Attentat de Nice : un deuxième homme interpellé, la crainte d’une attaque commanditée de l’étranger – Le Parisien

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L’auteur de l’attaque de Nice a-t-il été missionné par un réseau djihadiste pour commettre un massacre en France? Ou était-il un terroriste solitaire et itinérant? Au lendemain de l’assassinat d’un sacristain et deux fidèles à la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption, le parcours express de l’assaillant présumé, un Tunisien de 21 ans arrivé en Europe en passant dans le flux des migrants, laisse craindre aux services antiterroristes le retour d’une menace « exogène ». C’est-à-dire émanant de l’étranger, alors que les dernières attaques dans l’Hexagone ont été perpétrées par des individus radicalisés présents sur le sol national.

Vendredi 30 octobre dans la soirée, le suspect était toujours hospitalisé à Nice (Alpes-Maritimes) dans un état grave et n’avait pas pu être entendu par les enquêteurs. Atteint par plusieurs balles tirées par des policiers municipaux lors de l’attentat, il a été opéré et endormi. Mais les investigations menées en France par la police judiciaire et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), sous l’autorité du Parquet national antiterroriste (Pnat), ainsi qu’en Italie et en Tunisie, d’où est parti l’assaillant, progressent rapidement.

Une organisation minutieuse

Selon nos informations, les enquêteurs ont la certitude que Brahim A. est arrivé à Nice entre le 27 et le 28 octobre, soit vingt-quatre à quarante-huit heures à peine avant la tuerie, en provenance d’Italie. Ils ignorent en revanche quel moyen de transport il a emprunté : un ticket de bus italien a bien été retrouvé dans ses effets personnels, mais il n’était pas oblitéré. Le jeune clandestin n’avait semble-t-il aucun lien avec la France : il n’a aucun domicile connu, n’avait déposé aucune demande de séjour et était totalement inconnu des services de police. Ce qui, pour les policiers, est le signe qu’il a voyagé jusqu’à Nice dans le seul but de tuer.

La veille du carnage, le jeune Tunisien est aperçu par les caméras de surveillance de la ville en train d’effectuer des repérages près de l’église. Le même jour, il noue des contacts physiques et téléphoniques. Deux habitants de Nice, âgés de 47 et 35 ans, avec qui Brahim A. est vu en train de discuter sur la voie publique, ont ainsi été placés en garde à vue jeudi et ce vendredi soir. A ce stade, on ignore la teneur de leurs échanges. Mais le futur assaillant semble organiser minutieusement son passage à l’acte.

Jeudi matin, après avoir changé de vêtements dans la gare de Nice, il pénètre dans la basilique vers 8h29, dès son ouverture, et s’acharne sur une paroissienne de 60 ans. Celle-ci est retrouvée quasiment décapitée, à droite de l’entrée, un masque à la main. Il égorge ensuite Vincent Loquès, le sacristain de 54 ans, et tue Simone Barreto Silva, une Brésilienne pieuse de 44 ans, tous deux alertés par un témoin. A 8h57, il est maîtrisé et blessé par la police municipale alors qu’il tente de les agresser aux cris de « Allahou akbar » (Dieu est grand, NDLR). Trois couteaux et un Coran seront retrouvés dans la basilique.

«Il n’est pas là par hasard, il a pu avoir été projeté»

Avant l’attaque dans l’église niçoise, le jeune homme a préalablement quitté la Tunisie clandestinement le 14 septembre, sans prévenir ses proches. Connu dans le pays pour des faits de violences et drogue, ayant grandi dans la ville modeste de Sfax, cet ancien réparateur de motos, qui se serait tourné récemment vers la religion et isolé, selon sa famille, accoste le 28 septembre sur l’île italienne de Lampedusa avec près de 300 autres migrants à bord d’un navire, « Le Rhapsody ». Suspecté d’avoir contracté le Covid-19, il est placé à l’isolement sur le bateau, avant d’être débarqué dans la ville de Bari.

Selon le quotidien italien Corrierre della Sera, ses compagnons d’infortune décrivent alors un jeune homme « constamment au téléphone » et qui aurait prétendu vouloir se rendre en France pour rejoindre des membres de sa famille. L’enquête n’a mis à ce jour aucune attache familiale sur le sol français. Visé par un décret d’expulsion des autorités italiennes, il a échappé à un placement en rétention. Et est parvenu ainsi à gagner Nice cette semaine…

Le parcours migratoire de l’assaillant interroge les services de renseignement. Lesquels n’excluent pas une action commanditée de l’étranger, comme la France en a connu lors de la vague d’attentats au moment de l’hégémonie de Daech, l’organisation terroriste Etat islamique. « Ce jeune Tunisien n’est pas là par hasard, il a pu avoir été projeté. Il frappe vite après être arrivé. Il est en contact avec des personnes. Tout cela n’est pas rassurant, énumère une source sécuritaire. Cela peut être une attaque commanditée, même si celle-ci est rudimentaire. Pas besoin de Kalachnikov ». Pour l’heure, aucune organisation terroriste n’a revendiqué l’attaque. Mais celle-ci s’inscrit dans un contexte de menaces répétées contre la France lancées par Al-Qaïda à la suite de la republication des caricatures de Mahomet.

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