Audrey Pulvar n’est pas son père – Libération

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«Le père d’Audrey Pulvar, candidate aux régionales en Ile-de-France, accusé de pédophilie», annonce un article de presse publié samedi soir. Pire, Femme actuelle balance en pleine page : «Audrey Pulvar : son père accusé de pédophilie, elle savait depuis 20 ans». En dessous, une photo de l’ex-journaliste. Comment ? Pourquoi ? Qui peut ainsi faire porter la responsabilité (mal déguisée) d’agressions sexuelles présumées à une personnalité publique, sous le prétexte qu’elles auraient été commises par un membre de sa famille ?

L’affaire est celle-ci : Marc Pulvar, figure du syndicalisme martiniquais décédé en 2008, est accusé d’avoir été un «pédocriminel» par trois femmes de sa famille qui expliquent, dans une tribune, vouloir mettre un terme à l’«héroïsation du personnage».

«A l’âge de 7 et 10 ans, nos routes ont croisé celle d’un homme, écrit la conseillère territoriale Karine Mousseau avec ses cousines Barbara Glissant et Valérie Fallourd, dans ce texte consulté samedi par l’AFP. On l’encense aujourd’hui encore en Martinique, parce qu’il a été un militant, syndicaliste, défenseur des opprimés.»

Ces mots, qui font se serrer les tripes, sonnent comme un écho à la multitude de témoignages qui a émergé sous le hashtag #MeTooInceste, depuis les révélations de Camille Kouchner sur son beau-père Olivier Duhamel en janvier.

Pourquoi Audrey Pulvar se trouve-t-elle ainsi associée aux actes de son père ? La réponse à cette question va sembler d’autant plus surprenante : parce qu’elle a apporté son soutien à ses cousines. Dans une déclaration à l’AFP samedi, l’adjointe d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris a expliqué avoir «été mise au courant des crimes commis» par son père «il y a une vingtaine d’années quand mes cousines nous en ont parlé».

«Cela a été un choc très profond pour mes proches et moi. Tant qu’elles ne souhaitaient pas s’exprimer publiquement, ce n’était pas à nous, à moi, de nous substituer à leur parole de victimes, ajoute la tête de liste aux régionales pour Ile-de-France en commun. Elles sont en mesure et ont décidé de le faire aujourd’hui : je les soutiens pleinement et admire leur courage. Je souhaite qu’elles soient entendues et que leur parole soit respectée.»

Ceux qui accusent à demi-mot Audrey Pulvar d’être coupable d’avoir tu ces horreurs auraient-ils préféré qu’elle bafoue le droit inaliénable d’un(e) survivant(e) de prendre la parole, si elle le veut et quand elle le veut ? Une étape essentielle pour se reconstruire.

Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau, Aurore Lalucq, Sergio Coronado… les réactions de soutien de la classe politique à Audrey Pulvar ont heureusement inondé ce dimanche les réseaux sociaux. Plutôt que porter nos regards sur une femme qui n’a fait que respecter le désir de ses cousines, pourquoi ne pas se concentrer sur les non-dits sociétaux, les impasses de notre système judiciaire, le manque de prévention des actes d’inceste ? N’est-ce pas justement ce type de culpabilisation des victimes – qui les incite à se taire pour ne pas détruire l’image de leur bourreau et de son entourage – ici en l’occurrence une femme politique ? Selon un sondage Ipsos de novembre, réalisé pour l’association Face à l’inceste, un Français sur dix dit avoir été victime d’inceste. N’est-ce pas là le vrai sujet ?

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