Caroline Cayeux, présidente de l’association Villes de France: « Les Français refusent qu’on ampute leurs services publics»

Que nous disent les Français dans ce baromètre des territoires ?

Ils sont bien conscients qu’il y a eu des baisses de dotations, qu’il y a moins de services publics. Ils nous disent aussi qu’ils voient baisser les rideaux, que l’offre de transports et de santé ne sont pas satisfaisantes. Ils ont le sentiment d’un vrai déséquilibre des politiques publiques, et que leurs centres-villes sont moins dynamiques.

Faut-il généraliser ?

En fait, l’incidence est plus ou moins grande selon les communes. À Beauvais, le centre-ville n’a que 9 % de vacance commerciale. À l’occasion de la signature du plan « Action Cœur de Ville », je suis allée dans d’autres villes où il y avait jusqu’à 25 % de vacance.

Pourtant les gens interrogés jugent que les centres- villes sont en train de mourir (le mot est fort) à 86 % ?

Je suis étonnée du poids de cette réponse. En fait, ils ont le sentiment que les choses vont mieux dans les grands centres et les métropoles. Ils vont s’apercevoir que la situation n’est plus aussi brillante…

Cela dit, les Français trouvent en même temps beaucoup d’atouts aux villes moyennes, comme la proximité de la nature…

Ils plébiscitent les villes à taille humaine, la tranquillité, la nature à portée de main et la sécurité publique (car dans ce domaine nous avons fait beaucoup d‘efforts). Ils sont très lucides sur leurs attentes. Mais ils refusent qu’on ampute leurs services publics. Cela crédibilise une fois encore le plan « Action Cœur de Ville », qui met l’accent sur la redynamisation des centres-villes et la rénovation des logements dans les copropriétés dégradées. Depuis 40 ans, c’est la première fois qu’il y a un plan d’envergure.

Quel constat faites-vous dans les Hauts-de-France ?

Saint-Quentin a perdu des habitants car ils sont à côté de Reims. Amiens souffre de la perte de la capitale régionale au profit de Lille qui est la seule vraie métropole. Chacun a ses difficultés.

Où en êtes-vous de l’amélioration de la ligne Beauvais-Paris ?

Les transports sont une des clés du problème. À Beauvais, nous avons hérité d’une situation qui date du 19ème siècle. À force, peut-être qu’on arrivera à un ou deux allers et retours par jour avec un seul arrêt jusqu’à Paris. Il faut descendre en dessous d’une heure. Les gens l’attendent, Les entreprises aussi. Quant à Lille, les Beauvaisiens trouvent plus simple d’aller à Paris et de prendre le TGV…

Il y a quand même un moment où les maires ne peuvent plus rien, non ?

En termes d’emplois, nous avons le pouvoir de faire en sorte que nos villes soient attractives pour l’urbanisme, les activités, la culture, les sports, la sécurité. Si on prend l’exemple de Beauvais, la ville a gagné 1 800 habitants ces cinq dernières années. Mais il ne faut pas que l’État nous supprime des services publics et que tout passe par Lille.

Ce baromètre, vous allez l’utiliser dans vos discussions avec l’État ?

Les villes moyennes sont une niche, un angle mort qui n’avait jamais été étudié. C’est la première étude complète qui situe vraiment les villes moyennes par rapport au monde rural et aux métropoles. Elle est donc un enjeu important et nous servira de feuille de route. L’étude montre notamment que la crise des Gilets jaunes n’est pas un rejet de nos territoires, mais une demande de prise en considération de nos territoires.