Au prix d’une manœuvre déconcertante, le gouvernement britannique entend proposer de nouveau un vote de ratification de l’accord à la Chambre des communes, dès le début de semaine.

Par et Publié aujourd’hui à 17h50, mis à jour à 17h59

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Le premier ministre britannique lors de la séance exceptionnelle à la Chambre des communes, samedi 19 octobre 2019.

Le premier ministre britannique lors de la séance exceptionnelle à la Chambre des communes, samedi 19 octobre 2019. Jessica Taylor / AP

Non pas une, ni même deux, mais trois. Ce sont bien trois lettres que Boris Johnson a fait parvenir à la présidence du Conseil européen, samedi 19 octobre juste avant minuit (heure de Bruxelles), à l’issue du « super saturday » à Westminster, qui s’est terminé pour lui de manière calamiteuse.

Le premier ministre britannique aurait pu voir ses efforts couronnés d’un vote validant son accord miraculeux avec les Européens, mais cette séance à la Chambre des communes a tourné court, une majorité de 322 députés se prononçant pour un report de ce vote crucial, et obligeant M. Johnson à réclamer un nouveau délai du Brexit, cette fois au 31 janvier 2020, afin de se conformer à la loi Benn, votée contre son gré début septembre.

La première lettre, aux allures de formulaire, sans en-tête de Downing Street et non signée par M. Johnson, réclame en deux paragraphes, et dans un langage incompréhensible pour les non-initiés, un nouveau report du Brexit au 31 janvier 2020.

La deuxième, qui porte elle la signature de Boris Johnson, nettement plus longue et bien plus amicale, précise à ce « cher Donald » (Tusk, le président du Conseil), à quel point le premier ministre ne souhaite pas ce décalage du Brexit, lui qui depuis deux mois et demi promet quotidiennement aux Britanniques qu’ils auront un divorce pour Hallowen. Un décalage serait « corrosif », contraire « à l’intérêt du Royaume-Uni et de l’Union européenne et détériorerait nos relations », affirme notamment ce courrier.

La troisième lettre est adressée par Tim Barrow, le représentant à Bruxelles du gouvernement britannique, au secrétaire général du Conseil européen, et lui précise que la législation en vue d’inscrire l’accord du Brexit dans la loi britannique sera introduite « au Parlement la semaine prochaine ».

Une manœuvre baroque

« C’est une architecture sophistiquée » s’amusait un diplomate dimanche à propos des trois lettres, « on va regretter les Britanniques, il y a de la stimulation intellectuelle ». Si la manœuvre est baroque, l’intention est limpide. Avec ces missives contradictoires, M. Johnson et ses conseillers ont voulu se conformer à la lettre du Benn Act, mais signifier qu’ils ne sont pas d’accord avec lui.

« Le premier ministre doit obéir à la loi, c’est pour cette raison que le gouvernement envoie la lettre, mais [le Benn Act] ne réclame pas qu’il change de politique, donc il ne change pas de politique. Et il ne dit pas qu’il doit signer la lettre », a précisé une source gouvernementale au Sunday Times.