Brexit : l’UE face aux rodomontades de Boris Johnson – Le Monde

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Editorial du « Monde ». Depuis plus de quatre ans, les Britanniques se tiennent au bord de la falaise du Brexit, alternant les phases de diplomatie avec « [leurs] amis » de l’Union européenne, qu’ils ont choisi de quitter, et les moments de crispation. Une fois de plus, l’ambiance est à la guerre des nerfs à la veille de la reprise, mardi 8 septembre, des négociations sur l’avenir des relations entre Londres et Bruxelles. Boris Johnson menace de claquer la porte des discussions si un accord de libre-échange n’est pas trouvé à la mi-octobre, pour une mise en œuvre avant l’échéance du 31 décembre.

Faute d’accord et sauf report de cette date butoir, que le premier ministre britannique dit exclure, des frontières douanières s’abattront entre le Royaume-Uni et l’UE, dont les relations commerciales évolueraient alors dans une absence de règles communes, préjudiciable à leurs économies. Bravache, M. Johnson répète qu’un tel « no deal » serait « une bonne issue pour le Royaume-Uni ». Dernière provocation en date, son gouvernement prépare deux projets de loi qui contredisent certains engagements sur l’Irlande du Nord contenus dans l’accord sur le divorce qu’il a lui-même signé en janvier avec les Vingt-Sept.

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Ces rodomontades réitérées ne doivent pas impressionner les Européens. Michel Barnier, le chef des négociateurs européens, a eu raison de rappeler, lundi, que « la confiance pour l’avenir » passe par le respect de « tout ce qui a été signé dans le passé ». Tout comme Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, d’insister sur l’engagement international signé par Londres.

Faire oublier la gestion calamiteuse du Covid-19

La négociation coince principalement sur la revendication de M. Johnson d’une autonomie de décision sur les aides d’Etat aux entreprises. Celle-ci s’inscrit dans la logique du Brexit qui promet de « reprendre le contrôle ». Mais elle fait craindre aux Européens un dumping britannique.

En réalité, les envolées chauvines de Boris Johnson promettant un avenir radieux après le Brexit masquent une série de faiblesses. Le premier ministre britannique, qui a perdu 26 points dans les sondages depuis le début de la pandémie, cherche à faire oublier sa gestion calamiteuse du Covid-19. Alors que la crise provoquée par le virus a rendu caduque la nouvelle mondialisation prônée par les partisans du Brexit, il ne lui reste qu’à faire vibrer sa corde préférée, celle du nationalisme. D’autant que la crise sanitaire relance la dynamique indépendantiste en Ecosse et que le Brexit rend probable une réunification de l’Irlande.

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Quant au rêve prêté à M. Johnson de masquer les dégâts économiques d’un Brexit sans accord par ceux de la crise économique consécutive au Covid, il dépasse les bornes du cynisme et ne résiste pas à la vérité des chiffres : 47 % des exportations britanniques se font vers l’Europe, alors que l’UE n’envoie que 8 % de ses produits outre-Manche. Mauvais pour les continentaux, un « no deal » serait catastrophique pour les Britanniques.

Alors qu’approche le terme de cet interminable marathon, il faut saluer le sang-froid manifesté par Michel Barnier pour surmonter cette énième phase de tensions. La préservation du marché unique, remise en cause par les brèches de M. Johnson en Irlande du Nord, doit continuer de souder les Vingt-Sept. La remarquable unité dont ils ont fait preuve jusqu’à présent à propos du Brexit doit perdurer. C’est à cette condition que l’Europe pourra parvenir à un accord équilibré avec son voisin britannique sans se laisser intimider par les postures d’un premier ministre en position moins flatteuse qu’il n’y paraît.

Le Monde

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