Tout le monde parle de «grève climatique mondiale», mais il faut tout de même relativiser si l’on en croit une carte publiée par Courrier international. Le «monde», ici, c’est l’Europe occidentale, la Scandinavie, le Japon, l’Océanie… Et c’est tout? Pas si sûr… Mais comme il fait jour depuis un bon bout de temps plus à l’est du globe terrestre, ce sont déjà «des centaines d’étudiants» qui se sont rassemblées en Nouvelle-Zélande, dit l’AFP:

Le mouvement est destiné, on le sait, à «sensibiliser les responsables politiques au changement climatique», et les organisateurs tablent sur plus de 1000 manifestations «dans une centaine de pays à travers la planète». Une fois de plus, comme toujours dans ces cas-là, les chiffres varient selon de quel bord ils viennent. D’après les données compilées jeudi par le mouvement FridaysForFuture, la grève aura lieu à 1769 endroits différents, dans 112 pays, comme le prétend l’égérie globalisée de la «grève scolaire» et désormais potentiellement nobélisable pour la paix, la jeune Suédoise Greta Thunberg. Celle qui a appris au monde comment cela s’écrivait dans la langue de Strindberg: «skolstrejk för klimatet».

«C’est que ces adolescents ont saisi ce que les scientifiques n’ont cessé, en vain depuis des décennies, de répéter: pas seulement que «la maison brûle» et que nous regardons ailleurs, comme le disait Jacques Chirac en 2002, mais que nous approchons du moment où notre civilisation va s’effondrer. […] Un effondrement comme celui de la civilisation maya qui a disparu à cause de la sécheresse, mais cette fois à l’échelle de l’univers.» Gloups, se dit-on après la lecture de La République des Pyrénées.


Sur la mobilisation pour le climat:


Aux yeux d’El País, à Madrid, qu’a lu et traduit le site Eurotopics, «les données sont incontestables, mais leur répétition, rapport après rapport, a peu d’impact sur les gouvernements, englués dans un corporatisme qui les empêche d’entreprendre des politiques de grande portée. […] Les politiques doivent prendre conscience que ne pas atteindre les objectifs environnementaux se paie en vies humaines, et qu’à long terme, cela reviendra plus cher que de les atteindre.» Donc, «ne rendez jamais les armes dans la lutte pour le climat», répète Greta dans 24 heures.

«Cette jeunesse qui dit non, qui fait chauffer les salles face à l’urgence climatique constitue un signal positif, pour Midi libre. Les hommes actuels n’ont que les mots, leurs actes sont partis en cendres; la jeune génération entend prendre son destin en mains en joignant intention et action.» Mais pas partout, prévient Andrea Bonanni, correspondant de La Repubblica à Bruxelles, qui pointe un clivage européen sur la question de la lutte contre le changement climatique.

Selon lui, «le noyau fort des valeurs écologiques tend à coïncider avec les pays européens qui tournent autour de l’axe franco-allemand. […] A l’est de ce noyau dur, où la droite souverainiste progresse, le mouvement écologiste stagne. Au sud, où la crise économique continue de sévir, les questions environnementales ont du mal à trouver un discours politique cohérent. Mais maintenant, […] les populistes semblent avoir identifié, en plus de l’immigration, l’écologie comme nouvel ennemi public. Le mauvais exemple de Trump a fait des émules de ce côté-ci de l’Atlantique.» Et pendant ce temps, les cartes se suivent et se ressemblent peu:

On fera les comptes à la fin de la journée. Mais une chose est sûre: quand les jeunes se mobilisent, c’est que l’avenir est en jeu. On le sait depuis les revendications des hippies, des soixante-huitards ou des punks du no future. Malgré tout, «quelques grincheux seraient bien tentés de les renvoyer réviser leurs cours de maths plutôt que de se permettre de donner des leçons aux grands. Passe ton bac d’abord, et après, tu pourras sauver la planète, les abeilles et les petits oiseaux. Enfin, s’il en reste. Car c’est bien beau de compter combien ils sont d’ados à la manif, de ricaner de ces actions en justice qui n’iront pas loin ou de cibler ici et là quelques jolis petits discours simplistes, mais est-ce vraiment le fond du problème?» A l’évidence non, estime L’Yonne républicaine.

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Des jeunes effrontés raisonnables

Ce n’est pourtant pas l’avis de tout le monde. Pour Valeurs actuelles, on a plutôt affaire à une «odieuse et illégale grève scolaire mondiale pour le climat»: «Menacés par le ridicule et par l’usure de leurs slogans, les autoproclamés défenseurs de la planète jettent leurs dernières forces dans la bataille.» C’est «un procédé outrancier» que dénonce Benoît Rittaud, président de l’association française des climato-réalistes. Un texte effrayant.

Effrayant parce qu’en face, ces «impatiences salutaires» que saluent Les Dernières Nouvelles d’Alsace, c’est un signe que «la jeunesse change», qu’«elle ne se moque plus des vieux, elle leur fait la leçon»: «Les flemmards et les râleurs prompts à exhiber des droits plutôt que des devoirs sont trop envahissants parmi les 15-25 ans pour qu’on dédaigne ceux qui ont vite compris que nous n’avons qu’une planète.» C’est que «sous votre fenêtre, vous ne verrez pas que des visages juvéniles dans la manifestation d’aujourd’hui», prévient Sami Zaïbi, le jeune éditorialiste de la Tribune de Genève:

Pour réclamer des politiques climatiques sérieuses, les étudiants seront cette fois accompagnés de professeurs, de commerçants et de citoyens lambda. Cette jeunesse que l’on disait léthargique a fini par mobiliser le reste de la société

Et de poursuivre: «Pourtant, ce sont ces jeunes effrontés qui se montrent les plus raisonnables. Car le temps de la planète n’est pas celui de la politique. Il y a urgence. L’heure n’est plus à épiloguer, à se demander si, oui ou non, les élèves grévistes doivent être sanctionnés. Si, oui ou non, ramasser des déchets est mieux que faire la grève. Et si, oui ou non, les étudiants prennent trop l’avion. L’heure est venue de ne plus se repasser la «patate chaude» de l’état de notre planète entre générations, entre partis, entre classes sociales.»

«Beaucoup de travail»

Sur ce continent nord-américain qu’on dit si frileux en la matière, il y aura pourtant «148 500 étudiants du Québec en grève» aujourd’hui, annonce Le Devoir de Montréal. Et c’est parfois aussi un immense courage que de faire cela. Aux Inrockuptibles, la cofondatrice et une amie membres du mouvement belge Youth for Climate confient qu’elles ont coordonné les récentes grèves lycéennes et étudiantes. La première se retrouve «sursollicitée depuis plusieurs semaines»: «Là, je dois étudier pendant cinq heures, car, entre les différentes manifestations, j’ai raté plein de cours, et je veux quand même avoir mes examens. Je dois donc constamment m’organiser, c’est vraiment beaucoup de travail.»


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