Avec la destruction du World Trade Center, près d’un million de pièces archéologiques ont disparu – Le Figaro

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Au pied des tours jumelles, la sixième tour du World Trade Center fut en grande partie détruite le 11 septembre 2001. Son sous-sol et rez-de-chaussée accueillaient des milliers d’objets et d’artefacts témoins de l’histoire de New York. Une mémoire balayée par les attentats.

Le musée dédié à la catastrophe et le grand parc du souvenir qui l’entoure ont déjà fait de Ground Zero, le site des attentats du 11 septembre 2001, un site archéologique. Ce que l’on sait moins, c’est que l’une des anciennes tours du quartier d’affaire, la Six World Trade Center, abritait déjà une riche collection archéologique.

National Geographic déterre la folle histoire de ces millions de pièces essentielles à l’histoire de Manhattan, une île devenue en moins de 400 ans l’épicentre de la première puissance mondiale. À partir de 1991 et jusqu’en 1998, deux sites archéologiques majeurs dans l’histoire de la Grosse Pomme sont mis au jour lors des travaux de construction d’un bâtiment fédéral dans le sud de l’île.

Une histoire «balayée»

Le premier est un cimetière africain, dans lequel environ 15.000 âmes furent enterrées. L’ensemble des artefacts retrouvés – des morceaux de cercueil, des fragments de sols et des ossements – témoignent d’une histoire de New York longtemps mise de côté. Celle d’un esclavage féroce, où le taux de mortalité infantile culminait à 40 % et où l’espérance de vie moyenne ne dépassait pas les 26 ans.

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Dans les sous-sols de la tour six, Sherrill Wilson, éminente archéologue de la ville, lance alors le centre de recherche pour l’African Burial Ground en 1992. Les artefacts y sont répertoriés et classifiés. Après leur enregistrement, les ossements sont envoyés à l’université Howard. Ce transfert va permettre d’en sauver des centaines. Les pièces restantes sont détruites en même temps que le Six World Trade Center, sous le poids de l’effondrement des tours jumelles.

«Nous devons nous rappeler que le 11 septembre a vraiment balayé la mémoire de cette partie de la ville» confie l’archéologue à National Geographic. «Un passé perdu est toujours dramatique. Évidemment ce n’est pas comparable à des vies humaines. Mais c’est une perte de compréhension de ce que nous sommes et de nos origines.» Mais les découvertes ne s’arrêtent pas là. À quelques encablures du cimetière africain, les archéologues mettent au jour les vestiges d’un quartier plus récent et porteur de tous les fantasmes.

Des miettes de Five Points

«Tout ce qui est répugnant, tombant et pourri est ici.» Dans ces Notes Américaines, Charles Dickens dresse un portrait effroyable de Five Points, le quartier où s’installent les premiers immigrants irlandais et allemands au mitan du dix-neuvième siècle. Les populations noires peuplent toujours massivement le quartier, qui devient un des premiers exemples de melting-pot à l’américaine. Immortalisé au cinéma dans Gangs Of New York de Martin Scorsese, Five Points est situé à quelques encablures au nord du site du World Trade Center, à l’emplacement actuel du quartier de Civic Center.

Malgré l’image d’un quartier où régnaient l’insécurité et la criminalité, les fouilles ont permis d’établir que les habitants de Five Points ne vivaient pas dans la misère la plus totale. Entreposés avec les pièces du African Burial Ground, seule une infime partie des artefacts du quartier a survécu à l’effondrement des tours. Mais les tasses de thé en porcelaine, pipes en terre et autres billes de luxe préservées sont la preuve que les habitants avaient les moyens pour des consommations de qualité, parfois ostentatoires pour l’époque. Ces pièces, les seules miettes de souvenir d’un quartier parmi les plus densément peuplés de l’histoire de la ville, sont exposées au musée de la ville de New York.

Des œuvres inestimables ont aussi disparu dans les décombres de cet attentat qui a fait 2977 victimes. Devenu un centre financier mondial, les tours du World Trade Center accueillaient parmi les œuvres les plus prestigieuses du monde. Plusieurs originaux de Picasso, Rodin, Miro ou Roy Lichtenstein, ainsi que toutes les archives de la romancière Helen Keller.

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