Boycott, caricatures… le message de Macron au monde musulman – Le Parisien

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Il ne manquait plus que cela : un incendie diplomatique. Après la crise sanitaire, économique et sociale, Emmanuel Macron a enfilé, ce samedi, son costume de pompier pour tenter de faire reculer la flambée de colère d’une partie du monde musulman, après la republication des caricatures de Mahomet.

De l’Indonésie à la Turquie, du Pakistan au Maghreb en passant par l’Iran, des manifestations violentes ont éclaté. Avec leur lot de drapeaux tricolores brûlés, de photos d’Emmanuel Macron piétinées, d’appels au boycott des produits français. « Je comprends les sentiments que cela éveille, je les respecte, mais je veux que vous compreniez le rôle qui est le mien. Mon rôle est d’apaiser les choses », a assuré Emmanuel Macron, samedi, sur la chaîne Al-Jazeera.

Convaincu que ses discours ont été déformés, le chef de l’Etat a accordé une longue interview à ce média qatari suivi par 40 millions de téléspectateurs. Un choix qui ne doit rien au hasard. La chaîne est accusée par la diplomatie française de colporter des positions hostiles. « On m’a fait dire : Je soutiens les caricatures humiliant le prophète. Je n’ai jamais dit ça », a tonné le président. Et de poursuivre : « Je suis favorable à ce qu’on puisse écrire, penser, dessiner librement dans mon pays. C’est un droit, ce sont nos libertés. »

Pendant près d’une heure, le chef de l’Etat a tenté d’expliquer la laïcité à la française. Il a rappelé que les dessins controversés n’émanaient pas de « journaux officiels ». « Ce n’est pas le gouvernement français qui a fait ces caricatures », a-t-il rappelé, glissant au passage qu’il faisait lui-même l’objet de caricatures.

VIDÉO. Macron : le boycott des produits français est « indigne » et « inadmissible »

Après la pédagogie, la contre-attaque. Haussant le ton, le chef de l’Etat a égratigné, sans les nommer, les régimes qui soutiennent un boycott « fou ». Des pays où « on a cassé les mains des caricaturistes ou des dessinateurs », où on « a parfois tué des journalistes ou qu’on les a mis en prison. Ça n’est pas le cas de la France. » Retour à l’envoyeur… « Il ne faut pas être naïf, notre pays fait face à une campagne organisée par des pays comme la Turquie, l’Iran, le Pakistan qui manipulent les manifestants », assure un conseiller de l’exécutif.

D’où cet avertissement sévère d’Emmanuel Macron : « tous les dirigeants politiques et religieux qui ne condamnent pas avec la plus grande clarté toute forme de violence à l’égard de la France qui est un pays de liberté et de Lumières, prennent une responsabilité parfois directe, en tout cas indirecte certaine sur les violences qui seraient commises à l’égard des Français en France ou à l’étranger. » Dans le viseur : la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, qui avait tardé à condamner la décapitation de Samuel Paty.

« Je vous le dis très clairement : pas chez nous ! »

Interrogé sur sa lutte contre le « séparatisme », Emmanuel Macron s’est lancé dans un vif réquisitoire contre ces « groupes » qui enseignent « que les femmes ne sont pas l’égal des hommes, que les petites filles ne doivent pas avoir les mêmes droits que les petits garçons ». « Je vous le dis très clairement : pas chez nous! » lance-t-il. Une façon de prendre également à témoin l’opinion publique française, à quelques semaines de la présentation du projet de loi contre le séparatisme. Et alors que le chef de l’Etat veut occuper le terrain régalien en vue de 2022.

Plus inattendu : Emmanuel Macron doit aussi faire face aux critiques d’un de ses plus proches alliés. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau s’est désolidarisé de Paris en plaidant que la liberté d’expression a des « limites » et qu’il ne faut « pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète ». Réponse sèche d’un diplomate de poids : « La France a des exigences plus importantes que le modèle de liberté de M. Trudeau. »

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