Axel Kahn, médecin, généticien et essayiste est mort – Le Monde

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Axel Kahn, le 14 avril 2015 à Paris.

Axel Kahn, médecin, généticien et essayiste, est mort à 76 ans des suites d’un cancer, a annoncé mardi 6 juillet la Ligue contre le cancer, dont il était président depuis juin 2019. Il avait lui-même pris l’initiative d’en annoncer l’issue fatale, le 11 mai, dans un communiqué.

Il avait ensuite accordé une série d’entretiens, dans lesquels il faisait part de sa sérénité face à la mort, témoignant de l’expérience « saisissante » que l’on vit quand on la sait toute proche : « La joie de tout instant de beauté est décuplée par l’hypothèse que l’on pourrait n’en plus connaître de pareille. Sensation inouïe, bonheur immense », écrivait-il ainsi le 14 mai sur son fil Twitter, en regard de fleurs et d’un arc-en-ciel.

Né le 5 septembre 1944 au Petit-Pressigny (Indre-et-Loire), Axel Kahn a pour père le philosophe Jean Kahn (1916-1970) et pour mère Camille Ferriot (1914-2005). Il est le frère du journaliste Jean-François Kahn, de six ans son aîné, et du chimiste Olivier Kahn (1942-1999). Leur lignée comprend un grand-père paternel juif alsacien admirateur de Georges Clemenceau et laïcard et une grand-mère maternelle antisémite refusant de rencontrer leur père. Axel Kahn perd la foi catholique au contact des jésuites, mais il se forgera « une morale sans transcendance », un humanisme athée « qui finalement est assez proche de celui des chrétiens », constatera-t-il au soir de sa vie.

Le suicide de son père marque de façon indélébile le jeune homme, d’autant que ce geste, inattendu, se double d’un message adressé à lui seul dans une lettre posthume : « Sois raisonnable et humain. » Injonction « extraordinairement vague », et qui le questionnera sa vie durant.

Premier directeur de l’Institut Cochin

Axel Kahn a fait médecine « par élimination », afin de ne pas entrer en compétition avec « les quatre hommes Kahn ». Ce sera l’hématologie (1974), discipline qui l’amène à se consacrer à la recherche : en 1976, il entre à l’Inserm en tant que biochimiste, intégrant une unité d’enzymologie pathologique au sein de l’hôpital Cochin, à Paris. C’est là qu’il effectuera l’essentiel de sa carrière scientifique, mettant les outils du génie génétique au service de la compréhension d’anomalies enzymatiques impliquées notamment dans les maladies du sang. Il s’intéresse ensuite au potentiel des thérapies géniques.

Ses activités de recherche s’accompagnent de prises de responsabilités administratives. Il devient ainsi le premier directeur de l’Institut Cochin (2002-2007), avant d’être élu à la tête de l’université Paris-V Descartes (2007-2011). Il se défendra d’avoir été alerté, avant la fin de son mandat, sur la gestion du centre de don des corps abrité par celle-ci, après la révélation en novembre 2019 par L’Express des conditions indignes dans lesquels des cadavres destinés aux recherches anatomiques y étaient traités.

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Avant cela, il aura présidé la Commission du génie biomoléculaire, chargée d’évaluer les demandes de mise en culture d’organismes génétiquement modifiés, et de laquelle il démissionnera en 1997, lorsque le gouvernement Juppé interdit la culture en France d’un maïs transgénique, à laquelle lui était favorable. Sa nomination dans la foulée comme directeur scientifique adjoint pour les sciences de la vie de Rhône-Poulenc (1997-1999), entreprise impliquée dans ces développements industriels, entachera son indépendance sur le sujet aux yeux de certains observateurs.

Soutien de Martine Aubry

Parallèlement, Axel Kahn est membre du Comité national consultatif d’éthique (1992-2004), à une période où les développements de la génétique et des techniques de reproduction nourrissent d’intenses débats. Clonage, tests génétiques, thérapies géniques : la clarté de ses interventions et son sens de la pédagogie en font dès lors un « bon client », disait-il, prisé des médias – lui-même sera cofondateur d’un journal scientifique, Médecine/Science.

Il se déclare opposé aux tests génétiques chez les athlètes féminines ou dans le cadre du regroupement familial, ainsi qu’à la brevetabilité des gènes ou au clonage thérapeutique. Il estime que la thérapie génique germinale, promue par les transhumanistes, vise in fine à « augmenter » l’espèce humaine – un projet « forcément inégalitaire », et donc « philosophiquement critiquable ». Considérant que « l’individu ne se résume pas à ses gènes », il bataille notamment contre les positions réductionnistes de Nicolas Sarkozy quand celui-ci considère que la pédophilie ou les tendances suicidaires chez les jeunes ont une origine génétique.

Lire l’entretien de 2018 : « Impossible de savoir quels seront les bons gènes dans deux siècles » selon Axel Kahn

Cette opposition n’est pas que scientifique : en 2012, Axel Kahn, soutien de Martine Aubry, compare le rassemblement organisé par le président sortant au Trocadéro à un « Nuremberg du tout petit », avant de regretter cette analogie. Le lycéen secrétaire aux Jeunesses communistes, encarté au PCF jusqu’en 1977, gardera le cœur à gauche, même après le « tournant de la rigueur » mitterrandien de 1983. En 2012, investi par le Parti socialiste dans une deuxième circonscription de Paris traditionnellement acquise à la droite, il perd face à François Fillon au second tour.

Auteur d’une trentaine de livres

Il dira avoir refusé par deux fois le poste de ministre de la recherche, ne voyant pas « dans des circonstances contraintes » ce qu’il pouvait apporter. Les difficultés du secteur ne lui étaient que trop familières : en 2004, il figure parmi les « mandarins » – le mot est de lui – qui se mobilisent dans le mouvement « Sauvons la recherche », réclamant à Claudie Haigneré un meilleur financement pour le monde scientifique en général et pour l’Institut Cochin en particulier.

Marcheur infatigable, il tire de ses déambulations quelques-uns de ses essais. Il est l’auteur ou le co-auteur d’une trentaine d’ouvrages – sur l’éthique, les biotechnologies, la morale, ou parfois autobiographiques. Le dernier, Et le bien dans tout ça ? (Stock), a été publié en mars.

Lire la tribune : « La Covid-19 n’est pas la source des pénuries de médicaments, elle les aggrave »

Ces derniers mois, Axel Kahn avait multiplié ses apparitions dans les médias à l’occasion de la pandémie de Covid-19, distillant ses conseils sur la gestion de la crise sanitaire. Cet engagement était notamment motivé par la défense des personnes atteintes d’un cancer : « Retards de diagnostic, reports d’opérations, infections nosocomiales : elles sont des victimes collatérales parmi les plus durement touchées », expliquait-il dans le dernier entretien accordé au Monde, le 28 février. Il s’y interrogeait sur ce que sa génération avait « manqué » pour que le discours ambiant vis-à-vis de la pandémie soit à ce point contaminé par l’« irraison la plus totale » et par le complotisme.

Lire le grand entretien : Axel Kahn : « J’ai choisi la médecine par élimination »

Axel Kahn en quelques dates

5 septembre 1944 Naissance au Petit-Pressigny (Indre-et-Loire)

2002-2007 Premier directeur de l’Institut Cochin

2007-2011 Président de l’université Paris-V Descartes

2019 Président de la Ligue contre le cancer

2021 Publie « Et le bien dans tout ça ? »

2021 Mort à Paris

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