Candidature de François Baroin à la présidentielle : pourquoi il n’a pas l’envie – Le Parisien

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Il a déjà 15 minutes de retard. François Baroin, pas encore 28 ans, file en voiture vers Troyes (Aube) où il doit tenir un meeting pour sa toute première élection législative. Nous sommes en mars 1993. Philippe Séguin, figure du RPR, a fait le déplacement pour le soutenir. Et poireaute devant une salle bondée. Le néocandidat fait soudain arrêter la Laguna conduite par son suppléant, Gérard Menuel, à la vue d’une « perdrix désailée » en bord de route. « Attends, j’vais voir », lance Baroin. Tant pis pour Séguin. La politique peut attendre.

27 ans plus tard, celui qui n’est plus le perdreau de l’année en est toujours là, en équilibre entre ambition politique et envie d’ailleurs. Le meilleur espoir de la droite pour 2022 n’en finit pas de désespérer son camp en ne donnant aucun indice sur sa possible candidature à la présidentielle. Ce samedi, il anime seul une table ronde lors de la rentrée de LR à Port-Marly (Yvelines). S’il doit « parler de politique », promet son entourage, peu de cadres attendent la fumée blanche. Encore moins depuis que Le Figaro assure, ce vendredi, qu’il a pris sa décision. Et qu’il n’ira pas.

Contacté par Le Parisien, son entourage le plus proche refuse de démentir, sans pour autant confirmer. Et se borne à répéter : « Il fera connaître son choix et les raisons de son choix dans le calendrier prévu », initialement à l’automne. Ce vendredi soir, les ténors du parti, y compris les plus proches du maire (LR) de Troyes, étaient toujours dans le flou. « Je ne sais pas ce que veut François », lâche dépité un de ses amis. Premier avocat d’une candidature Baroin, le patron de LR Christian Jacob refuse de croire à un forfait. « Bien évidemment, j’espère toujours », confie-t-il, prétendant que ce n’est de toute façon « pas le sujet du moment », et renvoie toute question élyséenne à l’après-régionales.

« Je ne suis pas sûr d’être suffisamment timbré »

Seule certitude : cela fait des mois que le maire de Troyes hésite. Les raisons sont aussi multiples que les conjectures sur son destin au sein de LR. Premier élément : son manque d’envie, qu’il assume lui-même. « Pas sûr que je me dirai, à la fin, quand j’aurai fini de compter mes points retraite, que j’aurai raté ma vie si je ne suis pas président de la République », lâchait-il sur Europe 1 en novembre dernier. La destinée présidentielle, il y a ceux qui y pensent en se rasant et ceux que cela barbe.

Tout à la fois conseiller externe à la banque d’affaires Barclays, avocat associé de Francis Szpiner, chasseur-pêcheur, François Baroin a une vie, et un train de vie, en dehors de la politique. Celle-ci ne représente que « 20 à 30 % » de son temps, évaluait-il en 2019. A en croire Mediapart, il serait d’ailleurs en discussion avancée pour prendre la direction générale de la banque Morgan-Stanley.

« Je ne suis pas sûr d’être suffisamment timbré » pour la course présidentielle, a-t-il un jour confié à Olivier Girardin, vice-président (PS) de l’intercommunalité de Troyes. Farouchement indépendant, il chérit sa liberté. Il est capable de disparaître deux jours dans la Creuse, où il s’est acheté un étang, sans en aviser personne. Quant à sa famille, « c’est la clé de tout », poursuit l’élu local. Une aventure élyséenne ne reviendrait-il pas pour lui à sacrifier ses trois enfants, et sa mère, qui a perdu en moins d’un an mari et fille au mitan des années 1980 ? « Quand on lui parle de la présidentielle, sa première réponse est est-ce que j’ai envie de faire assumer ça à mon entourage ? », rapporte Grégory Besson-Moreau, député LREM et ex-LR de l’Aube.

Attaché à Troyes

Au chemin de croix d’une présidentielle, François Baroin pourrait privilégier le chemin de Troyes. « C’est un mec qui aime beaucoup sa ville. C’est pas du chiqué », assure Olivier Girardin. Le doute n’est pas que personnel, il est aussi politique. Outre son enracinement troyen, le bon élève Baroin n’aime pas l’échec. Il s’est présenté douze fois à une élection. Il a gagné douze fois. La présidentielle serait sa treizième, pas la plus simple dans un contexte où sa famille politique se bat pour garder un espace. « Je ne vais jamais à une élection pour perdre », confiait-il au JDD il y a un peu plus d’un an.

« Baroin dit souvent qu’il faut deux mâchoires, une de gauche et une de droite, pour faire tomber Macron », confie un cadre LR. Pour l’heure, les sondages sont têtus et ne lui promettent pas une victoire la fleur au fusil de chasse. « Les déceptions ne tuent pas et les espérances font vivre », tweetait, énigmatique, sa compagne Michèle Laroque, au début de l’été.

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