Cinémas recherchent spectateurs désespérément

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Les cinémas du monde entier ont été touchés de plein fouet par la pandémie dès la mi-mars comme l’a expliqué la représentante de l’UNIC (Union internationale des cinémas), Laura Houlgatte. Alors que 2019 s’était terminé sur des performances exceptionnelles de la salle avec 1,34 milliard d’entrées et 8,8 milliards d’euros de recettes, 2020 s’annonce comme une année catastrophique : 2% des cinémas européens sont restés ouverts pendant la pandémie, 90% sont ouverts à date, mais les dégâts sont là, tangibles, en raison des 3 mois de fermeture complète et d’un processus de réouverture des salles long et complexe. Les prévisions de PwC font état d’une baisse de 65% des recettes du box-office mondial.

Malgré les différentes aides mises en place un peu partout en Europe, et plus particulièrement en France, la situation est très critique. Pour Jaime Tarrazon, (Federación de Cines de España), il est impératif qu’il y ait une offre de films constante pour que la salle retrouve sa vigueur et qu’en l’absence de films américains, les distributeurs et les exploitants doivent s’appuyer sur des films locaux : « on ne peut pas attendre 5 ou 10 mois que le marché américain retrouve sa position, il faut que nous trouvions une solution ensemble. » explique-t-il.

Car outre-Atlantique, la situation n’est pas meilleure, bien au contraire. David Binet, (Director of Membership National Association of Theatre Owners, NATO) a rappelé que dès le 13 mars les studios ont commencé à reporter les sorties des films en salles et les exploitants ont fermé les cinémas. Du jour au lendemain, on est passé d’une industrie qui gagnait 15 milliards de dollars par an (11 milliards en vente de billets et 4 milliards en nourriture et en boisson) à zéro pendant de longs mois. Depuis le 21 août, le NATO a mis en place le programme #Cinemasafe pour inciter le public à revenir en salles, mais les studios continuent de décaler les sorties. Didier Allouch, le journaliste spécialiste du cinéma américain, précise : « les cinémas de Los Angeles sont encore fermés, ceux de New York aussi, il faut réhabituer le public à aller au cinéma. » 

Le constat semble sans appel : sans les films américains, la reprise de la fréquentation à un niveau normal est difficile à envisager. Olivier Snanoudj, (vice-président et président de la distribution Warner Bros Entertainment France, Président du syndicat franco-américain de la cinématographie), explique que les équipes de la majorité des studios sont encore confinées, ce qui ne simplifie pas les prises de décision. Il explique aussi que les décisions de programmation en salle se prennent en fonction des business plan d’origine des films. Les studios décalent donc les sorties car ils veulent s’assurer de les sortir à un moment où les recettes seront suffisantes, « mais avec la situation actuelle des salles américaines, c’est inextricable. »


Ce qui fait dire à Victor Hadida, patron de Métropolitan Filmexport et président de la FNEF (Fédération Nationale des Editeurs de Films) : « chacun des maillons est important. Mais la distribution et l’édition sont le maillon faible et il faut le renforcer pour que toute la chaîne ne casse pas. » Malgré les difficultés actuelles à programmer des films américains, Victor Hadida souligne que le marché français tient grâce à la part de marché du cinéma français qui permet d’amortir la chute de fréquentation.

A cela s’ajoute la compétition qui existe désormais entre la salle et les plateformes : Victor Hadida mentionne le premier film de l’actrice Halle Berry, Bruised, présenté au Festival de Toronto et acheté par Netflix pour 20 millions de dollars. Un film qui ne passera pas par la salle et qui prive le circuit d’un potentiel d’entrées salles, il conclut : « c’est une des difficultés actuelles, on n’a pas la force de frappe financière des plateformes. »

Dans un entretien au journal le Monde Richard Patry, le président de la FNCF confirme la dépendance historique du cinéma français au cinéma américain : « Tout le monde réalise aujourd’hui que notre système d’aides, basé sur les entrées, est américano-dépendant. Ce système est vertueux, il nous permet de nous maintenir depuis dix ans à plus de 200 millions d’entrées par an. Mais que cette source vienne à manquer, et c’est tout le système qui s’effondre. » Et s’alarme de la puissance des plateformes américaines qui ont profité de la pandémie pour séduire les studios, qui n’ont pas hésité à renoncer à la salle pour sortir leurs films directement en TVOD ou en SVOD : « Si les Américains, comme certains signes commencent à le prouver, changent de modèle pour se tourner vers ce mode de diffusion (les plateformes), ce sera la fin des salles de cinéma, et peut-être la fin du cinéma tout court. On est ici dans un vrai film-catastrophe. »

Même si James Bond ne sort pas le 11 novembre comme initialement prévu – mourir peut attendre 2021-  le cinéma français nous donne rendez-vous dans les salles obscures pour se divertir, et il y en aura pour tous les goûts : « ADN » de Maïwenn ( le 28 octobre) ;  « Aline » de Valérie Lemercier, inspiré de la vie de Céline Dion (le 18 novembre) ; « Kaamelott » d’Alexandre Astier ( le 25 novembre) ; « les Tuche 4 » le 9 décembre et  « Bac Nord » de Cédric Jimenez, avec Gilles Lellouche et François Civil (le 23 décembre).

Si la position des studios américains vis-à-vis des plateformes se confirmait à moyen terme en raison des effets de la pandémie, il est évident que l’exploitation en salles devra se réinventer, privée des blockbusters indispensables à sa rentabilité. Mais les studios sont formatés pour produire des films pour la salle, ils ne peuvent donc pas renoncer à leur modèle économique en quelques mois : plateformes et salles sont condamnées à cohabiter.

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