Comment la France a décidé d’arrêter sept anciens activistes italiens – Le Monde

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Articles évoquant la libération des Brigades rouges à Milan le 27 mars 2012.

Il y avait depuis quelques semaines des frémissements, comme l’annonce qu’un nouveau rebondissement était dans l’air. Dans les cercles proches des anciens militants d’extrême gauche armée italiens réfugiés à Paris, on est habitué depuis longtemps à guetter dans la presse italienne la moindre allusion, le moindre indice de tractations en coulisse, qui pourraient signifier de nouvelles menaces pour les réfugiés qui risquent l’extradition. Mais, depuis le mois de mars, les indices étaient devenus un peu plus tangibles.

Pourtant, personne ne s’attendait à une opération de l’ampleur de celle qui a été menée par la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire, mercredi 28 avril, à 6 heures du matin. Au même moment, sept personnes, dont d’anciens membres des Brigades rouges, condamnées en Italie à de lourdes peines de prison pour des actes terroristes commis durant les années 1970 et au début des années 1980, ont été interpellées, à la suite de demandes d’extradition italiennes transmises le 22 avril par le ministère de la justice.

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Ils s’appellent Enzo Calvitti, Giovanni Alimonti, Roberta Cappelli, Marina Petrella, Giorgio Pietrostefani, Sergio Tornaghi et Narciso Manenti. Trois autres personnes (Maurizio Di Marzo, Luigi Bergamin et Raffaelle Venura), également visées par les mandats d’arrêt, n’étaient pas à leur domicile lorsque la police est intervenue. Ils sont activement recherchés. Selon La Repubblica, Luigi Bergamin s’est présenté au palais de justice de Paris avec son avocat, jeudi matin. Tous ont été condamnés en Italie pour avoir participé, directement ou indirectement, à des attentats meurtriers contre des dirigeants d’entreprise, des politiques ou des membres des forces de l’ordre.

« La doctrine Mitterrand »

Immédiatement après l’annonce de ce coup de filet, l’Elysée a fait savoir que la décision de transmettre ces dix noms au parquet a été prise par Emmanuel Macron lui-même, à partir des demandes initiales de l’Italie, tout en précisant que cette décision « s’inscrit strictement dans la doctrine Mitterrand », qui offrait aux brigadistes l’asile en France en échange de leur renoncement à la violence, s’ils ne s’étaient pas rendus coupables de crimes de sang.

Comment le président de la République peut-il appuyer la demande d’extradition italienne en se réclamant d’une « doctrine » d’ordinaire invoquée par les défenseurs des brigadistes, pour des raisons inverses ? C’est que cette notion, insuffisamment définie, a souvent été convoquée à tort et à travers. « Disons que c’est une doctrine multi-usages », euphémise Jean Musitelli, conseiller diplomatique de François Mitterrand de 1984 à 1989, soit au moment où cette « doctrine » (qui n’en était pas une) a été élaborée.

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