Attaque du commissariat de Champigny : Le mortier d’artifice, une arme à la mode dans les quartiers – 20 Minutes

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Dans la nuit de vendredi à samedi, le commissariat de Champigny-sur-Marne a été la cible de mortiers d’artifice — JOHN SPENCER/SIPA
  • Ce week-end, une quarantaine d’émeutiers ont attaqué et dégradé le commissariat de Champigny-sur-Marne, à l’aide, entre autres, de mortiers d’artifice.
  • Depuis une dizaine d’années, les mortiers d’artifice sont de plus en plus souvent utilisés lors des émeutes ou guet-apens contre la police.
  • Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a fait part de sa volonté de légiférer pour que les mortiers d’artifice soient considérés comme des armes par destination.

Des tirs dans un parc pour enfants du 20e arrondissement de Paris, un vendredi après-midi de septembre ou lors du tournage « sauvage » d’un clip de rap, à Sèvres, dans les Hauts-de-Seine en fin de semaine dernière. Et samedi soir, contre le commissariat de Champigny-sur-Marne. Dimanche, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin​, a annoncé son intention de faire interdire la vente sur Internet des mortiers d’artifice au grand public. Car lancés à l’horizontal, ces engins pyrotechniques à la composition très simple – un tube en carton ou en métal et une faible charge explosive – peuvent atteindre une vitesse de 100 km/h et se transformer véritables armes, occasionnant des dégradations comme à Champigny, mais également des blessures. En mai dernier, deux policiers ont été brûlés à Argenteuil, dans le Val-d’Oise, après avoir été la cible de mortiers d’artifice. 

« Cela fait une petite dizaine d’années que nous sommes confrontés à ce problème, déplore Yvan Assioma, délégué en Ile-de-France du syndicat Alliance. Au début, les tirs de mortiers d’artifice avaient seulement lieu au moment du 14 juillet, puis ça s’est étendu à toutes les fêtes et maintenant c’est devenu bien plus courant que les cocktails Molotov. » Un succès qui s’explique, selon lui, par le vide juridique qui entoure les mortiers d’artifice. Dimanche soir, Gérald Darmanin a indiqué qu’il souhaitait légiférer pour que ces engins soient considérés comme des armes par destination. « Aujourd’hui, les jeunes savent que même s’ils se font interpeller avec des mortiers d’artifice, ils ne craignent pas grand-chose », poursuit le syndicaliste.

Une législation facilement contournable

Depuis 2017, la vente de ces engins est pourtant réservée aux professionnels. Une interdiction facilement contournable sur Internet où des sites européens proposent pour une quinzaine d’euros environ ces feux d’artifice. «Certains sites français sans réclamer les habilitations, ils font même des promos», s’indigne Thierry Clair, à la tête d’Unsa Police. A la fin de l’année 2019, Christophe Castaner avait déjà fait part, après l’incendie d’un cirque associatif à Chanteloup-les-Vignes, de renforcer la législation en la matière, sans toutefois que cela soit suivi d’effet. Pendant le confinement, la recrudescence des guets-apens contre les forces de l’ordre après un accident de moto à Villeneuve-la-Garenne, a contraint la préfecture de police de Paris à interdire temporairement l’achat et la détention de mortiers d’artifice à Paris mais également dans la petite couronne. Un arrêté similaire a été pris dans l’Essonne et le Val-d’Oise. «Il y a un effet de mode», poursuit le syndicaliste.

Au-delà du vide juridique, le côté « visuel » de ces engins favorise la viralité de certaines vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. «Les délinquants savent très bien que ces attaques au mortier, surtout de nuit, sont très spectaculaires et seront reprises en boucle sur les réseaux sociaux et sur les chaînes d’infos, précise Christophe Soullez, le directeur de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. Dans la guerre de territoire, l’aspect communication est très important.» 

« C’est devenu une arme extrêmement courante, estime Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP-FO. Je ne connais pas un policier travaillant sur la voie publique qui ne s’est pas pris un coup de mortier, notamment en région parisienne ou dans les grosses agglomérations. » Elle-même se remémore avoir été la cible de ces engins pyrotechnique dès 2013. « Tous les trois ou quatre jours, des collègues s’en prennent. » Et la syndicaliste de rappeler que l’attaque de Champigny-sur-Marne de ce week-end est loin d’être un cas isolé. Depuis le début de l’année, les commissariats des Ulis, de Corbeil-Essonnes ou encore de Plaisir ont également été visés par ces mortiers d’artifice.

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