Boris Johnson consacré par les législatives, Brexit probable le 31 janvier – Ouest-France

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C’est une véritable consécration pour Boris Johnson. Le chef du Parti conservateur, à l’heure où nous écrivons ces lignes ce jeudi 12 décembre, est en passe, avec 368 sièges, d’obtenir une solide majorité au Parlement, la plus solide victoire depuis celle de Margaret Thatcher, en 1987.

C’est une véritable revanche pour le pitre de la politique britannique. Avec plus de quarante sièges de sécurité, il semble, si le résultat est définitivement confirmé ce matin, en mesure de tenir son parti. Et d’honorer sa promesse de faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 janvier prochain.

Bérézina pour la gauche radicale de Corbyn

Pour les Travaillistes, emmenés par Jeremy Corbyn sur une ligne d’ultra-gauche, c’est une défaite cinglante. Avec 191 sièges dans les projections, c’est plus de 70 sièges en moins qu’en 2017. C’est surtout la quatrième fois consécutive que le Labour perd. La grande majorité des observateurs estimaient dès jeudi soir sur la BBC qu’un réflexe anti-Corbyn dans l’électorat modéré a favorisé la victoire de Boris Johnson.

Quant au parti centriste et proeuropéen, les Libéraux Démocrates, ils n’obtiennent que 13 sièges. Ce qui confirme que leur affirmation aux Européennes était liée au type de scrutin. Cela confirme aussi que la polarisation de la politique britannique, entre le nationalisme anglais de Johnson et le néocollectivisme de Corbyn, accouche d’un parlement où le centre est très affaibli.

Brexit le 31 janvier !

Avec un tel résultat, la perspective d’un Brexit le 31 janvier prochain est plus sérieuse que jamais. Il faudra pour cela un vote du nouveau Parlement. Avec une majorité confortable, Boris Johnson semble en mesure de l’obtenir et de souder son parti.

Du moins dans un premier temps, car le plus dur est probablement à venir. L’accord de divorce n’est que la première mi-temps du Brexit. Il reste, une fois la sortie entérinée, à négocier la future relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne. Boris Johnson a affirmé vouloir aller très vite et tout boucler d’ici décembre 2020. Une hypothèse jugée « irréaliste » par tous les connaisseurs des négociations commerciales. D’autant qu’avant le 1er juillet, l’UE et le Royaume-Uni devront décider d’un prolongement (d’un ou deux ans) de la période de transition.

Le plus dur à venir pour le Brexit

Durant toute la campagne électorale, Boris Johnson n’a cessé de proclamer qu’il entendait, après le divorce du 31 janvier, négocier un nouvel accord commercial avec les Européens en moins de onze mois, d’ici le 31 décembre 2020. Un objectif jugé irréaliste par tous les observateurs, car un premier écueil se présentera en juin : Londres décidera-t-elle ou non de repousser la durée de la transition. Johnson a donc six mois, et non onze, pour trouver une solution. Le temps de la ratification impliquant en outre, pour ce second accord, non seulement le Parlement européen mais aussi tous les parlements nationaux et même régionaux.

Selon l’article 50 des traités européens, les deux parties peuvent repousser une fois ce délai, d’une ou de deux années. Autrement dit jusqu’en décembre 2021 ou 2022. L’aile dure du Parti conservateur, qui rêve toujours d’une sortie brutale sans accord, va batailler pour éviter ce report. Il y a au moins une vingtaine, peut-être plus, d’irréductibles Brexiters qui vont se faire entendre assez rapidement, estime John Stevens, ancien eurodéputé conservateur. Si les négociations sur le divorce ont été compliquées, ce n’est rien en comparaison avec celles qui nous attendent sur la future relation commerciale et les enjeux de sécurité. La guerre est à peine commencée.

Trois scénarios pour l’Europe

Ces différences internes au Parti conservateur ne vont donc pas disparaître. Notamment sur la vision économique de la future relation avec le bloc européen. Selon Georgina Wright, de l’Institute of Governement, un think tank indépendant au cœur de Londres, l’Union européenne voit trois options. La première, c’est que le Premier ministre cherche un accord de libre-échange robuste, large, complexe. Il faudra alors prolonger la transition et aller au-delà du 31 décembre 2020. Si, au contraire, la date butoir de fin décembre 2020 est plus importante qu’un accord complexe, il se peut que l’UE offre finalement un accord très basique, couvrant les bases d’un accord de libre-échange, et repousse toutes les discussions sur la finance à plus tard. Ce n’est pas parfait, mais au moins à ce niveau-là on aurait quelque chose d’ici fin 2020.

Quant à la troisième option, ce serait un accord complexe pour fin 2020, mais cela voudrait dire accepter beaucoup de demandes de l’UE, ce qui n’a pas été facile pendant le divorce. Et je ne pense pas que ce sera facile au Parlement britannique.

La tentation de Singapour

D’autant plus que les purs et durs du Brexit n’ont toujours pas abandonné l’espoir d’une sortie sans accord. Dans le but de faire du Royaume-Uni une sorte de Singapour sur la Tamise, comme l’expression a été utilisée à Londres ces derniers mois, à savoir un franc-tireur aux portes de l’Europe, résolu à pratiquer le dumping sur tout ce qui bouge, et se faisant fort d’un accord avec l’Amérique de Trump pour cela. On n’en est pas là.

Pour l’instant, c’est dans les mains du Premier ministre que va se jouer le premier acte. Pour John Stevens, Boris Johnson va répéter ce qu’il a fait avec l’accord de retrait. C’est-à-dire ? Il va accepter toutes les conditions européennes et déclarer la victoire. Le problème c’est de savoir s’il peut vendre cela politiquement. À court terme, probablement, parce que les gens veulent sortir de cette impasse. Mais cela va créer d’autres problèmes. Même avec un alignement total sur les critères européens, les problèmes vont surgir sur la question clef de l’immigration et de la liberté de circulation. Il va prétendre qu’il a gagné. Il va accepter un accord type Norvège plus, mais il va déclarer que c’est du Canada plus.

Mais toute l’attention va également se tourner vers l’Écosse, où le Parti indépendantiste (SNP) a fait un très gros score, avec 55 élus. La sortie accélérée du Royaume-Uni va immanquablement renforcer la tentation indépendantiste des Écossais.

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