Un peu plus de six mois après le début des manifestations des Gilets jaunes, le mouvement prend des nouvelles formes à La Réunion. Ils ont quitté les ronds-points et les axes routiers, sont moins visibles, mais restent mobiliser et confiants. Du nord au sud, de l’ouest à l’est, ils organisent des actions de sensibilisation, des pique-niques, des concerts caritatifs… (Photo : RB/Imaz Press Réunion)
Un peu plus de six mois après le début des manifestations des Gilets jaunes, le mouvement prend des nouvelles formes à La Réunion. Ils ont quitté les ronds-points et les axes routiers, sont moins visibles, mais restent mobiliser et confiants. Du nord au sud, de l’ouest à l’est, ils organisent des actions de sensibilisation, des pique-niques, des concerts caritatifs… (Photo : RB/Imaz Press Réunion)

Daniel, gilet jaune de la première heure veut “montrer que le mouvement peut apporter quelque chose à la politique”

“Les gens sont un peu lassés par les manifestations. Après six mois, voir que nos revendications ne sont toujours pas entendues, ça use,” souffle Daniel, un Gilet jaune de la première heure. Pour autant, il reste mobilisé et optimiste. “Quand je vois ce qui se fait en métropole : des groupes de travail qui s’installent durablement, des personnes qui investissent des locaux… Je ne sais pas si ça fera changer les choses mais je trouve que c’est plutôt positif tous ces gens qui s’emparent de la politique. Ce samedi 1er juin 2019, à 11 heures on se retrouvera au rond-point des Azalées au Tampon pour un pique-nique, on fera le point sur le mouvement et les suites à donner,” explique-t-il. Dans les sujets de discussion, le RIC, toujours au centre des revendications des Gilets jaunes. “Pour le 14 juillet, nous allons mener une action, certainement autour de ce référendum d’initiative citoyenne. Il faut que les Gilets jaunes proposent un projet de société qui soit différent de ce vieux clivage droite-gauche-extrêmes. C’est LE gros enjeu des mois à venir. Montrer que le mouvement peut apporter quelque chose. Aux européennes il y a encore eu plus de 50% d’abstention, la preuve que les Français ne se retrouvent pas dans l’offre politique,” ajoute-t-il.

Sur l’actualité récente, Daniel n’a pas été surpris par la victoire du Rassemblement national (RN) aux élections européennes : “je suis satisfait que Macron soit très bas à La Réunion et même derrière le RN au niveau national. Il ne fallait absolument pas qu’il gagne, c’était indispensable. J’aurais préféré que ce soit un autre parti que le Rassemblement national… La République en marche ne peut s’en prendre qu’a elle-même. C’est elle qui a installé son duel,” estime Daniel.

Par curiosité, Daniel avait répondu à l’appel à candidature pour le Conseil citoyen consultatif, lancé par le Président de Région il y a quelques semaines. Il s’était inscrit sur les listes pour être tirés au sort. “Je voulais voir ce qui allait être fait… Pour autant,  je n’en attends pas grand chose. Il est consultatif… comme pour couper l’herbe sous le pied du mouvement. Il sera inefficace et probablement manipulé. De cette manière la Région pourra dire qu’elle a agi, ce n’est rien d’autre qu’une opération de communication,” fulmine le Gilet jaune.

Sergine, gilet jaune de l’Est, “le mouvement nous a prouvé que la solidarité existait toujours”

“Nous sommes toujours là, toujours présents, peut-être moins visibles qu’auparavant, mais nous sommes sur le pied de guerre,” s’enthousiasme Sergine, une gilet jaune de l’Est. “De cette crise sociale, une association socio-humanitaire est née, Tous Unis pour La Réunion. Nous menons beaucoup d’actions, par exemple, j’aide un monsieur dans le sud qui n’avait plus rien à manger. Le mouvement des gilets jaunes nous a prouvé que la solidarité existait toujours. Les gens veulent participer au changement, ils en ont marre d’être spectateur,” explique-t-elle. “Le 8 juin, nous organisons un concert caritatif à l’Expo-Bat à Saint-Paul. Les fonds récoltés seront en partie reversés à Annabelle, une jeune maman de 35 ans qui doit partir à Nantes pour une double-greffe, l’autre partie sera pour l’association, pour venir en aide aux personnes,” poursuit Sergine.

Comme Daniel, Sergine n’a pas été surprise par le score du RN aux élections européennes “je n’ai pas d’avis à donner sur Marine Le Pen, beaucoup la traite de racist,e mais je ne sais pas… Les gens veulent du changement, s’ils veulent donner une chance au RN nous verrons bien ce que ça donnera. Après tout, certaines propositions de Marine Le Pen rejoignent celles des Gilets jaunes” estime la jeune femme.

Yannis, gilet jaune du Port

“Sur Le Port nous aidons des familles qui n’ont plus rien le 25 du mois, ils nous appellent quand ils n’ont plus rien à manger,” raconte Yannis, gilet jaune et vice-président de l’association Tous unis pour La Réunion.

Sur les Européennes, “je m’y attendais, c’est un vote de colère ! La Réunion sait très bien ce qu’est le Rassemblement national, les gens sont dégoutés de tous les autres partis, c’est pour monter leur mépris qu’ils ont voté RN. Ce ne sera pas pareil aux municipales,” estime Yannis.

Kévin, gilet jaune de Saint-André, “les Européennes sont un coup dur pour moi”

“Nous sommes toujours actifs, nous n’avons rien lâché. Nous continuons à travailler, à fédérer, à mobiliser. Les gilets jaunes de l’île sont réunis dans diverses équipes. Nous voulons proposer de nouvelles choses pour la suite, pour dénoncer le système actuel et montrer existe une alternative,” témoigne Kévin, un gilet jaune de Saint-André. Pour autant, il l’assure, “le mouvement mute, les gilets jaunes ne seront pas de retour sur la route. Personne n’a les moyens ni la volonté de bloquer.”

Pour Kévin, les Européennes ont été une mauvaise surprise… “les Européennes sont un coup dur pour moi, Emmanuel Macron a quand même remporté beaucoup de voix en national. Pour la victoire du RN, je pense que c’est un vote sanction, un vote contre La République en Marche. Je pense que la plupart des Réunionnais qui ont voté RN n’adhère pas aux idées, ils ont mis ce bulletin pour dire “non” à Emmanuel Macron,” insiste-t-il.

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