Attaque à Paris : L’aide sociale à l’enfance face au risque de radicalisation de jeunes « vulnérables » – 20 Minutes

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Les secours devant les anciens locaux de «Charlie Hebdo», à Paris, après l’attaque au couteau du 25 septembre 2020. — Alain JOCARD / AFP
  • A son arrivée en France, Zaheer Hassan Mehmood, principal suspect de l’attaque au hachoir près des anciens locaux de Charlie Hebdo, a prétendu être mineur et a été pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance du Val d’Oise.
  • L’homme n’était pas fiché et les services départementaux n’ont pas noté de signe de radicalisation.
  • La prise en charge de la radicalisation est au cœur des nouveaux défis de l’aide sociale à l’enfance. Depuis les attentats de 2015, de nombreuses formations sont mises en place pour les éducateurs.

Zaheer Hassan Mehmood a-t-il seulement menti sur son identité ? Ou le principal suspect de l’attaque au hachoir près des anciens locaux de Charlie Hebdo est-il également parvenu à dissimuler sa radicalisation ? Interpellé une heure après l’attaque, l’assaillant – totalement inconnu des services de renseignement – a expliqué, au cours de sa garde à vue, qu’ il pensait s’en prendre à des journalistes de l’hebdomadaire satirique – il ignorait que le journal avait déménagé – après la republication des caricatures de Mahomet. De même, pendant les deux ans qu’a duré sa prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Val d’Oise, « aucun signe de radicalisation n’avait été observé », a précisé le conseil départemental.

Car jusqu’à ce week-end, le suspect était connu en France sous le nom d’Hassan Ali, âgé de 18 ans. Si en garde à vue, il a reconnu avoir menti sur son identité et avoir, en réalité 25 ans, en août 2018, lorsqu’il s’est présenté aux services sociaux du Val d’Oise, il prétendait avoir 16 ans. Le département, ne croyant pas à sa minorité, avait engagé un recours pour contester sa prise en charge mais la justice a ordonné son accompagnement jusqu’à sa « majorité », soit le 10 août 2020. Zaheer Hassan Mehmood a donc fait l’objet, comme tous les mineurs isolés, d’une « primo-évaluation » puis d’une seconde évaluation plus détaillée après sa prise en charge. « Elle est effectuée par un travailleur social, un juriste et un traducteur et se déroule sous la forme d’une longue interview », détaille le conseil départemental du Val d’Oise.

Des éducateurs de mieux en mieux formés face à la radicalisation

Ces entretiens permettent de retracer le parcours familial, migratoire et l’environnement social du nouveau pris en charge. « Evidemment, nous sommes très attentifs aux signaux d’alerte. S’il y a des éléments dans leur discours ou même dans leur comportement qui nous mettent la puce à l’oreille, nous creusons en ce sens. » D’où viennent-ils et pourquoi ont-ils fui leur pays ? Quelles routes migratoires ont-ils empruntées ? Rejoignent-ils des personnes qu’ils connaissent déjà ? Acceptent-ils de serrer la main de leurs interlocutrices ? Autant d’informations dûment analysées. En cas de doute sur une éventuelle radicalisation, la préfecture est immédiatement avisée et si la situation le nécessite, l’adolescent est isolé de ses camarades du foyer. Mais rien, ni dans le discours, ni dans le comportement de Zaheer Hassan Mehmood ne laissait, semble-t-il, présager son geste.

Après les attentats de janvier 2015, de nombreux conseils départementaux, à l’instar de celui du Val d’Oise, ont mis en place des programmes de formation auprès de leurs travailleurs sociaux pour favoriser la détection et la prise en charge des mineurs en voie de radicalisation. Dans ce département de la grande couronne parisienne, cette formation est renouvelée chaque année. « Cela permet à nos travailleurs sociaux de se tenir au courant des évolutions de cette problématique, des avancées de la recherche ou de la prise en charge », explique-t-on au sein du conseil départemental. Au sein de l’Aide sociale à l’enfance, des séances d’analyse des pratiques sont également organisées avec des psychologues universitaires pour aider les éducateurs à répondre au mieux à cette problématique. Un référent radicalisation a été nommé pour faciliter les relations avec la préfecture. « Ces cas restent malgré tout très rares », insiste-t-on dans le département, sans toutefois vouloir donner de chiffres.

« Exploiter leur vulnérabilité »

« Contrairement à ce que le terme “mineur isolé” laisse entendre, ces jeunes ne sont pas seuls, note Anne-Marie Fauvet, présidente du comité national de liaison des acteurs de la prévention spécialisée. Ils s’inscrivent dans une histoire, ont des relations sociales, côtoient des gens. Or, on sait très bien que certaines personnes mal intentionnées cherchent à exploiter leur vulnérabilité. » Selon une source bien informée, ce risque peut venir de l’extérieur, mais parfois également de l’intérieur. « Dans certains foyers, la religion prend une place très importante », note-t-elle. Citant un exemple dans le nord de la France, elle rapporte que « certains éducateurs utilisent l’islam comme un moyen d’atteindre certains jeunes, voire de discréditer certains de leurs collègues qui rejettent cette manière de faire. » Tout en précisant que ce genre de problématique reste rare.

Zaheer Hassan Mehmood, originaire du Pakistan, l’un des pays les plus conservateurs vis-à-vis de l’islam, a-t-il basculé dans la radicalité dès sa prise en charge ou au contraire, s’est-elle exprimée lorsque, sortie de l’aide social à l’enfance – il y a un mois et demi – il a perdu tout repère ? Selon ses anciens colocataires ou des proches, il visionnait compulsivement depuis quelques semaines des vidéos du chef religieux Khadim Hussain Rizvi à la tête de rassemblements au Pakistan contre Charlie Hebdo. Ces questions se sont également posées pour d’autres terroristes, à l’instar des frères Kouachi. Placés de longues années dans un foyer en Corrèze, les éducateurs n’ont jamais noté de signes de radicalisation. Mais peu après son retour à Paris, Chérif Kouachi s’est rapproché de la filière des Buttes-Chaumont. « Le passage de l’enfance à l’âge adulte est souvent délicat pour ces jeunes déjà fragilisés, insiste Anne-Marie Fauvet. Et une rencontre peut les faire basculer du bon ou du mauvais côté. »

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