Attentat de Conflans: Samuel Paty, «professeur passionné» et «laïc apaisé» – Le Parisien

Spread the love
  • Yum

« Un martyr », « un hussard noir », « un chantre de la laïcité et de la liberté d’expression ». Beaucoup d’expressions élégiaques ont été employées pour décrire Samuel Paty, assassiné le 16 octobre dernier par le terroriste Abdoullakh Anzorov à la sortie du collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Lundi, les élèves de France se sont tus une minute en hommage à celui qui est devenu, selon Emmanuel Macron, « le visage de la République ».

Mais derrière le symbole de la victime du terrorisme et l’allégorie de l’école frappée en son sein, il y a au commencement un enseignant d’histoire-géographie de 47 ans qui n’a jamais souhaité prendre la lumière. Ni être érigé en défenseur d’une laïcité de combat.

« C’était un laïc apaisé, qui n’avait absolument rien contre les religions », relate le père de Samuel Paty lors de son audition à la sous-direction antiterroriste (Sdat) deux jours après l’attentat islamiste. « Il avait le regard du chercheur, appuie sa sœur cadette devant les enquêteurs. Au sujet des attentats et de l’ islamisme radical, il était très intéressé, très cultivé, mais ne confondait pas la religion et l’extrémisme. »

Un prof sévère mais juste

Samuel Paty, dans une de ses classes./Ville de Conflans-Sainte-Honorine
Samuel Paty, dans une de ses classes./Ville de Conflans-Sainte-Honorine  

Après avoir longuement enseigné en Seine-et-Marne, Samuel Paty, originaire de Moulins (Allier), était affecté au collège du Bois-d’Aulne depuis trois ans. Dans cet établissement où il était davantage satisfait du niveau des élèves par rapport à ses précédents postes, ce prof décrit comme sévère mais juste consacrait depuis plusieurs années un cours sur la liberté d’expression durant lequel il listait les arguments en faveur des opinions « Je suis Charlie » ou « Je ne suis pas Charlie » pour montrer les contours et les limites de ce droit fondamental. Puis il montrait des caricatures du prophète Mahomet à titre d’illustration.

Ce cours, qu’il avait baptisé « Situation de dilemme : être ou ne pas être Charlie », s’inscrivait dans le cadre du programme de l’Education nationale sur l’enseignement civique et moral. Tous ses proches l’affirment : ce n’était nullement dans une démarche provocatrice, contrairement à ce qu’ont soutenu les suspects mis en examen qui ont délibérément diabolisé son enseignement pour dénoncer une prétendue islamophobie dans l’école publique. D’ailleurs, personne ne lui connaissait des problèmes dans son collège.

«Je ne l’ai entendu faire d’amalgame»

« Il aimait bien faire ce genre de cours, cela lui tenait à cœur, mais pas de façon exagérée, il était juste content de le faire, il le trouvait intéressant, insiste dans son audition l’ex-compagne de Samuel Paty, une enseignante rencontrée en Seine-et-Marne, avec qui il fut pacsé, la mère de son fils. Samuel était curieux politiquement, mais pas engagé, plutôt centre gauche. Comme tout le monde, il avait été extrêmement choqué par les attentats. Il trouvait évidemment impensable que l’on tue pour une religion, mais il est resté dans la tolérance, il n’était pas du tout raciste ni islamophobe, jamais je ne l’ai entendu faire d’amalgame. »

L’un de ses amis intimes à Eragny (Val-d’Oise), où il vivait, confirme : « Je suis musulman et nous avons beaucoup échangé sur ce sujet sur l’aspect spirituel […]. Il n’a jamais accusé les musulmans, il faisait plutôt le rapprochement avec l’intégrisme quel qu’il soit, et ne condamnait pas une religion plus que l’autre. C’était quelqu’un d’ouvert et curieux. »

VIDÉO. Les élèves de France rendent hommage à Samuel Paty

D’après sa famille, Samuel Paty était tellement passionné par l’histoire et l’enseignement que cela pouvait parfois « l’éloigner des gens » et le désintéresser des « choses terre à terre de la vie quotidienne ». On lui connaît néanmoins quelques passions, comme la musique, le cinéma, les voyages. Devant les enquêteurs, sa plus jeune sœur évoque un frère universaliste : « Il n’était pas croyant spirituellement. Il était très curieux de la religion, il n’était vraiment pas leur ennemi. Il voulait transmettre un savoir, un libre arbitre, et se cultivait beaucoup en ce sens. »

Un papa poule avec son garçon de 5 ans

La victime était, en somme, un simple prof, comme il y en a des milliers en France. Un père aimant aussi. Dans les derniers, mois, Samuel Paty vivait seul, mais il avait gardé un lien fusionnel avec son fils âgé de 5 ans. « Avec Hugo ( le prénom a été changé ), c’était vraiment un papa poule, raconte la cadette de la famille Paty aux policiers. La naissance d’Hugo l’a beaucoup changé, en bien. » « Samuel était très protecteur avec lui, très proche », assure aussi le père de Samuel Paty. Avec son fils, l’enseignant avait d’ailleurs passé un mois de vacances cet été chez ses parents.

« Il faut respecter le deuil et la tristesse incommensurable de la famille de M. Samuel Paty, relève Me Virginie Le Roy, avocate des proches de l’enseignant assassiné. Les circonstances abjectes de son assassinat ne font évidemment qu’aggraver la douleur qui est la leur. Ils attendent de l’enquête des réponses précises, tant sur les causes de ce drame que sur le rôle et les responsabilités des différents protagonistes. »

Leave a Reply

%d bloggers like this: