Au Sénat, Philippe sur la défensive – Libération

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«Le 11 mai ne sera pas le début de l’insouciance, ce sera le début de la reprise.» Edouard Philippe n’entend pas réenchanter le déconfinement mais il est décidé à justifier son plan. Disponibilité des tests, réouverture des écoles, création d’un fichier de données médicales, reprise des transports : alors que le déconfinement vire au gigantesque sac de nœuds pour le gouvernement, parfois empêtré dans des injonctions contradictoires, le Premier ministre s’est efforcé, lundi au Sénat, de répondre aux mises en cause. Sans convaincre les sénateurs (majoritaires à droite) qui ont voté contre le plan gouvernemental à 89 voix, quand 81 l’ont approuvé.

Mais celui qui revendique une «humilité combative» y trouve l’opportunité de répéter son mantra du moment : «J’ai eu l’occasion de dire, plusieurs fois, que je ne savais pas tout.» Et de souligner l’ampleur de sa tâche : «La route ressemble plutôt à une piste qu’à une autoroute.» Mais Philippe, pris dans le labyrinthe du déconfinement, peine à cacher son agacement face aux griefs tous azimuts. «La critique est facile et l’art difficile», fait remarquer l’intéressé : «Je ne dénigre pas ceux qui critiquent mais il est souvent plus facile d’avoir un avis sur une décision qu’un autre prend.» Quand certains, comme Philippe Bas (LR), pointent le «trop de flous pour que tout soit prêt» dans six petits jours, le Premier ministre assume de se prononcer parfois en marchant : «Ceux qui font des réponses les plus définitives ont rarement eu raison.»

«Bombe à retardement»

A ce titre, la réouverture progressive des écoles à partir de lundi prochain, casse-tête pour les maires qui tourne à la pagaille générale, ne confine-t-elle pas plutôt à l’entêtement ? Le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, fustige les quelque 60 pages du protocole sanitaire, «autant de défausses de l’administration parisienne vis-à-vis des élus», et la communiste Laurence Cohen dit soutenir le report demandé par plus de 300 maires franciliens. «Dans un très grand nombre de communes, les élus ont commencé à intégrer les doctrines», assure Philippe, optimiste. «Dans certains endroits, ça va être difficile, on en prend acte. Et dans beaucoup d’autres, ça va très bien se passer», table-t-il, sermonnant ceux qui diraient «parce que ce ne serait pas possible partout, que cela ne devrait avoir lieu nulle part». Préoccupé par la «bombe à retardement» d’un trop long décrochage scolaire chez certains élèves, il insiste aussi sur le «colossal coût social, humain, économique» du confinement. Le versement en juin d’une aide de 200 euros pour 800 000 jeunes précaires a été annoncé.

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Si Bruno Retailleau dit douter aussi de la capacité du pays à procéder à 700 000 tests par semaine, le «problème» tiendrait moins au nombre matériel de tests qu’aux «bras», à «la capacité de faire ces tests, de les exploiter, de remonter les 25 personnes qu’une [personne positive] a croisées», admet le chef du gouvernement. Ce qui l’amène à défendre le nouveau système d’informations (médicales et non médicales auxquelles auraient accès des médecins et des non-médecins), prévu dans le projet de loi en débat lundi soir au Sénat : «Sans ce fichier, nous n’avons aucune chance de remonter de manière systématique les chaînes de contamination.»

«Il y a urgence pour la culture»

Mais sur trois sujets, le gouvernement semble conscient de devoir revoir sa copie en vitesse. «Il y a urgence pour la culture», dangereusement plombée par la crise sanitaire, reconnaît Edouard Philippe, confirmant l’annonce de mesures d’accompagnement à ce secteur mercredi. En matière de vie cultuelle, le gouvernement pourrait par ailleurs étudier la possibilité de reprendre les offices religieux à partir du 29 mai «si la situation ne se dégrade pas». Enfin, les conseils municipaux élus dès le premier tour en mars pourraient aussi être installés un peu plus vite que prévu. Matignon a demandé ce lundi un avis sur le sujet du comité scientifique sans attendre le rapport initialement prévu le 23 mai. Dans les autres communes, il faudra, en revanche, attendre pour le second tour. Si le scrutin ne pouvait se tenir fin juin, «nous devrions examiner collectivement» son report à une date ultérieure, envisage Philippe. Collectivement ? Selon le JDD, un projet de loi, prévoyant de rejouer les deux tours dans les communes concernées et retenant les dates des 27 septembre et 4 octobre, serait déjà prêt.

Laure Equy

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