Attentat de Nice : les dernières heures de Brahim A. avant son passage à l’acte – Le Parisien

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Hospitalisé depuis trois jours dans un état grave, Brahim A. n’a pas encore livré tous ses secrets. Mais les enquêteurs gardent espoir de pouvoir entendre ce Tunisien de 21 ans, soupçonné d’avoir assassiné jeudi matin un sacristain et deux fidèles à la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption de Nice (Alpes-Maritimes), dans les prochains jours. Une audition hypothétique qui dépendra de sa tolérance à la phase de réveil dans laquelle a été placé le terroriste présumé ce samedi.

Dans l’attente des explications sur son geste, les policiers de la PJ de Nice, de la sous-direction antiterroriste (Sdat) et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont pu retracer avec minutie son parcours fugace en France. Grâce aux nombreuses caméras de surveillance de la mairie de Nice et les deux téléphones de l’assaillant, ils ont découvert que Brahim A. est arrivé dans la ville le 27 octobre en fin de journée en provenance d’Italie. Soit un peu plus de 24 heures avant le massacre au couteau dans l’église. Le jeune migrant tunisien, sans titre légal, serait arrivé par bus ou en train de Rome, avec un sac à dos.

D’après l’enquête, Brahim A. ne dispose d’aucune adresse et passe au moins l’une des deux nuits à squatter le hall d’un immeuble, non loin de la basilique. La veille de son passage à l’acte, le jeune vagabond est aperçu en train de rôder à proximité de l’église. Il aborde une poignée de personnes durant ce laps de temps. D’abord Rabia D., un Niçois de 47 ans d’origine algérienne avec qui il échange très longuement. Selon les images, ce dernier transmet un objet non identifié au terroriste alors qu’il se trouve au volant d’une Renault Modus. Puis Abdoulkacem B., un Tunisien de 35 ans avec qui il est vu en train de marcher dans le centre-ville.

«Tout ce qu’ils ont fait, c’est croiser le terroriste»

D’après nos informations, Rabia D. et Abdoulkacem B. ont déclaré en garde à vue qu’ils ignoraient tout du projet d’attentat de Brahim A. Ils affirment que ce dernier n’a demandé que des renseignements anodins, comme des conseils sur des lieux pour se restaurer. « Nous sommes en train de vérifier si ces rencontres étaient réellement fortuites et si les informations données par les suspects ont pu ou non faciliter le passage à l’acte de l’assaillant », résume une source proche de l’enquête. Un troisième homme a été placé en garde à vue à la PJ de Nice vendredi soir : il s’agit du cousin d’Abdoulkacem B. Ce Tunisien de 33 ans était en effet présent lors de la perquisition de l’interlocuteur de l’assaillant.

Tous deux connus pour des délits de droit commun, notamment une infraction à la législation sur les étrangers, mais pas pour une quelconque radicalisation, les deux cousins logeaient rue des Vediantiens, une venelle populaire sur les hauts Nord de Nice. Elle est composée d’immeubles à trois ou quatre étages typiques de l’architecture méditerranéenne, majoritairement peuplés de familles mais également de quelques immigrés récents. Les témoins ont vu les policiers antiterroristes, appuyés par le Raid et un bélier, investir par deux l’appartement d’Abdoulkacem B. pour une fouille minutieuse.

Interrogés, des amis des deux cousins ont fait part de leur stupéfaction quant à leur arrestation, affirmant que ces derniers n’ont rien à voir avec l’attentat. « Abdoulkacem n’est pas radicalisé, assure l’un d’eux. Tout ce qu’ils ont fait, c’est croiser le terroriste. » « Franchement, il aurait suffi qu’on lui parle nous aussi pour être placés en garde à vue, assure un autre. Il nous aurait demandé de le dépanner, sans connaître ses intentions, on l’aurait fait. Ce gars, il a mis tous ceux qui ont croisé son chemin dans la m… »

Le rôle encore inconnu du 4e gardé à vue

Le lendemain de ses multiples échanges avec des habitants de Nice, Brahim A. se rend en tout cas, dès 6 heures du matin, à la gare TGV pour se changer. Armé de trois couteaux et porteur d’un coran, il marche ensuite en direction de la basilique et tue avec une détermination glaçante Vincent Loquès, Nadine Devillers et Simone Barreto Silva, âgés de 54, 60 et 44 ans. Avant d’être maîtrisé par la police municipale peu avant 9 heures. Un quatrième suspect a été interpellé ce samedi vers 15 heures mais cette fois-ci à Grasse (Alpes-Maritimes) : il s’agit d’une connaissance du terroriste. Le rôle ce Tunisien de 29 ans dans l’affaire reste encore inconnu.

En parallèle, les investigations se poursuivent tous azimuts en Italie, pays où a transité le terroriste entre septembre et octobre après son départ de Tunisie. Elles portent sur une filière d’immigration clandestine empruntée par le terroriste, arrivé par bateau sur l’île de Lampedusa avec près de 300 migrants dont certains sont encore dans la nature. Les policiers italiens cherchent à savoir si cette filière ne cachait pas un réseau d’acheminement de djihadistes. Il apparaît que jusqu’au 26 octobre encore, Brahim A. se trouvait en Sicile, dans la région d’Alcamo. Un passeur est actuellement interrogé, de même que plusieurs compagnons d’infortune du jeune Tunisien. Certains ont décrit Brahim A. comme un individu « solitaire et renfermé » durant le voyage…

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