Biodiversité : Etats et ONG font front commun à Marseille face à une catastrophe écologique annoncée – Les Échos

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Publié le 3 sept. 2021 à 7:00Mis à jour le 3 sept. 2021 à 9:00

Incendies monstres, inondations dévastatrices, accélération des disparitions d’espèces animales : l’état de la planète n’est plus très loin de devenir calamiteux. Une catastrophe annoncée que le congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dont Emmanuel Macron préside la séance d’ouverture ce vendredi, en début d’après-midi à Marseille, ne viendra sans doute pas démentir. Objectif : sauver ce qui peut l’être encore de la biodiversité et, qui sait, maintenir l’espoir d’une reconquête.

Jusqu’au 11 septembre, les 16.000 experts et 1.400 membres de ce mastodonte qui rassemble 90 Etats et des milliers d’ONG, grandes et petites, discuteront et exposeront, par voie de motions, les solutions envisageables pour détourner l’humanité du mur qui se présente à elle. Jusqu’à un million d’espèces animales et végétales sont menacées de disparition, rapportait en 2019 l’IPBES qui est à la biodiversité ce qu’est le Giec au climat , un groupe d’experts mandatés par les Nations unies pour prendre le pouls de la planète.

Climat et biodiversité même combat

Tout ça par la faute de l’homme. Non content d’être à l’origine du réchauffement climatique, en passe d’être la première source de la perte hors norme de la biodiversité, il opère des prélèvements massifs de ressources et de matières premières dans les milieux naturels, provoquant une dégradation rapide des écosystèmes dont lui-même dépend. Une machine infernale dont les entreprises prennent de plus en plus la mesure.

Témoin, « l’IUCN CEO Summit », un sommet organisé peu avant l’ouverture officielle du Congrès de l’UICN et qui réunira les patrons d’une cinquantaine de grandes entreprises, françaises et étrangères. Celles-ci, d’Engie à EDF en passant par Shell, se veulent en pointe sur les enjeux de biodiversité et les outils nécessaires à sa préservation. Notamment sur la mise en oeuvre des « solutions fondées sur la nature », concept prôné par l’UICN et qui permet de préserver ou de restaurer des écosystèmes.

« On a pris conscience du fait que les questions de biodiversité sont liées à nos modes de production et de consommation », explique Rémy Rioux, le directeur de l’Agence française pour le développement (AFD). Au même titre que le réchauffement climatique, la perte de biodiversité fait peser un risque financier très lourd sur les économies dont la prise en compte s’impose. « Il faudrait entre 750 et 1.000 milliards de dollars chaque année d’investissements positifs pour la nature d’ici à 2030, on estime qu’on est aujourd’hui à 150, dont 80 % d’argent public », indique-t-il.

L’équation financière que va poser le déclin du patrimoine naturel de la planète commence à se poser dans les économies les plus développées. En juin dernier, à Londres, les ministres des Finances du G7 ont pris l’initiative de lancer un groupe de travail, la TNFD (Task Force on Nature-Related Financial Disclosures) pour aider les entreprises et les institutions financières mondiales à mettre au point des méthodes de reporting sur les risques et les impacts de leurs investissements sur l’environnement.

Une task-force pour aider les entreprises

Ce sujet ne sera pas absent des discussions du congrès de Marseille qui intervient alors que des négociations sont en cours, dans le cadre de la COP15 biodiversité, pour tenter d’inverser cette tendance à l’effondrement. Mais cette conférence onusienne, initialement prévue le mois prochain, vient d’être reportée à avril 2022 pour cause de pandémie. Ce contretemps donne un relief particulier au grand rendez-vous international donné par l’UICN dans la cité phocéenne. Bien qu’organisé en mode hybride et sans la présence de beaucoup de pays en voie de développement, privés de vaccins, l’espoir de faire avancer les dossiers s’est reporté sur lui.

Les enjeux à traiter sont nombreux. Ceux liés à la surpêche et à l’extension des zones de protection renforcées y figurent en bonne place. « Pas moins de 27 % des mammifères marins sont menacés », fait observer Maud Lelièvre, la présidente du Comité français de l’UICN. La lutte contre les zoonoses (maladies infectieuses qui sont passées de l’animal à l’homme) figure également au menu, le lien entre le risque épidémique et la perte de biodiversité étant désormais établi. La France portera une motion pour développer les efforts de recherche dans le cadre de la « task-force » internationale préconisée par Emmanuel Macron en janvier lors du One Planet Summit .

Une autre grande affaire de ce congrès concerne la sanctuarisation des territoires. A Marseille, les Etats vont commencer à se compter pour faire en sorte que 30 % de la surface du globe, sur mer comme sur terre, soient classés en zone protégée à l’horizon 2030. Un objectif sur lesquels la communauté internationale est invitée à s’entendre dans le cadre de la COP 15 sur la biodiversité.

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