Bruno Lemaire et les commerçants : la grosse blague de la transformation numérique à 500 euros

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Bruno Lemaire et les commerçants : la grosse blague de la transformation numérique à 500 euros

Certes, être ministre de l’Economie par les temps qui courent n’est pas simple. Mais cela ne doit pas donner de totem d’immunité pour lancer des idées saugrenues.

La numérisation des commerces « est un enjeu absolument majeur », a dit Bruno Lemaire sur le plateau de BFM. C’est vrai. Seul un tiers des commerçants disposent d’un site internet, alors que les ventes numériques sont devenues incontournables pendant le confinement. Et pour se faire, le ministre a annoncé une « aide directe » de 500 euros aux commerçants qui souhaitent se lancer en ligne à partir de janvier. Dans le contexte actuel, cela ne doit pas être interprété comme une planche de salut par les petits commerçants français. Le ministre assure que le coût de la numérisation d’un commerçant est de 1 500 euros. Le gouvernement mettrait donc un tiers de ce montant de sa poche pour aider les commerçants.

Mais soyons francs. Ces 1 500 euros ne permettront en aucun cas la transition numérique de ces magasins touchés de plein fouet par le reconfinement. « Il ne sert à rien d’avoir un site sans marketing, le nerf de la guerre c’est d’arriver à attirer et fidéliser les clients », expliquait récemment à ZDNet.fr le fondateur de Sendinblue, société spécialisée dans le marketing en ligne. Et attirer et fidéliser un client, même dans une zone de chalandise locale, coûte extrêmement cher en frais récurrents. Bien plus que 1 500 euros.

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« Se digitaliser eux-même »

500 euros pour, selon les mots du ministre, aider les commerçants à « se digitaliser eux-mêmes », c’est à peine le budget qui leur permettra de monter un site vitrine des plus banals sur Wix. De là à aller sur du Prestashop ou du Magento, pour monter un site avec des fonctionnalités de e-commerce, il y a non seulement un pas, mais un budget supplémentaire.

500 euros, c’est la somme qu’ils engloutiront pour faire travailler un développeur spécialisé pendant une journée, pour monter un dossier technique qui, s’ils le comprennent, devrait leur faire prendre conscience de l’ampleur et du coût, du chantier.

500 euros, c’est peut-être le prix d’une formation au e-commerce, qu’ils pourront suivre pendant trois jours. De quoi les sensibiliser à la nature très différente des échanges commerciaux en ligne d’avec ceux du monde physique.

Surtout, cette annonce ne doit pas masquer le prix réel payé par ceux qui réussissent en ligne : le temps. Ceux qui s’en sortent aujourd’hui dans le monde du e-commerce ont déjà une longue expérience d’essais et d’échecs en ligne (lire : “Les petits commerces au défi de la numérisation“). Un témoignage de e-commerçant que nous relations la semaine dernière met en avant qu’il « a fallu près de cinq ans » pour « parvenir à monter une vitrine digitale fidèle à l’image de marque ».

500 euros, ce ne sera donc jamais le coût de la transformation numérique des commerçants français. Et 1 500 euros, ce ne sera jamais la somme qui leur permettra de rivaliser avec les acteurs déjà bien implantés du e-commerce. Et cette annonce sonne encore plus creuse à un moment où les pouvoirs publics s’avèrent impuissant à mieux réguler l’activité d’Amazon en France.

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