Climat : les chercheurs « s’attendent à des ouragans plus puissants et des pluies plus intenses » – Le Monde

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Après le passage de l’ouragan Laura, le 27 août, en Louisiane.

Arbres et lignes électriques à terre, bâtiments détruits, toits arrachés, rues inondées ou couvertes de débris… l’ouragan Laura a frappé la Louisiane, aux Etats-Unis, jeudi 27 août, où il a fait une première victime, tandis que d’autres sont redoutées. Il s’agit de l’un des ouragans les plus violents à s’être abattu sur cet Etat.

La saison cyclonique, qui s’étend officiellement du 1er juin au 30 novembre, est particulièrement intense cette année, explique Fabrice Chauvin, chercheur au Centre national de recherches météorologiques (CNRM) et spécialiste des cyclones.

L’ouragan Laura est-il exceptionnel ?

Il fait partie des ouragans les plus dangereux car il a touché terre en catégorie 4, frôlant la catégorie 5 (le niveau maximal sur l’échelle de Saffir-Simpson), avec des vents soutenus de 240 km/h. Cela en fait le plus puissant, en termes de force des vents, à avoir touché la Louisiane depuis plus d’un siècle et demi, d’après les données compilées par un chercheur de l’université du Colorado, Philip Klotzbach. Quand Katrina avait touché terre en août 2005, ses vents s’élevaient à 200 km/h [l’ouragan avait inondé 80 % de La Nouvelle-Orléans et fait plus de 1 800 morts]. Laura a, depuis, perdu de sa puissance, étant rétrogradé en catégorie 2 puis 1.

Sa formation est liée à des températures de surface assez élevées dans l’océan Atlantique – il faut en général qu’elles soient supérieures à 26 ou 27 °C – ainsi que des vents relativement homogènes, ce qui évite les phénomènes de « cisaillements » et permet au cyclone de se structurer et de se renforcer. La préparation du phénomène climatique la Niña – un refroidissement de l’océan Pacifique équatorial est –, qui pourrait se produire entre septembre et novembre, favorise également la formation des cyclones tropicaux.

Cette anomalie de température localisée a un impact sur les vents en altitude sur le bassin atlantique, et entraîne de faibles cisaillements de vents propices aux ouragans. A l’inverse, le phénomène El Niño, qui provoque un réchauffement du Pacifique équatorial, crée des cisaillements de vent et donc limite la formation d’ouragans.

Laura s’inscrit dans une saison cyclonique particulièrement intense…

La saison des ouragans dans l’Atlantique – qui s’étend officiellement du 1er juin au 30 novembre – s’annonce effectivement particulièrement intense cette année. Le Centre national des ouragans américain, installé en Floride, s’attend à vingt-cinq phénomènes cycloniques, soit quasiment le record de 2005, qui avait enregistré vingt-huit tempêtes et ouragans.

Cette année, la saison a commencé avant juin, ce qui est rare, et il y a déjà eu treize tempêtes tropicales [dont les vents les plus soutenus dépassent 63 km/h], auxquelles on a attribué un prénom, dont quatre ouragans [quand les vents dépassent le seuil de 117 km/h]. C’est une forte activité alors que normalement, la saison ne devient intense qu’à partir de fin août, avec un pic mi-septembre. On peut s’attendre, en 2020, à connaître beaucoup de cyclones majeurs.

Quel est l’impact du dérèglement climatique sur les cyclones ?

Contrairement aux idées reçues, le réchauffement de la surface des océans n’entraîne pas d’augmentation du nombre de cyclones. Les simulations climatiques montrent que le nombre global de cyclones tropicaux devrait rester stable, voire enregistrer une légère baisse à l’avenir. Elles montrent, en revanche, une tendance à l’intensification des phénomènes les plus violents avec le réchauffement climatique. Il y a deux raisons qui peuvent l’expliquer : le cyclone peut pomper plus d’énergie dans l’océan du fait de la hausse de la température de surface ; une atmosphère plus chaude contient plus d’humidité, ce qui génère davantage de pluies lors des événements extrêmes. D’ici à la fin du siècle, on s’attend à des phénomènes plus puissants, associés à des pluies plus intenses, d’environ 20 % supérieures aux moyennes actuelles.

Un autre objet d’inquiétude est lié à l’onde de tempête associée au cyclone. Les tempêtes et ouragans élèvent le niveau de la mer, ce qui peut provoquer des inondations. Comme le niveau des mers va s’élever au cours du siècle en raison du réchauffement climatique, cela va rendre les ondes de tempête encore plus dévastatrices.

Enfin, une étude récente a suggéré que le changement climatique pourrait entraîner une réduction de la vitesse de déplacement des ouragans, augmentant leur puissance destructrice, mais ces résultats doivent encore être confirmés.

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