Audrey Pulvar annonce à son tour porter plainte contre Gérald Darmanin pour « dénonciation calomnieuse » – Le Monde

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Audrey Pulvar à Paris, le 7 mai 2021.

Une plainte en entraîne une autre. Les avocats d’Audrey Pulvar, tête de liste des socialistes aux élections régionales en Ile-de-France, ont annoncé lundi 24 mai porter plainte à leur tour contre le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. Ce dernier avait annoncé dimanche qu’il allait déposer plainte contre Mme Pulvar, l’accusant de « diffamer la police ».

Gérald Darmanin « assigne au silence une candidate à une élection, ce que nous ne pouvons interpréter autrement que comme une grossière manœuvre d’intimidation », a déclaré l’avocat d’Audrey Pulvar, Patrick Klugman, lors d’une conférence de presse lundi.

Une plainte de Darmanin visant une « succession de propos »

M. Darmanin a été le premier à lancer les hostilités. Le ministre de l’intérieur avait annoncé sa plainte dans un tweet dimanche soir, dénonçant une interview dans laquelle Mme Pulvar jugeait « assez glaçante » la manifestation policière devant l’Assemblée nationale, mercredi 19 mai. Une manifestation « soutenue par l’extrême droite, à laquelle participe un ministre de l’intérieur, qui marche sur l’Assemblée nationale pour faire pression sur les députés en train d’examiner un texte de loi concernant la justice, c’est une image qui pour moi était assez glaçante », avait expliqué l’ex-journaliste samedi sur Franceinfo.

Il s’agit d’une plainte pour « diffamation » qui vise « une succession de propos », avait précisé dans un premier temps à l’Agence France-Presse (AFP) l’entourage de M. Darmanin, lui-même candidat aux régionales dans les Hauts-de-France et aux départementales dans le Nord. Sur France Bleu Provence, lundi, le ministre a apporté quelques précisions :

« Il y a eu une augmentation grosso modo de 80 % en quinze ans des attaques contre les policiers, 40 % contre les gendarmes. C’est pour ça que tous les propos qui légitiment ces attaques, qui viennent toucher notre police, lui retirer son honneur, comme ceux de Mme Pulvar, qui sont totalement scandaleux ce week-end, doivent être poursuivis et condamnés. C’est ce que j’ai voulu faire. »

L’entourage du ministre a précisé que la plainte du ministre de l’intérieur vise également une vidéo de juin 2020, diffusée samedi sur Twitter par Pierre Liscia, porte-parole de Libres !, le mouvement de Valérie Pécresse, candidate à sa réélection en Ile-de-France. A l’occasion d’une manifestation à Paris en hommage à George Floyd, cet Afro-Américain tué par un policier à Minneapolis, Mme Pulvar y dénonçait « le racisme dans la police » en France.

Interrogé par l’AFP sur la prescription frappant ces propos – le délai est de trois mois en matière de diffamation –, l’entourage du ministre a répondu qu’ils pouvaient « être versés en accompagnement de la plainte pour l’étayer ».

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Une tentative d’intimidation « sans précédent »

Manifestation des policiers à l’appel des syndicats devant l’Assemblée nationale à Paris, le mercredi 19 mai 2021.

En réponse, M. Klugman a annoncé lundi déposer à son tour une plainte pour « dénonciation calomnieuse » contre M. Darmanin, qui devra être instruite par la cour de justice de la République, ainsi qu’une plainte pour « diffamation » devant les juridictions ordinaires.

Dimanche, la liste de Mme Pulvar, Ile-de-France en commun, avait fustigé « une atteinte à la liberté d’expression d’une extrême gravité », et fait savoir que « cette tentative d’intimidation d’une candidate d’opposition, par un ministre de l’intérieur, par ailleurs [chargé] de l’organisation des élections (…), est sans précédent sous la Ve République ».

L’annonce de la plainte de M. Darmanin a également provoqué un tollé dans les rangs de la gauche. « Jusqu’ici, dans une démocratie, on pouvait encore exprimer une opinion sans que le ministre chargé des élections ne se sente autorisé à intimider une adversaire politique. Total soutien à @AudreyPulvar », a tweeté le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, dans la nuit de dimanche à lundi. « Du jamais-vu ! », a réagi de son côté la maire de Paris, Anne Hidalgo. « Heureusement nous sommes dans un Etat de droit. J’ai toute confiance dans la justice de mon pays », a-t-elle déclaré lundi sur Twitter. L’ancien candidat socialiste à l’élection présidentielle, Benoît Hamon, a quant à lui qualifié lundi sur France Inter l’attitude de M. Darmanin de ridicule.

Plusieurs responsables politiques de gauche, dont Mme Hidalgo et l’écologiste Yannick Jadot, s’étaient joints au rassemblement organisé le 19 mai par les syndicats de policiers, ainsi que des élus de tous bords politiques, du Rassemblement national au Parti communiste français. Seuls les responsables de La France insoumise (LFI) se sont abstenus d’y participer. « Pleine solidarité avec Audrey Pulvar, a tweeté dimanche dans la soirée le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon. Darmanin joue les gros bras. Il veut intimider. Sa plainte montre sa faiblesse et sa peur des organisations policières qui font la loi dans son ministère. »

Lire aussi notre éditorial : Rassemblement des policiers : Gérald Darmanin dans le piège sécuritaire

Le Monde avec AFP

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