Benoît Payan : « Marseille rend enfin justice à Ibrahim Ali » – Le Monde

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Tribune. Ce 21 février, la ville de Marseille a renommé une de ses avenues du nom d’Ibrahim Ali. Victime de la haine, la ville lui rend enfin justice après vingt-six années d’un trop long silence. Elle honore la mémoire de ce jeune issu des quartiers nord, tué d’une balle dans le dos par des militants du Front National. Comme le jugement l’a montré, ce meurtre est un crime raciste.

Le racisme enferme chacun dans une catégorie qui résumerait son identité. Nous serions alors Blancs, Noirs, musulmans, juifs. La violence verbale du racisme irrigue un univers mental qui déborde dans le champ politique et social. L’histoire récente est jalonnée de ses crimes : Marseille en 1953, 1973, 1995 ; Paris en 1961 et 1995. La liste est loin d’être exhaustive. Le racisme tue.

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Dans quelle société sommes-nous plus de trente ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme partie de Marseille en octobre 1983 ? Le décalage entre la promesse républicaine et la situation objective d’une large partie de notre population n’est-il pas toujours aussi abyssal ?

La cité phocéenne est le fruit d’un mythe fondateur

Nous sommes, je le crois, à un tournant de notre histoire. Nous devons regarder notre société et nos territoires en face. Aujourd’hui encore les stigmatisations et les discriminations liées à la couleur de peau sont trop présentes en France. Il est temps de le reconnaître et c’est ce que fait la ville de Marseille aujourd’hui. Cette réalité insupportable ne correspond pas à l’histoire de notre ville et à son identité singulière.

La cité phocéenne est le fruit d’un mythe fondateur où deux mondes que tout opposait se sont rencontrés et ont fait cité. Port commercial, colonial et industriel, Marseille s’est construite par la sédimentation progressive de populations fuyant la misère, la guerre et les persécutions. Ces femmes et ces hommes, par-delà leurs différences, ont toujours construit cette ville, ils en ont fait sa richesse, son identité.

Pour autant Marseille connaît une profonde crise. La « misère pousse partout » comme l’écrit Philippe Pujol, journaliste et essayiste. Du nord au sud en passant par l’est et les quartiers de l’hypercentre, la relégation n’est pas l’apanage des seuls grands ensembles mais touche de larges pans de la ville.

La fragmentation sociale et économique est aussi spatiale

La cité Bellevue est une des plus grandes copropriétés dégradées de France. Le quartier de Saint-Mauront, un des plus pauvres d’Europe. Nous pourrions faire un inventaire à la Prévert de nos quartiers populaires vivant avec moins de 500 euros de revenus par mois et par foyer selon les chiffres de l’Insee.

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