Attentat de Nice : Nadine, victime de l’attaque au couteau, avait la passion du théâtre – Le Parisien

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Elle était « leur amie ». Dans leur minuscule Théâtre du Phoenix, rue Léotardi à Nice, près du Palais des Expositions, Alain Clément et son épouse Béatrice Saggio ont du mal à contenir leur tristesse lorsqu’ils évoquent Nadine Devillers, l’une des trois victimes de l’attentat de jeudi matin à la basilique Notre-Dame. Trois jours après le drame, le couple témoigne avec émotion de celle qu’ils avaient encore vue le lundi précédent. « Sa meilleure amie, qui habite à Montréal, m’a prévenue le jour même, confie Béatrice Saggio. Je ne pouvais pas y croire. Les policiers avaient indiqué au mari de Nadine que son sac et sa carte d’identité avaient été retrouvés sur place. Ça voulait tout dire… »

Cette meilleure amie, Québécoise depuis quelques mois et que Nadine aurait dû aller visiter s’il n’y avait pas eu le confinement, c’est Joëlle Guichard. Comme une évidence dans la vie de Nadine Devillers, là encore, ce sont les planches qui avaient joué leur rôle fédérateur, et c’est en marge du théâtre que les deux femmes étaient devenues amies il y a trente ans. « Elle faisait le bien autour d’elle. C’était juste de la gentillesse, de l’amour et de la bienveillance, a confié Joëlle au quotidien Nice-Matin. J’ai entendu cette horreur à Nice. J’ai tout de suite pensé à elle. Elle habite pas loin de Notre-Dame, elle est croyante… »

De fait, Nadine Devillers résidait non loin de la Basilique. Un temps, son mari avait tenu, rue de Russie, une agence de détective privé : « Dernier recours investigations. » « Des gens très sympathiques », se souvient un ancien de l’immeuble. La société avait fermé ses portes en 2014. Un échec professionnel, comme le couple en a connu d’autres. Il s’était aussi lancé dans l’immobilier en Provence, avant de voguer vers d’autres activités.

Une personnalité enjouée

Originaire de Draguignan, Nadine Devillers avait quitté le Var pour Nice à l’adolescence, au terme d’une enfance guère heureuse. Encore récemment, ses proches décrivent une activité professionnelle qui avait obligé cette dame de 60 ans à un arrêt maladie. Elle s’en remettait doucement, se projetant dans une nouvelle recherche d’emploi qui l’avait obligée, un temps, à délaisser ses passions pour s’y consacrer. Elle qui avait l’âge d’être grand-mère n’avait jamais été maman. Un drame qui, avec son mari, les a rapprochés. Ce samedi matin, Alain et Béatrice l’ont eu au téléphone. Pour le soutenir. L’entourer comme ils peuvent. « Il n’est vraiment pas bien », soupire Alain Clément.

Depuis 26 ans, la vie de Nadine, c’était son époux et le théâtre. « On avait commencé ensemble dans le même cours, raconte Béatrice Saggio. Puis elle avait rejoint notre compagnie en tant qu’élève ». « Elle avait arrêté les cours en septembre, précise Alain Clément, mais elle passait systématiquement nous voir et faire un coucou ». Sa personnalité enjouée la conduisait « à ne jamais se plaindre », racontent ses amis. « Très discrète, elle encourageait les autres avec son grand sourire. Sa phrase fétiche c’était d’ailleurs : comment ça va ? »

Sur scène, Nadine était douée, comme transcendée. « Une élève, certes, mais capable de tout jouer. Elle faisait preuve de grandes facilités pour mémoriser ses textes. » Une vidéo diffusée par France 3 la montre, seule face au public. Dans le dernier spectacle de la Compagnie Le Phoenix, la sexagénaire, comme tous ses camarades, devait interpréter des chansons… sans les chanter. Elle s’était essayée aux « bêtises » de Sabine Paturel.

«Elle donnait tout pour les autres»

« Naturelle », Nadine Devillers « rayonnait sur les autres ». « Elle nous avait aidé à trouver des contacts, des salles, souligne Béatrice Saggio. Je suis sous le choc, abattue, dans la tristesse. Pas encore dans la colère ». C’est vraisemblablement ce qu’aurait souhaité Nadine, dont l’existence a toujours été portée par la foi chrétienne. « Elle allait souvent prier ou brûler un cierge pour les gens qu’elle aimait, évoquait Joëlle Guichard. Elle donnait tout pour les autres. » « Malgré ses conditions modestes, elle restait digne et ne laissait rien paraître de ses problèmes personnels », soulignait un autre de ses proches.

La religion l’aidait à les surmonter. Jeudi matin, elle est la première à avoir succombé. Son corps a été retrouvé au pied d’un bénitier, dans cette basilique qui d’ordinaire, était sa bulle de paix. Elle-même avait été marquée par les précédents attentats, à Nice comme ailleurs sur le territoire national. Selon Nice-Matin, Nadine Devillers travaillait au roman de sa vie. Que son amie Joëlle promet, à sa place, de terminer.

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