Bébé né grâce une greffe d’utérus : «Si c’était à refaire, je le referais», témoigne la donneuse – Le Parisien

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Quand Brigitte a su que sa fille, Déborah, était née sans utérus et ne pourrait jamais avoir d’enfant, elle n’a pas hésité. Le jour où ce serait possible, elle lui donnerait le sien. Grâce aux progrès de la science et à une coopération médicale internationale, la première greffe d’utérus en France a eu lieu à l’hôpital Foch, à Suresnes (Hauts-de-Seine), le 31 mars 2019, dans le plus grand secret. En juillet de l’année suivante, Déborah, 35 ans, fait une fécondation in vitro. Dix jours plus tard, le test de grossesse est formel : elle est enceinte. La petite Misha est venue au monde par césarienne vendredi dernier. Une naissance incroyable qui fera l’objet d’un documentaire dimanche, dans « Zone interdite », sur M 6. Mère et fille vont bien. Aujourd’hui, Brigitte, grand-mère pour la quatrième fois à 59 ans, confinée à Mayotte, attend avec impatience de rencontrer ce petit miracle de la médecine et de l’amour, comme elle nous le confie en exclusivité.

Félicitations ! Cette naissance, c’est une victoire. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Je me sens normal, comme une mamie. La première grande aventure s’est terminée il y a plus d’un an, quand on a su que le greffon était bien accroché, qu’il n’y avait plus de risque de rejet, c’était fini pour moi. Maintenant, c’est l’aventure de ma fille.

Comment va votre fille ?

Déborah va bien. Lundi, elle a pu marcher un peu plus. Elle nous a dit qu’elle espérait avoir bientôt Misha à côté d’elle. Pour l’instant, elle est en couveuse. Ce n’est pas parce que c’est ma petite-fille mais… qu’est-ce qu’elle est belle ! On ne dirait pas que c’est une petite prématurée. Elle a une bonne bouille. C’est un petit poupon : elle fait 42 cm pour un peu plus d’1,8 kg. Elle est mignonne comme tout.

Misha est en bonne santé ?

Elle avait juste une sonde pour se nourrir au début. Il faut le temps que la lactation se fasse et, comme c’est une prématurée, elle n’a pas encore le réflexe de succion. Mais lundi, on a pu voir qu’ils commençaient à lui donner le lait de sa maman par l’intermédiaire d’une petite seringue. Tout ça rentre dans l’ordre. Il faut laisser le temps au temps.

Comment avez-vous appris sa naissance ?

On a reçu un texto de notre gendre vendredi : « On file au bloc, Misha arrive. » Juste après, on a vu les premières photos. On s’est skypé dimanche, on a pu voir Débo. Pierre nous envoie des photos et des petites vidéos. On savait que Déborah était à la Maison des parents, juste à côté de l’hôpital de Suresnes. L’équipe médicale voulait qu’elle soit là pour pouvoir intervenir vite. Ils avaient calculé que, si tout allait bien, elle pourrait aller au maximum jusqu’au 8 mars. Le plus important, c’était qu’elle passe le cap des 32 semaines. On espérait qu’elle irait le plus loin possible dans sa grossesse.

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Un tour de l’actualité pour commencer la journée

Vous habitez à des milliers de kilomètres, à Mayotte. Quand pourrez-vous voir votre petite-fille ?

On espère pouvoir passer Noël ensemble. Avec le Covid, c’est un peu compliqué. Bien sûr, j’avais envie d’être là pour ses premières heures. Mais on en avait discuté quand je suis venue en janvier : le plus important, c’est la sécurité et la santé de Déborah et du bébé. Là, on ne pourrait pas entrer dans l’hôpital. Le variant sud-africain inquiète l’équipe médicale. Le professeur Ayoubi fait très attention à Déborah. Je le compare souvent au Petit Prince, qui adore sa rose et la met sous un globe pour que rien ne lui arrive. On descendra voir notre petite-fille et nos enfants quand ils seront de retour sur Cannes. Je préfère passer plus de temps avec Misha quand elle sera vraiment à côté de moi, plutôt que quelques heures par jour dans son petit bocal, même si elle sort bientôt de la couveuse. Ce sera mieux.

Votre fille et votre petite-fille ont partagé le même utérus, le vôtre…

Oui, elles ont partagé le même nid. Mais une fois que mon utérus a été transplanté, ce n’était plus le mien. Le sang qui l’a irrigué, c’est celui de Déborah. Quand on a su qu’elle ne pourrait pas avoir d’enfant parce qu’elle n’avait pas d’utérus, Déborah avait 16 ans. Elle était jeune, sportive (NDLR : elle est professeure de natation). Les années ont passé. Quand on en parlait, elle me disait qu’elle en avait fait son deuil, même si au fond, elle devait être malheureuse. Etre femme, c’est avant tout pouvoir mettre des enfants au monde. Je lui ai tout de suite dit : si un jour je peux te donner mon utérus, je te le donne. Un jour, elle m’appelle. On parlait de choses et d’autres et elle me dit : « Au fait est-ce que ça tient toujours, ta proposition ? » Enfin, elle ne me l’a pas dit exactement comme ça (rires) mais ça voulait dire ça. Elle avait rencontré le professeur Ayoubi. Quelque chose était possible. On était super contente !

Quel souvenir gardez-vous de cette aventure ?

Si c’était à faire, je le referais. Ça a été une belle aventure. C’est moi qui donne mon utérus, mais c’est une décision qu’on prend à deux, avec Jean-Luc, mon mari. Je n’ai jamais eu peur, même quand je suis partie pour le bloc. Bien sûr, le risque zéro n’existe pas. Jean-Luc m’a dit après : j’aurais pu perdre ma femme et ma fille. Pour le papa, pour l’époux, l’attente n’est pas évidente. L’opération a duré un peu plus longtemps que prévu. Moi, j’étais confiante. On était tellement bien entouré. Déborah, au bout de deux jours à peine, elle grimpait 3 ou 4 étages. Elle s’est vite fait tirer les oreilles par le professeur. Ah là là ! C’était magnifique. Et maintenant ce joli bébé !

Votre histoire est porteuse d’espoir…

Nous sommes les premières en France mais ça s’est déjà fait ailleurs dans le monde : quelques bébés sont déjà nés comme ça. On n’a pas accepté d’être filmés dans un documentaire simplement pour le plaisir de passer à la télé. On veut faire passer un message d’espoir à toutes les mamans qui pour X raisons, à la suite d’une maladie ou d’une malformation, n’ont pas ou plus d’utérus, et qui veulent un enfant. On veut leur dire : c’est possible.

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