“C’est leur longueur et leur queue qui leur a valu le nom de chat-renard d’un bout à l’autre de l’île”, note M. Benedetti en précisant qu’il a été observé dans plusieurs régions corses.

Equipé d’une puce avec un numéro d’identification dans le cou, ce mâle “de 4 à 6 ans”, déjà capturé plusieurs fois, a un oeil vert et un oeil brun endommagé lors d’une bagarre avec un autre mâle.

Après ces mesures, le félin a pu repartir débarrassé de son collier GPS porteur de 80 jours de données.

“Pour nous, l’histoire commence en 2008 par la capture inopinée d’un chat dans un poulailler d’Olcani, dans le Cap Corse”, raconte Pierre Benedetti, qui lui a consacré plus de dix ans de sa vie.

“Cet animal appartient à la mythologie de nos bergers. Ils racontaient que ces chats forestiers s’attaquaient aux mamelles de leurs brebis et chèvres. C’est à partir de ces récits, transmis de génération en génération, qu’on a commencé nos recherches”, renchérit Carlu-Antone Cecchini.

Un programme de recherche est lancé en 2008. Des “pièges à poil” ont permis en 2012 d'”établir son génome”. “On l’a distingué par son ADN du chat sauvage européen – Felis silvestris silvestris. Il se rapproche du chat forestier africain – Felis silvestris lybica – mais son identité exacte reste à déterminer”, indique Pierre Benedetti.

A mesure des avancées, des pièges photographiques puis des pièges physiques sont installés avec de premières captures en 2016, “véritable cap de connaissances”. Les colliers GPS ont également montré leurs vastes déplacements, jusqu’à 2.500 mètres d’altitude.

Si des mystères demeurent notamment sur sa reproduction et son régime alimentaire, ce chat pourrait “être arrivé à l’époque de la deuxième colonisation humaine qui remonte à 6.500 ans environ avant notre ère. Si cette hypothèse se confirme, son origine est moyen-orientale”, avance Pierre Benedetti.

L’objectif de ce policier de l’environnement est que dans les 2 à 4 ans à venir, “ce chat soit reconnu et protégé”.

“Au début, on nous prenait pour des fous mais aujourd’hui quand on montre ce qu’on a comme données, les gens restent bouche bée”, livre, satisfait, Carlu-Antone Cecchini. “C’était un mythe et aujourd’hui c’est une réalité”.