Attaque du Thalys : « On était acculés dans une souricière », témoigne l’acteur Jean-Hugues Anglade – 20 Minutes

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Ayoub El-Khazzani (à gauche) est jugé aux côtés de trois autres hommes — Elisabeth De Pourquery / AFP
  • Quatre hommes, impliqués dans l’attaque d’un Thalys reliant Paris à Amsterdam en août 2015, comparaissent devant la cour d’assises spéciale depuis lundi. Deux personnes avaient été blessées.
  • Ayoub El-Khazzani, qui avait ouvert le feu à l’intérieur du train, répond de « tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Ce citoyen marocain, alors âgé de 26 ans, agissait sur instruction d’Abdelhamid Abaaoud, coordinateur de la cellule terroriste ayant frappé la France et la Belgique en 2015 et 2016.
  • Ce lundi, l’acteur Jean-Hugues Anglade, qui voyageait dans le train, a témoigné à la barre. « S’imaginer mourir sous les balles d’une kalachnikov, c’est assez peu commun. »

A la cour d’assises spéciale à Paris,

« S’imaginer mourir sous les balles d’une kalachnikov, c’est assez peu commun. Ce n’est pas la mort qu’on imagine. Je préfère mourir sur scène, personnellement. » Le 21 août 2015, Jean-Hugues Anglade revenait d’Amsterdam où il avait passé quatre jours avec ses deux fils, alors âgés de 13 et 14 ans, et son ex-compagne. Dans le Thalys qui les ramène à Paris, l’acteur écoute de la musique quand, soudain, il voit trois membres de l’équipage du train courir et s’enfermer dans une pièce. « J’ai pensé que c’était totalement déplacé de jouer au chat et à la souris en étant en service », raconte-t-il ce lundi à la barre de la cour d’assises spéciale qui juge Ayoub El-Khazzani depuis six jours. Mais, très vite, il a compris que « quelque chose se passait ».

La star de la série Braquo, âgée aujourd’hui de 65 ans, entend une femme, arrivant de la voiture voisine, crier en anglais : « He’s shooting people ! [Il tire sur des gens !] » Les passagers se lèvent, se ruent vers le fond de la voiture 11 et frappent à la porte de la pièce dans laquelle se sont calfeutrés les personnels du train. « On a cogné, expliqué qu’on n’était pas des terroristes », reprend Anglade, tout de noir vêtu. Il aurait voulu « au moins mettre en sécurité les enfants ».

« Choqué », il ne cache pas son « mécontentement » à l’égard de ce contrôleur et des deux hôtesses qui n’ont pas ouvert la porte. Lui et les autres passagers ont eu l’impression d’être pris au piège. « On attendait de se faire tuer, parce qu’on entendait : “Il tire ! Il tire !” », explique à son tour à la barre l’ex-compagne de l’acteur, persuadée alors que sa dernière heure était arrivée. « Que voulez-vous faire, une fois que vous êtes acculés dans une souricière, pour éviter quelqu’un qui aurait l’intention de vous supprimer ? », demande Jean-Hugues Anglade.

« Impuissant, seuls, abandonnés complètement »

Les passagers se sentent « impuissants, seuls, abandonnés complètement ». En brisant une vitre pour tirer le signal d’alarme, le comédien se blesse au doigt. Le bruit était « très soft ». Le train ralentit. Plutôt que d’attendre « que le terroriste nous flingue », Anglade se demande s’il n’est pas possible d’ouvrir les portes et de sauter sur les voies, « même si c’est hyperdangereux ». Mais quelqu’un lui répond « qu’on ne peut jamais arrêter totalement un TGV sur une ligne à haute vitesse ». Il se rappelle son étonnement lorsqu’il apprendra, quelque temps plus tard, « que des gens sont descendus sur le ballast » pour échapper à l’attaque.

Jean-Hugues Anglade à Angoulême, le 25 août 2015.
Jean-Hugues Anglade à Angoulême, le 25 août 2015. – NOSSANT/SIPA

Au bout de quelques minutes, Anthony Sadler, l’un des trois Américains ayant maîtrisé El-Khazzani dans la voiture d’à côté, arrive en courant et leur demande « une couverture de survie, du matériel de première urgence ». « On lui a dit de frapper à la porte de ce fourgon, mais qu’ils ne veulent pas ouvrir », reprend celui qui a obtenu le César du meilleur acteur dans un second rôle pour La Reine Margot en 1995.

Anglade s’est ensuite « timidement avancé dans la travée pour voir un peu s’il y avait une scène de crime importante, catastrophique ». De loin, il aperçoit Spencer Stone qui tente de secourir Mark Moogalian, gisant sur le sol de la voiture 12. Les passagers à ses côtés, souligne-t-il, sont silencieux et font preuve d’une « dignité tout à fait émouvante, bouleversante ».

Une photo avec « Oliver Stone »

Anglade est ensuite évacué à l’hôpital pour être soigné. Là-bas, il fait une photo avec celui qu’il appelle à deux reprises, par erreur, « Oliver Stone », comme le réalisateur. « Spencer Stone », reprend le président. Après l’attaque, l’aîné de ses enfants a été « très angoissé par ce qu’il a vécu ». L’adolescent a été pris en charge par une cellule psychologique mise en place à l’arrivée du Thalys en gare d’Arras. L’autre a tenu à accompagner son père à l’hôpital, « une manière d’évacuer un stress post-traumatique ». Son ex-compagne, elle, a toujours « beaucoup de mal » à évoquer les faits cinq ans après. Jean-Hugues Anglade attend de ce procès qu’il montre à ses fils « que la justice est forte et qu’elle est là pour les protéger ».

Spencer Stone, hospitalisé pour un malaise dès son atterrissage à Roissy mercredi à Paris, est finalement reparti aux Etats-Unis sans avoir été entendu. « Il n’est pas en état de parler normalement », indique son avocat, Me Thibault de Montbrial. Assurant ne pas savoir de quoi souffre son client, il explique que l’état de santé de son client a été « préoccupant pendant deux jours ». « Nous n’avons pas eu un semblant de certificat médical » justifiant d’être privés d’un témoin « essentiel », s’indigne l’avocate d’Ayoub El-Khazzani, Me Sarah Mauger-Poliak. L’ancien sergent de l’US Air Force pourrait témoigner par visioconférence d’ici une dizaine de jours. « C’est important », souligne le président. Le verdict est attendu le 17 décembre.

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