Au procès des époux Fillon, le tribunal cherche à saisir la “plus-value” de l’épouse de l’ancien Premier mi… – Franceinfo

Spread the love
  • Yum

Le tribunal a épluché, lundi, les activités de Penelope Fillon jusque dans leurs moindres détails pour tenter de déterminer si celles-ci méritaient un salaire. Le couple a peiné à convaincre, malgré les preuves apportées par la défense. 

“J’ai délibérément minimisé mon rôle.” Penelope Fillon s’appuie à la barre, alors qu’elle est invitée à revenir sur l’interview qu’elle avait accordée au Sunday Telegraph en 2007. Elle tient à cette mise au point. A l’époque, elle avait déclaré à la journaliste qui l’interviewait : “Je n’ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre-là.” Les juges d’instruction y avaient vu la “confirmation” de leurs soupçons d’emploi fictif d’assistante parlementaire auprès de son mari, François Fillon, lorsque celui-ci était député de la Sarthe, puis de Paris.

Mais au quatrième jour de son procès devant le tribunal correctionnel de Paris, lundi 2 mars, Penelope Fillon a expliqué que la journaliste faisait référence au rôle actif que Cherie Blair a pu jouer auprès de son mari, Tony Blair, quand il était Premier ministre britannique. Je voulais que ce soit clair, je n’avais absolument pas ce rôle”, affirme Penelope Fillon, jugée pour complicité et recel de détournement de fonds publics. Quel était-il alors ? “Mon rôle, c’était de m’occuper des affaires locales. Je n’ai peut-être pas utilisé les bons mots, mais le message était celui-là”, précise la sexagénaire à la chevelure argent ceinte d’un serre-tête noir.

Penelope Fillon avait un rôle à part : on le comprend à la lecture des témoignages de collaborateurs parlementaires qui se sont succédé auprès de François Fillon. L’une d’elles, qui a exercé entre 1982 et 1986 était, par exemple, “beaucoup plus sur des réflexions intellectuelles et politiques”. “C’était des missions très très différentes de celles de Penelope”, assure l’ancien Premier ministre avec aplomb.

Quand la présidente du tribunal lui demande s’il n’y a pas de “doublon” entre le travail d’une autre assistante parlementaire et celui de son épouse, il assure que “non”, car cette dernière “était concentrée sur les cantons ruraux de la circonscription”. Une autre façon de répéter que Penelope faisait le lien avec les Sarthois et avait un travail de terrain.

Les procureurs financiers insistent et ne le lâchent pas. François Fillon s’agace. Puis tempère et finit par lancer : “J’ai lu, souvent, dans l’ordonnance de renvoi, que le rôle de Penelope n’est pas un travail d’assistante, c’est un rôle de donneur d’ordre.” Et d’assumer : “Bah oui, c’est un rôle de donneur d’ordre.” Car Penelope Fillon ne répondait pas elle-même au courrier qui arrivait au manoir du couple : elle indiquait les réponses à faire, donnait des “directives” à la secrétaire.

Pourquoi François Fillon avait-il attribué ce rôle à “[s]a première et plus importante collaboratrice” ? “On ne travaille pas avec son conjoint comme on travaille avec des personnes extérieures”, insiste l’ancien candidat à la présidentielle de 2017. Il l’avait déjà dit au troisième jour du procès, vendredi, il le répète : il n’était qu’un parlementaire parmi les 20% qui embauchaient des membres de leurs familles.

“On ne peut pas me juger de la même façon sachant cela, argue-t-il, sans prendre en compte cet environnement qui était celui de l’Assemblée ou du Sénat pendant ces 50 dernières années.” Désormais, c’est impossible. Dans la foulée de l’affaire François Fillon, les députés ont voté l’interdiction en juillet 2017, pour les ministres et les parlementaires, d’employer des membres de leur famille. “Je ne peux pas vous dire sans hésitation que je me satisfais de cette évolution-là”, concède l’ancien député-maire de Sablé-sur-Sarthe.

Au fond, Penelope Fillon n’avait-elle pas seulement le “rôle social d’un conjoint d’élu” ? L’un des procureurs financiers ose la question. “C‘est une notion qui n’appartient qu’à vous et qui veut que l’on s’interroge sur votre vision de la société… C’est archaïque, tacle François Fillon. Ce rôle existe pour la femme du Premier ministre, pour la femme du président. Pas pour l’épouse d’un parlementaire”, poursuit-il. “Si au moins ce procès servait aux procureurs pour revoir le rôle social de l’épouse, il serait utile”, grince François Fillon. “Et inversement !”, rétorque le procureur financier Aurélien Létocart.

La présidente du tribunal ramène de l’ordre. L’audience se poursuit sur la discrétion de Penelope Fillon, qui n’a jamais crié haut et fort qu’elle était l’attachée parlementaire de son mari. “Le fait d’être l’épouse de François Fillon est plus efficace dans le contact avec les habitants”, justifie l’intéressé.

Je connais beaucoup de parlementaires qui travaillaient avec leur conjoint et jamais leurs épouses ne se sont présentées à moi comme des assistantes parlementaires de leur mari.François Fillonà l’audience

Celles et ceux qui savaient que François Fillon employait sa femme comme collaboratrice se comptent sur les doigts d’une main. Aucun journaliste, ni reporter photographe de la presse locale n’a affirmé aux enquêteurs avoir été au courant. Leurs témoignages ne sont “pas pertinents”, balaie l’ancien candidat LR à la présidentielle.

Un agenda, une coupure de presse revenant sur une rencontre entre agriculteurs sarthois et gallois en présence de Penelope Fillon, une autre sur une soirée dans une maison de retraites, des discours, des photos d’un concours hippique, des courriels échangés avec la secrétaire de François Fillon… Le tribunal examine une à une les pièces apportées par la défense. La présidente du tribunal insiste avec douceur pour comprendre le travail de Penelope Fillon en tant qu’assistante parlementaire.

La prévenue a du mal à se justifier. A chaque fois qu’elle reste évasive, son mari vient à la rescousse. “Pourquoi ne pas passer par vos collaboratrices qui s’occupaient du secrétariat ?” “J’avais une grande confiance dans le travail qu’elle allait faire”, répond François Fillon. “Elle a un rôle central, j’ai besoin de ses conseils”, martèle-t-il. “Un assistant parlementaire n’est pas là pour transmettre du courrier, il faut donc que Mme Fillon ait une plus-value”, pointe la présidente du tribunal. Le procureur financier Bruno Nataf s’interroge : était-ce l’épouse qui agissait ou l’assistante parlementaire ? “Je pense que tout est tellement mélangé que je ne peux pas dire : ceci, c’était l’assistante parlementaire, ceci était l’épouse… Tout ce que j’ai fait, moi, c’est travailler et aider les gens, répond-elle. J’étais Penelope Fillon, point.” 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *