Chômage au plus bas : comment expliquer la différence entre les chiffres de Pôle emploi et de l’Insee ? – Le Parisien

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L’Insee et Pôle emploi s’accordent sur un point : l’année dernière, le nombre de chômeurs a baissé en France. Selon les chiffres dévoilés jeudi par l’Institut national de la statistique, le taux de chômage s’établissait fin 2019 à 8,1 % de la population active contre 8,8 % un an plus tôt. Le mois dernier, Pôle emploi annonçait sur la même période une baisse du nombre de chômeurs de catégorie A (sans aucune activité) de 3,3 % sur un an.

Si la tendance est la même pour les deux institutions, ces dernières divergent quand il s’agit de dénombrer le nombre de demandeurs d’emploi. D’un côté, Pôle emploi recensait au quatrième trimestre 2019 environ 3,5 millions de chômeurs sans activité dans le pays. Pour l’Insee, il y avait au même moment un peu plus de 2,4 millions de chômeurs en France. Cet écart, loin d’être négligeable, n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années.

Chômage au plus bas : comment expliquer la différence entre les chiffres de Pôle emploi et de l’Insee ?

S’il existe une telle différence entre les deux données, c’est d’abord une question de définition. « Compter le nombre de chômeurs, c’est tenter de prendre une photographie de gens qui sont en train de se déplacer d’une case à l’autre. Pour prendre cette photo, l’Insee et Pôle emploi ne prennent pas le même cadre », résume Jean-Marc Pillon, sociologue à l’université Paris-Dauphine et spécialiste des politiques de l’emploi.

L’Insee s’appuie sur la définition du chômage établie par le Bureau International du Travail (BIT). Est ainsi considérée comme « chômeur » toute « personne de 15 ans ou plus n’ayant pas eu d’activité rémunérée lors d’une semaine de référence, disponible pour occuper un emploi dans les 15 jours et qui a recherché activement un emploi dans le mois précédent (ou en a trouvé un commençant dans moins de trois mois) ».

Deux méthodes distinctes

Du côté de Pôle emploi, les demandeurs d’emploi en catégorie A regroupent « les personnes sans emploi au cours du mois et tenues d’effectuer des actes positifs de recherche d’emploi ». Des chômeurs au sens du BIT peuvent ainsi ne pas être considérés comme tels par Pôle emploi. La réciproque est aussi vraie. Selon un document consacré à ce sujet et publié par l’Insee en juillet dernier, seulement 56 % des personnes inscrites à Pôle emploi en catégorie A en 2017 se retrouvaient parmi les chômeurs tels que l’entend le Bureau international du Travail.

Il n’y a pas que les définitions variant d’une institution à l’autre. La méthode permettant de recueillir ces données est aussi un facteur à prendre en compte. Pôle emploi exploite un fichier administratif alors que l’Insee effectue chaque trimestre une enquête auprès de 110 000 personnes âgées de plus de 15 ans. « La particularité de cette enquête, c’est que ce sont les personnes analysant les résultats qui vont déterminer si les gens interrogés sont au chômage ou non », précise Jean-Marie Pillon.

Outre ces approches distinctes, d’autres éléments expliquent pourquoi l’écart n’a cessé de se creuser entre les deux indicateurs. Ayant du mal à retrouver du travail, environ 400 000 seniors proches de la retraite et inscrits à Pôle emploi entre dans la catégorie des inactifs pour l’Insee parce qu’ils déclarent ne pas souhaiter travailler.

Pénicaud préfère l’Insee

Les dispenses de recherche d’emploi dont pouvaient bénéficier ces seniors de la part de Pôle emploi dans les années 2000 ont par ailleurs été restreintes à partir de 2009 avant d’être complètement supprimées en 2012. En supposant que ces seniors en catégorie A pour Pôle emploi ne sont pas à la recherche d’un emploi, ils se retrouvent également écartés des chômeurs décomptés par l’Insee.

Dès lors, qui faut-il croire? À peine nommée ministre du Travail, Muriel Pénicaud avait choisi son camp en annonçant qu’elle ne commenterait plus les chiffres mensuels de Pôle emploi, jugés « trop volatils », et en insistant sur les comparaisons internationales permises par les données publiées par l’Insee.

La méthode de l’Institut n’est pourtant pas intrinsèquement meilleure que celle de Pôle emploi, juge Jean-Marie Pillon. « À condition de savoir pourquoi ces différences existent, il y a un grand intérêt à garder plusieurs façons de mesurer. Quand il y a une baisse du chômage plus importante pour un indicateur que pour un autre, cela permet par exemple de mettre en lumière des transformations du marché du travail. »

Peu importe les données utilisées, le chercheur met avant tout en garde contre les tentatives des gouvernements de les faire baisser coûte que coûte. « À partir du moment où les gouvernants ont pris le taux de chômage comme un indicateur de performance de leur présence au pouvoir, on se retrouve avec un risque d’intervention sur les chiffres et les agents ». Par exemple en repoussant la publication des données pour l’Insee ou en faisant basculer des chômeurs en catégorie A en formation pour Pôle emploi.

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