Attentat de Conflans : comment un « incident mineur » est devenu « hors de contrôle » – Le Monde

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Un millier de personnes ont rendu hommage à Samuel Paty, devant le collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 17 octobre.

C’est une question qui hante les Conflanais depuis la décapitation de Samuel Paty : comment un « incident mineur » a-t-il pu mener à l’assassinat d’une violence inouïe d’un enseignant « gentil », « drôle » et « passionné par son métier » ?

Au lendemain du drame, samedi 16 octobre, ils étaient plus d’un millier – enseignants, élèves, parents, habitants et élus – à se rassembler devant les portes du collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), pour rendre hommage à ce professeur d’histoire-géographie « massacré », selon les mots d’un policier, à moins de 300 mètres de là, en pleine rue et en plein jour, par un réfugié d’origine tchétchène de 19 ans, tué par les forces de l’ordre peu après son geste.

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Dans « cette petite ville de banlieue au charme provincial », décrit l’humoriste Yassine Belattar, né à Conflans-Sainte-Honorine, où une partie de sa famille vit toujours, il y a de la tristesse bien sûr, de la colère aussi, de la sidération, et des questions, beaucoup de questions sur la genèse de « ce drame qui n’aurait jamais dû se produire », estime Claire (les prénoms ont été modifiés), 14 ans, élève de M. Paty depuis deux ans.

Une professeure de la région est venue honorer la mémoire de son collègue, Samuel Paty, décapité devant son établissement le 16 octobre.

« Un événement pareil ? Ici ? C’était impensable », se désole Brahim, qui pilote un projet de mosquée à Conflans depuis dix ans, financé uniquement par l’argent des fidèles – le terrain est acheté, il manque 300 000 euros pour la construction. Le projet, souligne-t-il, n’a jamais créé de tensions dans la ville.

Est-ce le mensonge d’une adolescente qui a caché à son père les véritables raisons de son exclusion temporaire qui a tout déclenché ? Un malentendu sur la démarche pédagogique du professeur ? L’obsession d’un père, persuadé de défendre sa fille, qui a choisi de régler ses comptes sur les réseaux sociaux plutôt que d’avoir une explication en face à face avec l’enseignant ? La mauvaise foi d’une famille qui a tout fait pour se convaincre de l’islamophobie d’un professeur, et qui a fini par en convaincre d’autres, parmi lesquels le jeune Tchétchène ? Claire « n’y comprend rien ».

« Rendre l’histoire vivante »

Le cours sur la liberté d’expression qui a déclenché les foudres de ce père de famille, « Monsieur Paty le donne chaque année à ses élèves de 4e ». Et chaque année, raconte-t-elle, il utilise la même photo pour étayer son propos : une caricature du prophète Mahomet. « Et ça n’avait jamais posé de problème, jamais jusqu’à la semaine dernière », martèle Sabrina, 14 ans, une ancienne élève aujourd’hui en 3e qui évoque un professeur qui « aimait beaucoup les diaporamas ».

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