le Pas-de-Calais ?

Concernant l’évolution de la circulation virale, le taux d’incidence a augmenté en une semaine de 26,8 % en Seine-Saint-Denis, de 16,3 % en moyenne dans les huit départements franciliens et de 14,9 % dans le Pas-de-Calais. La situation semble s’apaiser légèrement puisque la hausse est respectivement de « seulement » 2,8 % en moyenne en Île-de-France et 3,2 % dans le Pas-de-Calais sur les seuls quatre derniers jours. Mais ce semblant d’accalmie est biaisé par le fait que le nombre de tests réalisés a nettement diminué (-7 % en une semaine en Île-de-France). Chercher moins de cas positifs peut expliquer en partie pourquoi l’on en trouve moins. « L’incidence peut être biaisée par le profil des personnes testées et par le nombre de tests, qui baisse de façon évidente pendant les vacances », insiste l’épidémiologiste Pascal Crepey, chercheur à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes.

Confinement le week-end : pourquoi l’Ile-de-France serait-elle épargnée mais pas le Pas-de-Calais ?

Difficile de comprendre néanmoins pourquoi l’Île-de-France serait épargnée par rapport au Pas-de-Calais, si l’on se base uniquement sur ces indicateurs des personnes testées positives. « Le Pas-de-Calais est très haut pour le taux d’incidence mais plusieurs départements franciliens sont proches de 400 et la dynamique y est très comparable », s’insurge d’ailleurs le maire du Touquet (Pas-de-Calais) Daniel Fasquelle, qui dénonce un « deux poids deux mesures ».

Taux d’occupation en réanimation plus important dans les Hauts-de-France

La différence de traitement pourrait-elle davantage s’expliquer par la situation hospitalière ? À l’échelle régionale, le taux d’occupation en réanimation (rapporté à la capacité initiale d’avant la pandémie en lits) est de 75 % en Île-de-France mais il vient de dépasser 100 % dans les Hauts-de-France. Dans le Pas-de-Calais, le nombre de patients pris en charge en réanimation a atteint son pic de la deuxième vague. La situation y semble assez proche du « seuil critique », pour reprendre l’expression de Jean Castex, même si les admissions quotidiennes en réanimation baissent légèrement depuis quelques jours (passant de 13 à 9 par jour en moyenne en une semaine).

À l’inverse, en Île-de-France, moins de 1000 patients sont actuellement en réanimation, contre près de 1150 au pic de la deuxième vague et plus de 2 600 il y a un an. « Mais les autres lits sont occupés par d’autres patients et ils ne sont pas vides. Quand on regarde à la fois la cinétique de l’épidémie et les capacités hospitalières, on voit que la situation est quand même très tendue en Île-de-France et risque de le devenir encore davantage dans les semaines à venir. Laisser courir l’épidémie, c’est potentiellement faire perdre des chances à d’autres patients », met en garde l’épidémiologiste Pascal Crepey, chercheur à l’EHESP.

L’opposition d’Anne Hidalgo

En réalité, tout s’est joué sur d’autres facteurs. D’une part, le gouvernement a toujours assuré vouloir miser sur la concertation avec les élus avant de prendre une décision. À Paris, le premier adjoint à la mairie Emmanuel Grégoire avait dans un premier temps proposé un confinement 7 jours sur 7 pendant trois semaines tout en critiquant un confinement seulement le week-end, jugeant que ce serait « extrêmement contraignant et trop peu efficace sur le plan sanitaire ». Quelques jours plus tard, la maire Anne Hidalgo a martelé son opposition farouche à tout confinement. Par principe, « on prend fortement en considération les réactions des élus locaux, qui sont le reflet de l’acceptabilité d’une mesure par la population », rappelle une source gouvernementale.

VIDÉO. Reconfiner Paris trois semaines : « Ce n’est qu’une hypothèse », se défend la mairie

Dans le Pas-de-Calais, les déclarations des principaux élus locaux étaient plutôt en faveur d’un confinement le week-end. « Mais tous n’étaient pas demandeurs. Si l’on a trouvé d’autres moyens en région parisienne, pourquoi ne pas faire pareil dans le Pas-de-Calais », s’interroge Daniel Fasquelle, estimant être « peut-être trop gentils ».

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En pratique, confiner un seul département d’Île-de-France pourrait sembler extrêmement compliqué vu les liens très forts qui les unissent, notamment pour l’activité économique et les transports. Quant à confiner l’ensemble de la petite couronne (près de 7 millions d’habitants) ou toute la région (12 millions d’habitants), cela aurait de très lourdes conséquences psychiques et économiques. Deux autres aspects que le gouvernement ne peut pas négliger.

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