Ce que l’on sait sur les deux rixes mortelles en Essonne – Le Monde

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Devant le collège du Pont-de-Bois, à Saint-Cheron, le 23 février 2021.

En deux jours, deux adolescents de 14 ans sont morts poignardés dans des rixes opposants des bandes rivales de très jeunes gens dans l’Essonne.

Le point sur les deux affaires, qui si elles ne sont pas liées sur le fond, « confirment que le phénomène n’est pas conjoncturel mais systémique dans le département » de l’Essonne, pour la procureure de la République d’Evry, Caroline Nisand.

  • Lundi, Lilibelle, 14 ans, meurt poignardée à Saint-Chéron

Messages, insultes, provocations sur les réseaux sociaux… depuis cet été, une rivalité opposait des adolescents de Dourdan et de Saint-Chéron, deux communes voisines de l’Essonne.

Lundi 22 février, un groupe de jeunes âgés de 13 à 18 ans prend les transports en commun depuis Dourdan pour « en découdre » avec ceux de Saint-Chéron, selon le parquet d’Evry. Vers 16 heures, une bagarre éclate à coups de poing et de pied, non loin du collège du Pont-de-Bois. Parmi les Dourdanais, vêtus de noir selon les témoins, l’un sort un Opinel. Il poignarde une adolescente à l’abdomen et s’enfuit avec le groupe. Conduite en urgence absolue par le SAMU à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne, Lilibelle Galazzo, née le 16 juin 2006 à Dourdan, meurt des suites de ses blessures dans la soirée. Benjamine de quatre enfants, elle était en classe de troisième au collège de Dourdan, et accompagnée par un juge des enfants d’Evry pour un suivi éducatif.

Trois mineurs âgés de 13 ans sont rapidement interpellés d’après le signalement des témoins sur leurs tenues vestimentaires et leurs prénoms ; trois autres, âgés de 15 à 16 ans, se sont rendus d’eux-mêmes à la police. Au cours de sa garde à vue, l’un d’eux a avoué avoir donné le coup mortel. Agé de 16 ans, il est déjà connu pour deux infractions sans lien avec des faits de violence.

Jeudi matin, les six mineurs ont été mis en examen par un juge d’instruction. Celui ayant admis avoir porté le coup de couteau mortel est poursuivi pour meurtre sur mineur de 15 ans, violences aggravées et participation à un groupement en vue de commettre des violences. Il a été placé en détention provisoire.

Les cinq autres mineurs sont mis en examen pour violences aggravées, participation à un groupement en vue de commettre des violences et non-assistance à un mineur de 15 ans en danger. Eux ont été placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de paraître en Ile-de-France (hormis un placement familial dans les Yvelines) et interdiction de contact avec les coauteurs, les victimes et leur famille.

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  • Mardi, un adolescent de 14 ans meurt poignardé à Boussy-Saint-Antoine

Rendez-vous avait été donné « en terrain neutre », mardi 23 février. Deux bandes rivales d’Epinay-sous-Sénart et de Quincy-sous-Sénart avaient décidé – vraisemblablement sur les réseaux sociaux – de s’affronter à Boussy-Saint-Antoine. Vers 16 heures, comme en témoignent des vidéos tournées par des témoins, plus d’une trentaine de jeunes gens vêtus de noir, armés de couteaux, de bâtons et de béquilles s’affrontent sur le terrain de pétanque de Boussy-Saint-Antoine.

Selon les premiers éléments de l’enquête ouverte pour meurtre sur mineur de 15 ans, tentative de meurtre sur mineur de 15 ans et violences aggravées en réunion avec armes et confiée à la sûreté départementale de l’Essonne, il avait été visiblement prévu que les plus âgés – de 15 à 17 ans – laissent les plus petits de 13 à 14 ans se battre sous leur « surveillance ». Mais l’un des « grands » – âgé de 15 ans – est allé au contact, s’est retrouvé encerclé et a porté deux coups de couteau, blessant deux jeunes garçons originaires de Quincy-sous-Sénart.

Touché au thorax d’un coup de couteau qui a atteint le cœur, un adolescent de 14 ans meurt peu après. L’autre, âgé de 13 ans et gravement blessé à la gorge, est toujours hospitalisé – ses jours ne sont plus en danger. Un troisième blessé de 17 ans figure parmi les personnes en garde à vue. Il présente un traumatisme crânien, une fracture au nez et des hématomes au visage. Domicilié dans le Val-de-Marne, il est originaire de Quincy-sous-Sénart et ami avec le jeune garçon qui a péri. « Auteur ou victime, peut-être les deux, l’enquête devra le déterminer », selon la procureure.

Six mineurs de 15 à 17 ans ont en effet été interpellés peu après l’affrontement par la brigade anticriminalité (BAC), tous présentaient des traces de sang. Seul l’un d’entre eux est connu des services de police pour des faits de port d’arme. Vers 19 heures, un septième mineur âgé de 15 ans et résidant à Epinay-sous-Sénart s’est présenté au commissariat de Brunoy en affirmant être l’auteur des coups de couteau sur les deux victimes. Il a été placé en garde à vue, comme les six autres, et est connu pour port d’arme.

Les auditions des sept mineurs en garde à vue, qui devraient être présentés demain à un juge d’instruction, sont toujours en cours.

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, s’est déplacé mardi soir dans l’Essonne pour annoncer le déploiement ponctuel d’une centaine de policiers et gendarmes – trente policiers à Boussy-Saint-Antoine et soixante gendarmes à Saint-Chéron – afin d’éviter le risque de représailles. Il a également annoncé une réunion avec les préfets des départements d’Ile-de-France – car « c’est bien en Ile-de-France que 90 % des combats entre jeunes existent », selon lui –, qui doit se tenir jeudi.

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