Attentat de Rambouillet : les failles psychologiques et idéologiques de Jamel Gorchene, le tueur du commissariat – Le Parisien

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Jamel Gorchene rejoint la longue cohorte de ces terroristes qui cherchent dans l’extrémisme religieux et l’ultra-violence une réponse à leurs tourments intérieurs. Ainsi, à l’image de Nathan Chiasson, l’auteur de l’attaque de Villejuif (janvier 2020, un mort), diagnostiqué schizophrène, ou de Mickaël Harpon, le tueur de la préfecture de police de Paris (octobre 2019, quatre morts et deux blessés), qui était habité par des crises mystiques, le Tunisien de 36 ans qui a assassiné vendredi une policière de 49 ans à Rambouillet (Yvelines) était aussi endoctriné que perturbé psychologiquement. C’est ce qu’a confirmé ce dimanche matin Jean-François Ricard, le procureur national antiterroriste, au cours d’un point presse. « Si la radicalisation de l’agresseur paraît peu contestable, a souligné le haut magistrat, la présence de certains troubles a pu être observée. »

L’enquête, menée par la SDAT et la DGSI, laisse à penser que Jamel Gorchene s’est rapproché de l’islam radical à l’automne 2020. Alors qu’il ne publiait jusqu’alors sur Facebook que de simples rappels du Coran, il se met, dans le contexte de la republication des caricatures de « Charlie Hebdo » et de l’assassinat de Samuel Paty, à adhérer à des discours justifiant l’action armée contre ceux qui offensent le prophète Mahomet. Il écoute aussi les discours de prédicateurs islamistes, notamment d’un cheikh au Qatar, qui instrumentalisent la thématique du ressentiment des musulmans contre les pays occidentaux.

Il avait consulté un psychiatre en février

Au début de l’année 2021, selon le témoignage de son père en garde à vue, Jamel Gorchene montre des signes de fragilité psychologique. « Des troubles de la personnalité » qui le conduisent à consulter, le 19 puis le 23 février derniers, un psychiatre à l’hôpital de Rambouillet. Un ami de Jamel Gorchene, qui lui avait fourni une attestation d’hébergement à son arrivée en France en 2009, a également déclaré aux policiers avoir constaté que le futur tueur était « dépressif » à cette période. Son état n’aurait néanmoins pas suscité une inquiétude particulière du médecin puisqu’il ne lui a été prescrit ni traitement ni hospitalisation.

Pourtant, d’après son père, Jamel Gorchene ne montre aucun signe d’amélioration au fil des jours. Au contraire, il paraît toujours plus renfermé et se réfugie dans une pratique dure de la religion. Plutôt que de le signaler au titre de la radicalisation, le père décide de l’envoyer en Tunisie afin de « le protéger ». Durant son séjour dans la ville de M’saken, Jamel Gorchene confie à ses proches son désir de revenir s’y installer. Mais il rentre finalement le 13 mars en France.

Dépressif, Jamel Gorchene (ici sur une photo de son profil Facebook) s'était réfugié dans une pratique radicale de l'islam.
Dépressif, Jamel Gorchene (ici sur une photo de son profil Facebook) s’était réfugié dans une pratique radicale de l’islam.  AFP

Quelqu’un aurait-il pu lui souffler des plans plus mortifères ? Une coopération judiciaire internationale a été lancée par la justice antiterroriste afin de procéder à une série d’auditions dans le pays. La police tunisienne a d’ores et déjà entendu des membres de sa famille, ainsi qu’un responsable religieux local avec qui il était en contact. Sur Facebook, Jamel Gorchene suivait l’actualité de plusieurs figures tunisiennes du salafisme.

Du côté de la France, trois personnes sont toujours auditionnées en garde à vue ce dimanche soir, dont deux cousins du terroriste. L’un avait échangé avec lui les jours précédant son passage à l’acte. L’autre, un certain Maher B., interpellé dans les Hauts-de-Seine mais domicilié à Gagny (Seine-Saint-Denis), intéresse particulièrement les enquêteurs puisqu’il est fiché S pour des soupçons de radicalisation islamiste. L’appartement de cet homme a été perquisitionné ce dimanche matin par les policiers antiterroristes. « Il est suivi par la DGSI depuis des années, confie une source proche de l’enquête. Mais ils ne semblaient pas proches l’un de l’autre avec Gorchene ».

A ce stade, rien ne permet en effet d’affirmer que la main de Jamel Gorchene a été guidée par une tierce personne. Comme d’autres djihadistes avant lui, il pourrait avoir été simplement réceptif à la propagande djihadiste sur Internet qui appelle régulièrement à cibler les forces de l’ordre. « C’était une personne très isolée, souligne une autre source au fait des investigations. Il ne disait même plus bonjour à ses voisins. On a là un profil habituel mêlant radicalisation et psychiatrie, avec peut-être le confinement comme élément aggravant. »

Selon l’exploitation des caméras de vidéosurveillance, Jamel Gorchene se serait d’abord rendu vendredi midi à une salle de prière de Rambouillet à scooter. Un Coran ainsi qu’un tapis de prière ont été retrouvés dans un cabas. Il s’est ensuite dirigé vers le commissariat local aux alentours de 14 heures, et il est longuement resté devant. Après avoir observé scrupuleusement Stéphanie M., agente administrative, sortir du bâtiment pour régler le stationnement de sa voiture, il l’a suivie alors qu’elle revenait dans le sas du commissariat en courant. Il l’a ensuite mortellement poignardée à deux reprises par-derrière, avec une lame de 22 cm, avant d’être abattu par un policier. Jamel Gorchene avait des écouteurs dans les oreilles. Des chants religieux appelant au djihad et au martyr ont été retrouvés sur son téléphone.

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