Au Brésil, Bolsonaro tente de remobiliser en promettant à ses partisans « une nouvelle histoire » – Le Monde

Spread the love
  • Yum

Ils sont des dizaines de milliers de manifestants à avoir envahi les rues de Brasilia, Sao Paulo ou Rio, mardi 7 septembre, à l’appel du président, Jair Bolsonaro. Le président d’extrême droite veut faire de ce 7 septembre, jour de la fête nationale, une démonstration de force en appelant « des foules gigantesques » à lui apporter leur soutien en pleine crise institutionnelle.

Engagé dans un bras de fer avec le Tribunal suprême fédéral (STF), qui a ouvert plusieurs enquêtes contre lui, Jair Bolsonaro, aux abois et donné perdant à l’élection de 2022, jouait son va-tout mardi. C’est à Brasilia, quadrillée par plus de 5 000 policiers, qu’a commencé cette fête de l’indépendance atypique. Bolsonaro a survolé en hélicoptère l’immense esplanade des Ministères avant de haranguer la foule, qui l’a accueilli aux cris de « Mito, Mito ! » (« Le Mythe », son surnom). « À partir d’aujourd’hui, une nouvelle histoire commence à être écrite au Brésil », a-t-il lancé sous les ovations.

Il a ensuite attaqué avec virulence l’un des juges de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, qui a ordonné l’ouverture d’enquêtes contre lui et son entourage, notamment pour dissémination de fausses informations. « Soit le chef de ce pouvoir [le STF] remet [ce juge] à sa place, soit ce pouvoir va subir des conséquences dont personne ne veut », a-t-il déclaré. Des propos clairement menaçants, alors que Jair Bolsonaro avait déjà présenté cette journée de mobilisation comme un « ultimatum » contre la Cour suprême. « Nous ne voulons pas de rupture. Nous ne voulons pas nous battre avec les autres pouvoirs. Mais nous ne pouvons pas permettre que quiconque mette en péril notre liberté », a-t-il ajouté.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Dans les quartiers de Manaus frappés par le Covid-19, « les gens sont habitués à la mort, ils n’ont peur de rien »

Notre correspondant au Brésil Bruno Meyerfeld a vu dans les cortèges de soutien à la politique de Bolsonaro nombre de réservistes de l’armée, de personnes proarmes, d’évangélistes ou encore de monarchistes :

L’opposition manifestait aussi

La journée était sous tension, puisque l’opposition manifestait elle aussi. Elle réclame le départ du président, l’accusant de menacer la démocratie, d’avoir géré pitoyablement la crise du Covid-19, de même que l’économie avec un chômage quasi record et une inflation préoccupante. Mais les cortèges de bolsonaristes et d’opposants, faiblement mobilisés en matinée, ne devraient pas se croiser pour écarter les risques de violences. En tout cas, théoriquement.

Dans la nuit de lundi à mardi, des centaines de bolsonaristes, à bord de camions, ont déjà brisé des barrières et pénétré dans l’avenue menant au Congrès et au STF, qui avait été fermée à la circulation par mesure de sécurité. « On vient d’entrer ! La police n’a pas pu arrêter le peuple ! Et, demain, nous allons envahir le STF ! », avait crié l’un d’eux, s’inspirant visiblement de l’invasion spectaculaire du Capitole aux Etats-Unis par des soutiens de l’ex-président Donald Trump, en janvier dernier.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Brésil : le chef indigène Raoni porte plainte contre Jair Bolsonaro pour crimes contre l’humanité

De nombreux manifestants portaient des pancartes exigeant la destitution des juges du STF. L’une d’elles réclamait une « intervention militaire avec Bolsonaro à Brasilia ». « Je suis venu pour défendre notre liberté et libérer le pays de cette bande immonde de politiciens corrompus de la Cour suprême qui veulent nous la retirer », a déclaré à Brasilia Marcio Souza, un agent de sécurité portant un tee-shirt arborant le visage de Jair Bolsonaro.

Remise en cause du système électoral

Après Brasilia, où la foule de bolsonaristes s’amenuisait à la mi-journée, comme à Rio de Janeiro, où les manifestants étaient massés sur la plage de Copacabana, c’est à Sao Paulo, dans l’après-midi, que le président devait galvaniser ses soutiens. Les réseaux sociaux bolsonaristes avaient battu sans relâche le rappel des troupes et des centaines d’autocars de sympathisants ont convergé vers la métropole de 12 millions d’habitants.

Jair Bolsonaro devait y prononcer un discours plus enflammé qu’à Brasilia, promesse tenue. Le président, auquel tous les sondages prédisent une défaite au scrutin d’octobre 2022, a de nouveau appelé à une modification du système actuel de vote électronique, alléguant qu’il entraînait des fraudes. « Nous voulons des élections propres, démocratiques, avec un comptage public des bulletins », a déclaré le chef de l’Etat. « Je ne peux pas participer à une farce telle que celle promue par le président du Tribunal supérieur électoral ».

M. Bolsonaro exige ainsi que chaque vote électronique soit validé avec un reçu imprimé afin de permettre un recomptage des voix en cas de contestation. Un système, qui selon les spécialistes favorise précisément les fraudes. « Dites aux voyous que jamais je ne serai fait prisonnier », a-t-il aussi lancé en forme de défi.

Crainte de la présence de policiers militaires armés

Pour le politologue Mauricio Santoro, pour juger si le président a réussi son pari, « il faudra attendre la suite de la journée, notamment voir comment se dérouleront les manifestations à Sao Paulo », avait-il dit.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Jair Bolsonaro hérisse les juifs brésiliens

Les spécialistes en sécurité craignaient notamment la présence de policiers militaires armés lors des manifestations. D’après un sondage publié dimanche par le quotidien O Globo, 30 % de ces policiers avaient l’intention de descendre dans la rue mardi, même si le règlement leur interdit de prendre part à des manifestations politiques, y compris lors de leurs jours de congé. Cette interdiction est « un crime » et « digne d’une dictature », avait lancé le président.

Alors que 51 % des Brésiliens n’approuvent pas sa gestion du pays, Bolsonaro n’a jamais été aussi impopulaire depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2019. Il est largement distancé par l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (Lula) dans les intentions de vote pour l’élection d’octobre 2022 – des projections le donnent parfois battu dès le premier tour.

Le Monde avec AFP

Leave a Reply

%d bloggers like this: