Climat : La plus grande expédition jamais menée au Pôle Nord de retour avec un constat alarmant pour la banquise – 20 Minutes

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Le brise glace Polarstern est de retour en Allemagne après avoir menée la plus longue expédition en Antarctique — Mohssen Assanimoghaddam/AP/SIPA

Cri d’alerte pour la banquise. A l’issue de 389 jours en mer, le brise-glace Polarstern de l’institut Alfred-Wegener a retrouvé son port d’attache dans le nord-ouest de l’Allemagne ce lundi. Il s’agissait de la plus grande expédition jamais menée au pôle Nord, mais à l’heure du retour, l’ambiance au sein de l’expédition internationale MOSAIC est loin d’être à l’euphorie.

Durant ce voyage, les scientifiques ont saisi l’ampleur du changement climatique dans le vaste océan Arctique. « Nous avons regardé comment la banquise se meurt » en été, a expliqué le chef de l’expédition, Markus Rex. Pour ce climatologue et physicien, le constat est sans appel. « Si le changement climatique se poursuit comme cela, alors dans quelques décennies, nous aurons un Arctique libéré des glaces durant l’été ».

« De la glace fondue, mince, friable »

Lors des sorties sur la banquise pour y effectuer des mesures ou des prélèvements, toute l’expédition a pu constater cette évolution que le chercheur juge « impressionnante ». « Directement au pôle Nord, nous avons trouvé (en été) de la glace fondue, mince, friable », a témoigné Markus Rex, évoquant aussi « des surfaces d’eau liquide à perte de vue, jusqu’à la ligne d’horizon ».

Un diagnostic confirmé par des observations satellites aux Etats-Unis qui ont révélé que la banquise d’été avait fondu jusqu’à la deuxième superficie la plus petite jamais enregistrée, après 2012. En hiver où ils ont affronté la nuit absolue pendant plusieurs mois, les scientifiques ont également mesuré des températures beaucoup plus chaudes qu’il y a quelques décennies.

« Une percée dans la compréhension du système climatique de l’Arctique »

Au total, plusieurs centaines d’experts et scientifiques de 20 pays différents ont séjourné en se relayant sur le navire qui s’est laissé glisser avec les glaces selon la dérive polaire, ce courant océanique qui s’écoule d’est en ouest dans l’océan Arctique. Les experts ont récolté plus de 150 térabites de données ainsi que de nombreux échantillons de glace et d’eau.

Pendant un an, ils ont ainsi pu observer plus d’une centaine de paramètres. Cela a permis « une percée dans la compréhension du système climatique de l’Arctique », selon Markus Rex. La mission, dotée d’un budget de 140 millions d’euros, a étudié à la fois l’atmosphère, l’océan, la banquise et l’écosystème pour recueillir des données évaluant l’impact du changement climatique.

Résultats finaux d’ici un ou deux ans

L’analyse complète jusqu’à leur diffusion dans des publications scientifiques devrait prendre un ou deux ans. L’objectif est de mettre au point des modèles de prédiction du climat pour déterminer à quoi ressembleront les vagues de canicule, les pluies diluviennes ou les tempêtes dans 20, 50 ou 100 ans.

Depuis le départ du navire de recherche allemand de Tromsø, en Norvège, le 20 septembre 2019, les scientifiques ont affronté de longs mois dans la nuit absolue, des températures tombées jusqu’à -39,5°C et reçu la visite d’une soixantaine d’ours polaires.

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