POLEMIQUE – Les services sanitaires du ministère de l’Agriculture ont annoncé ce vendredi avoir retrouvé “795 kilos” de viande avariée polonaise dans “neuf entreprises” du secteur agroalimentaire en France. Comment cela est-il possible ? Eléments d’explications.
De la viande avariée polonaise dans des assiettes françaises : c’est le constat qui est fait ce vendredi à la lumière des éléments communiqués par le ministère de l’Agriculture. Les services sanitaires ont en effet retrouvé “795 kilos” de cette viande dans “neuf entreprises” du secteur agroalimentaire français, a annoncé vendredi le ministre, Didier Guillaume, précisant que 150 kilos avaient été vendus au consommateurs, “notamment via des boucheries”. 500 kilos ont, eux, été récupérés et détruits, tandis que 150 autres kilos manquent à l’appel.

Comment l’affaire a-t-elle éclaté ?

L’affaire a été révélée par les médias. Un journaliste de la chaîne commerciale TVN24 s’est fait embaucher et a travaillé pendant trois semaines à l’abattoir de Kalinowo, à 100 km au nord-est de la capitale. Il a diffusé des images de bovins traînés la corde au cou, manifestement malades, serrés dans un camion, puis de carcasses entassées et de quartiers de viande visiblement impropres à la consommation. Interrogé, le ministre Polonais de l’Agriculture a reconnu la fraude en soulignant qu’il s’agissait d’un “incident isolé”. Selon Varsovie, la viande en question ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs. 

Comment cette viande s’est-elle retrouvée en France ?

Tout simplement car la Pologne est un très gros exportateur de viande bovine. Elle est par exemple le premier exportateur européen de bœuf vers les pays extérieurs à l’UE. En 2018, la totalité des exportations polonaises de bœuf a atteint environ 415.000 tonnes. Au total, concernant cet abattoir, “2,7 tonnes ont été vendues à des pays membres de l’UE”, a déclaré à la presse le responsable des services vétérinaires polonais, Pawel Niemczuk. Treize Etats sont concernés, parmi lesquels la France, l’Espagne, le Portugal, la Suède, la Finlande, la Hongrie, l’Estonie, la Roumanie, la Lituanie et Slovaquie. Les autorités slovaques ont aussi découvert au moins trois cargaisons de viande de bœuf importées de Pologne, qu’elles estiment liées à cette affaire.

Toute la viande avariée a-t-elle été retrouvée ? Une partie a-t-elle pu être consommée ?

Sur les 795 kilos qui sont arrivés en France, dans neuf établissement situés quatre départements, 500 kilos ont été récupérés et détruits. Le ministère de l’Agriculture s’est dit confiant pour retrouver rapidement le reste de la viande frauduleuse. “La traçabilité des produits lorsqu’ils arrivent en France marche plutôt bien” a rassuré Didier Guillaume vendredi. Et de préciser : “On ne sait pas s’ils sont partis dans le commerce, cela a pu rester dans des frigos. (…) Nous avons appris cela avant-hier soir et avons mis toutes nos équipes dessus.”

Reste que, selon un communiqué diffusé vendredi soir par le ministère de l’Agriculture, 150 kilos ont été distribués dans des boucheries et vendus aux consommateurs français. “Ces boucheries ont mis en place dès cet après-midi des affichettes pour informer leurs clients”, indique le texte, assurant qu'”aucune viande frauduleuse n’a été, à ce stade, retrouvée dans les circuits de la grande distribution”. 150 autres kilos n’ont par ailleurs toujours pas été retrouvés. “Les équipes du ministère sont mobilisées pour poursuivre les recherches”, souligne le texte.

Les contrôles sont-ils trop laxistes ?

Pour Olivier Andrault, chargé de mission Alimentaire à l’UFC que choisir, “il n’y a pas eu (ndlr : depuis les précédents scandales sanitaires comme Spanghero il y a six ans) de modification fondamentale des obligations en matière de sanitaire et de traçabilité au niveau européen.” Sur LCI, le chargé de mission a estimé que “rien n’a changé concernant l’extrême complexité et opacité des procédures d’approvisionnements de l’agroalimentaire.”

La provenance de cette viande n’est pas un hasard, selon l’UFC. “Pourquoi les industriels se fournissent-ils en Pologne ? C’est moins cher. Il y a une guerre des prix entre les industriels et la grande distribution. L’objectif est de conserver les marges en allant chercher la viande dans les pays où les exigences sanitaires sont moins importantes.”

Quelle réponse les autorités peuvent-elles apporter ?

La Commission européenne, alertée par les autorités polonaises, n’a pas exprimé de jugement sur la qualité de la viande suspecte. Elle s’est bornée à rappeler, dans un communiqué, que les animaux malades ne peuvent être déclarés propres à la consommation et que “la pratique de traîner les animaux incapables de marcher, comme cela est décrit (dans le reportage polonais), est interdite par la législation de l’Union Européenne sur la protection des animaux dans les abattoirs”.