Birmanie : Aung San Suu Kyi « arrêtée » par l’armée qui déclare l’état d’urgence pour un an – Le Monde

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Aung San Suu Kyi, lors d’un sommet à Singapour, en novembre 2018.

La Birmanie subit un probable coup d’Etat. Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991 et aujourd’hui dirigeante de la Birmanie, a été « arrêtée » par l’armée, a annoncé lundi 1er février le porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Le président Win Myint et plusieurs hauts représentants du parti au pouvoir ont également été interpellés lors d’une opération menée à l’aube.

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« Nous avons entendu dire qu’elle est détenue à Naypyidaw [la capitale du pays], nous supposons que l’armée est en train d’organiser un coup d’Etat », a précisé Myo Nyunt.

L’armée birmane a, par la suite, proclamé l’Etat d’urgence pour une période d’un an et nommé un général comme président par intérim. Cette décision est nécessaire pour préserver la « stabilité » de l’Etat, ont fait savoir les militaires dans une déclaration sur la chaîne de télévision de l’armée NAME. Ils ont accusé la commission électorale de ne pas avoir remédié aux « énormes irrégularités » qui ont eu lieu, selon eux, lors des législatives de novembre, remportées massivement par le parti d’Aung San Suu Kyi.

La libération des dirigeants demandée

Les Etats-Unis et l’Australie ont rapidement appelé l’armée birmane à libérer tous les dirigeants politiques ; Marise Payne, la ministre des affaires étrangères, l’accusant de « chercher une fois de plus à prendre le contrôle » du pays.

« Les Etats-Unis s’opposent à toute tentative de modification des résultats des récentes élections ou d’entrave à une transition démocratique en Birmanie et vont agir contre les responsables si ces mesures [les arrestations] ne sont pas abandonnées », a réagi dans un communiqué la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki.

Quelques heures après, l’armée birmane s’est emparée de l’hôtel de ville de Rangoun. Cinq camions militaires étaient déployés dans l’enceinte de la mairie et des soldats refoulaient les personnes à l’entrée, selon un journaliste de l’AFP.

Des véhicules militaires sont garés à l’intérieur de l’hôtel de ville de Yangon, en Birmanie, le 1er février.

L’accès à Internet était, lui, gravement perturbé. « Les perturbations des télécommunications ont commencé lundi vers 3 heures du matin (…) et sont susceptibles de limiter la couverture des événements » actuels, a mis en garde l’ONG Netblocks. Les communications téléphoniques, notamment vers et depuis Naypyitaw, sont aussi très perturbées, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).

Des fraudes dénoncées lors des législatives

Ces arrestations interviennent alors que le Parlement, issu des dernières législatives, devait entamer sa première session dans quelques heures. Sous prétexte de la pandémie de coronavirus, les élections « n’ont pas été libres, ni justes », avait assuré la semaine dernière lors d’une conférence de presse le porte-parole de l’armée, le major général Zaw Min Tun.

Les craintes avaient encore grandi quand le chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing – sans doute l’homme le plus puissant de Birmanie – avait déclaré que la constitution pouvait être « révoquée » dans certaines circonstances.

Les militaires affirment avoir recensé des millions de cas de fraude, dont des milliers d’électeurs centenaires ou mineurs.

Des soldats birmans sont postés à l’intérieur de l’hôtel de ville de Yangon, en Birmanie, le 1er février.

Plus d’une dizaine d’ambassades, dont celle des Etats-Unis et la délégation de l’Union Européenne, avaient exhorté vendredi la Birmanie à « adhérer aux normes démocratiques », rejoignant les Nations unies (ONU) dans un chœur d’inquiétudes internationales sur un possible coup d’Etat. « [Nous] nous opposons à toute tentative de modifier le résultat des élections ou d’entraver la transition démocratique en Birmanie », avaient-elles écrit.

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Le parti d’Aung San Suu Kyi, très critiquée à l’international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas mais toujours adulée par une majorité de la population, a remporté une victoire écrasante en novembre. Il s’agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte qui a régné pendant un demi-siècle sur le pays. L’armée conserve toutefois un pouvoir très important, ayant la main sur trois ministères clés (l’intérieur, la défense et les frontières).

Le Monde avec AFP et Reuters

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