Brexit : 5 minutes pour comprendre la «guerre des saucisses» entre le Royaume-Uni et l’Union européenne – Le Parisien

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Il y a des sujets que l’on imaginerait difficilement s’inviter lors de sommets internationaux. La charcuterie en fait partie. Et pourtant. Symbole du bras de fer entre Londres et Bruxelles au sujet de l’Irlande du Nord, les saucisses se sont retrouvées au menu de tensions diplomatiques entre Emmanuel Macron et Boris Johnson, samedi, en marge du sommet du G7. Explications.

D’où viennent les tensions ?

Six mois après l’entrée en vigueur du Brexit au 1er janvier, l’application de l’accord en Irlande du Nord demeure la principale pomme de discorde entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. En clair, Londres refuse de mettre en place des contrôles sur certaines marchandises, notamment la viande réfrigérée, craignant de voir certains produits, dont sa charcuterie, disparaître des rayons nord-irlandais.

« Comment le prendrais-tu si la justice française t’empêchait de transporter des saucisses de Toulouse à Paris ? », a lancé samedi Boris Johnson face à son invité français. Une comparaison qu’Emmanuel Macron aurait jugée tout sauf pertinente, « puisque Paris et Toulouse font partie du même pays ». Il n’en fallait pas plus pour attiser la colère du leader du parti conservateur.

Selon le Telegraph, le locataire du 10 Downing Street, lui aurait rétorqué en colère que « l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne font aussi partie du même pays ». La France s’est alors vue accusée de nier l’intégrité territoriale de l’Etat insulaire. Interrogé sur la BBC, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab a enfoncé le clou, déplorant que « certaines personnalités de l’UE considèrent l’Irlande du Nord comme un pays séparé ».

Que prévoit le Brexit pour l’Irlande du Nord ?

L’Irlande du Nord fait partie intégrante du Royaume-Uni depuis le début des années 1920. Depuis le 1er janvier dernier, le Brexit a donc fait sortir de l’UE l’Irlande du Nord, au même titre que l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles. Mais la province reste géographiquement plus proche de la République d’Irlande que de ses alliés historiques. « Londres a voulu éviter tout retour de violences entre les deux territoires et a plaidé pour qu’il n’y ait pas de frontière physique entre le Sud et le Nord », souligne auprès du Parisien, Patrick Martin Genier professeur à Sciences-po et à l’INALCO, spécialiste de l’Europe.

Le Brexit prévoit donc de laisser l’Irlande du Nord dans l’union douanière et le marché unique européen. Avec toutefois une spécificité de taille : des contrôles doivent être pratiqués sur les marchandises traversant la mer d’Irlande depuis la Grande-Bretagne. Mais ces formalités douanières ont provoqué des tensions dans les chaînes d’approvisionnement en Irlande du Nord. « Les entreprises britanniques n’étaient pas prêtes pour effectuer de tels contrôles. On a alors vu des retards de livraison et des problèmes de pénurie se multiplier dans les supermarchés, notamment dans l’agro-alimentaire (charcuterie, fruits, légumes) », précise l’enseignant.

Que compte faire le Royaume-Uni ?

Face aux tensions sur la chaîne d’approvisionnement, Londres a accordé une « période de grâce » aux entreprises afin de reporter les contrôles et fournir l’île sans perturbation. Si cette mesure transitoire est censée s’achever le 30 juin, le gouvernement britannique espère la voir se prolonger au-delà, note le Telegraph. Un report unilatéral qui n’est pas du goût de Bruxelles.

Car pour l’UE, Londres doit tenir parole, et s’en tenir aux accords signés. « Si le Royaume-Uni prend de nouvelles mesures unilatérales dans les prochaines semaines, nous ne manquerons pas de réagir rapidement, fermement et résolument pour assurer que le Royaume-Uni respecte ses obligations légales internationales », a averti le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic.

Vers une impasse politique ?

Depuis des mois, le dossier nord-irlandais empoisonne l’application de l’accord du Brexit. Un conflit qui au-delà des difficultés logistiques, a plongé Londres dans une impasse politique, estime Patrick Martin Genier. « D’un côté, si Boris Johnson ne respecte pas les modalités prévues, la crise européenne risque de s’enliser encore davantage. De l’autre, s’il décide d’appliquer les textes, cela pourrait réveiller les tensions communautaires dans la région et la colère des unionistes (NDLR ; les Nord-irlandais qui veulent que l’Irlande continue à faire partie du Royaume-Uni) qui estiment que ces contrôles les font passer pour des citoyens de seconde zone », explique l’enseignant.

Signe que les tensions se maintiennent, les unionistes défilent encore chaque semaine depuis mars contre un protocole qu’ils jugent dangereux pour l’identité britannique. « La crainte est de voir à terme de nouveaux heurts éclater comme à Belfast en avril dernier », note Patrick Martin Genier. Et l’arrivée prochaine à la tête du gouvernement nord-irlandais de Paul Givan, protestant pur et dur de 39 ans, réclamant l’abandon simple du protocole, laisse peu d’espoir quant à une résolution rapide du conflit.

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