Des échanges entre employés révèlent qu’ils avaient remarqué que le système antidécrochage MCAS rendait le 737 MAX difficile à piloter en simulateur.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 22h20

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Dans un bref communiqué vendredi, Boeing assure simplement qu’il continuera à collaborer à l’enquête menée par une commission de la Chambre des représentants.

Dans un bref communiqué vendredi, Boeing assure simplement qu’il continuera à collaborer à l’enquête menée par une commission de la Chambre des représentants. JASON REDMOND / AFP

La crise du Boeing 737 MAX s’est aggravée, vendredi 18 octobre. La Federal Aviation Administration, l’agence fédérale chargée de la réglementation et des contrôles concernant l’aviation civile aux Etats-Unis, accuse Boeing de lui avoir caché des documents importants, notamment un échange entre employés révélant que le système antidécrochage MCAS, qui devait empêcher l’avion de partir en piqué, le rendait difficile à piloter en simulateur.

Mensonges avant l’homologation

Dans cet échange sur messagerie instantanée qui date de 2016, soit un an avant la certification du 737 MAX, Mark Forkner, à l’époque un pilote de Boeing, disait à un collègue à propos du MCAS : il « déraille dans le sim [le simulateur] ». « Bon, je t’accorde que je suis nul en pilotage, mais ça, c’était scandaleux », poursuivait le pilote dans cette conversation avec un collègue, Patrik Gustavsson. Ce dernier a fait remarquer qu’il allait falloir actualiser les instructions dans le manuel de vol.

De fait, huit mois avant les échanges rendus publics vendredi, M. Forkner avait demandé à la FAA s’il pouvait ne pas faire mention du MCAS dans le manuel de vol, et le régulateur, convaincu que le dispositif informatique n’était ni dangereux ni amené à intervenir souvent, a donné son feu vert. Une porte-parole de la FAA a précisé que l’autorisation du régulateur n’était pas requise. « En gros, ça veut dire que j’ai menti aux régulateurs (sans le savoir) », répond alors M. Forkner, ce à quoi son collègue ajoute : « Ce n’était pas un mensonge, personne ne nous avait dit que c’était comme ça. »

Le MCAS a depuis été mis en cause dans l’accident d’un 737 MAX d’Ethiopian Airlines, qui s’est écrasé le 10 mars au sud-est d’Addis-Abeba quelques minutes après le décollage, provoquant la mort des 157 personnes à bord. Il est également montré du doigt dans le crash, le 29 octobre 2018, d’un 737 MAX de Lion Air ayant fait 189 morts.

Le 737 MAX, qui avait été homologué et autorisé à voler en mai 2017 par la FAA, a depuis été cloué au sol à travers le monde et des incertitudes entourent son retour en service.

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Boeing sommé de s’expliquer

« Tard hier soir [jeudi], Boeing a alerté le département des transports de l’existence de messages instantanés entre deux employés de Boeing, discutant de certains éléments de communication avec la FAA lors de la certification initiale du 737 MAX en 2016 », écrit la FAA. « Boeing a expliqué au département qu’il a découvert ces documents il y a plusieurs mois », a regretté le régulateur, qui a sommé Dennis Muilenburg, le patron de Boeing, de s’expliquer.

« J’attends vos explications immédiatement concernant le contenu de ce document et les raisons pour lesquelles Boeing en a retardé la divulgation à son régulateur chargé de la sécurité », y écrit Steve Dickson, un des responsables de la FAA.

Le régulateur, dont la proximité avec Boeing a été dénoncée de toutes parts depuis les accidents et qui avait notamment confié à l’avionneur l’inspection du MCAS lors du processus de certification selon des sources proches du dossier, a promis de prendre des sanctions contre Boeing.

Dans un bref communiqué vendredi, Boeing assure simplement qu’il continuera à collaborer à l’enquête menée par une commission de la Chambre des représentants : « Nous allons continuer à suivre les instructions de la FAA et d’autres régulateurs dans le monde, pendant que nous travaillons à faire revoler le 737 MAX en toute sécurité. »

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