Beyrouth, mardi 4 août, 18h07, c’était jour de mariage… – Le Parisien

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4 août 2020, 18h07, le soleil brille au-dessus de la corniche, fierté de Beyrouth. Passants, et badauds apprécient la vue sur la Méditerranée turquoise sur cette promenade bordée de palmiers géants. Un peu plus au sud, dans le quartier de Gemmayzeh, Israa et Ahmad vivent le plus beau jour de leur vie. Ce mardi, à quelques encablures du port de Beyrouth, au cœur de la capitale libanaise, c’est jour de mariage.

Israa, la mariée vêtue d’une robe immaculée, sourit comme jamais devant l’objectif du photographe chargé d’immortaliser leur union. Mahmoud Nakib, réalisateur indépendant pour la télévision, utilise une steadycam pour filmer la mariée en plein milieu d’une des plus jolies places du quartier, décorée de marbre et aux faux balcons vénitiens. Sa caméra se perd dans l’immense voile qui recouvre les cheveux de la mariée. Une immense explosion retentit alors. La caméra continue de filmer… une scène surréaliste.

VIDEO. Explosion à Beyrouth : un film de mariage capture le moment du drame

Joint ce jeudi, Mahmoud Nakib est encore sous le choc. « Le moment où c’est arrivé, ce bruit… ce n’est pas descriptible, cela ne ressemble à rien de ce que j’ai connu… » tente de décrire ce talentueux réalisateur de clips de 26 ans. « Bien que je vive au Liban je n’avais jamais vécu un tel moment, toute cette horreur qui a suivi l’explosion, ce chaos, ce sang dans les rues… » décrit-il visiblement traumatisé.

« Cette onde de choc, c’était comme une bombe atomique ! »

« Ce bruit était extraordinaire, puis je n’ai plus entendu grand-chose sinon des cris, des hurlements. Mon cœur s’est mis à battre extrêmement rapidement. Par réflexe, j’ai voulu partir sur ma droite mais l’onde de choc m’a violemment poussé sur ma gauche, je n’étais plus maître de mes mouvements » se remémore-t-il troublé. « Cette onde de choc, c’était comme une bombe atomique ! J’ai eu l’impression d’être dans un film d’action… plus dans ma vie » se lamente-t-il.

« Dans ma tête, je me suis dit presque automatiquement, où dois-je partir, où dois-je partir ? Et j’ai pensé à ma femme et ma fille » explique encore Mahmoud. « Ma deuxième pensée, est allée aux mariés. Je me suis dirigé vers eux et nous nous sommes réfugiés dans un restaurant, notre chance c’est qu’il n’y avait pas de verres ou d’immeubles instables autour de nous » précise le photographe. En effet, les mariés comme Mahmoud sont miraculeusement épargnés par les blessures. Un vrai miracle au regard de leur proximité du lieu de l’explosion.

« Je leur ai parlé, et leur ai dit d’aller se réfugier chez eux, mais Ahmad a appris au téléphone que leur maison était détruite. Ils étaient catastrophés » s’émeut-il. Après quelques minutes, le couple finit par rejoindre le reste de sa famille dans leur quartier. Mais ils doivent alors slalomer à travers les débris et les gens ensanglantés qui errent dans la grande rue George Haddad, toute proche. Une scène de cauchemar.

« Tout était détruit autour de nous »

« Tout était détruit autour de nous. C’était quasi impossible de prendre la route tant les voitures jonchaient la route soient renversés, soit détruites. Il y avait du verre et des gens ensanglantés partout » se souvient douloureusement le photographe. « Je n’ai jamais voulu vivre de tels moments, je me suis reposé la question : faut-il partir d’ici ? Mais où puis-je aller ? », nous répète-t-il la voix tremblante.

Originaire de Saïda, à 50 km au sud de Beyrouth, « j’ai tout de suite appelé ma femme et ma fille qui heureusement étaient saines et sauves ». Le réalisateur voyait déjà depuis des mois ses revenus s’effondrer avec la crise économique, puis la crise du Covid-19. Ce jeudi, sa famille est son seul espoir car l’avenir est plus que jamais incertain au Liban.

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