“Arthur, tous les matins, je t’embrasse sur la photo que j’ai de toi” : Nordahl Lelandais face au désespoir de – franceinfo

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Elle tient des deux mains sa feuille de papier, bien droite devant la barre. Et lit les mots “d’une mémé” à son “petit-fils”. Monique Noyer a parlé la dernière, au quatrième jour du procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre du caporal de 23 ans. Cette petite femme de 73 ans aux beaux cheveux blancs a raconté “Arthur” à la cour d’assises de la Savoie, jeudi 6 mai. “Tu étais un bébé très sage. Tu grandissais. Tu étais adroit mon petit-fils. Tu aimais regarder pépé partir travailler par la fenêtre.”

Sa voix emplit la salle d’audience : “Lors de vos venues en vacances avec ton frère, tu avais appris à pêcher au canal. Quand tu repartais, la maison était bien vide. Quand tu as eu ton bac, tu es venu nous le dire. Pour te récompenser, je t’ai fait des nouilles au beurre comme tu les aimais.”

Monique poursuit, dans un silence de cathédrale : “Voilà quatre ans, mon petit Arthur, que tu es parti, ma vie est anéantie, j’ai perdu le sommeil. Tous les matins, je t’embrasse sur la photo que j’ai de toi dans la salle à manger. Les fêtes n’ont plus d’importance. J’espère que nous pourrons avoir une réponse et que justice soit faite.” Signé, “ta mémé qui t’aime et même dans l’au-delà.” Avec politesse, elle demande à poser une question à l’accusé. Avant de reprendre avec l’autorité d’une grand-mère : “Je vous préviens… Regardez-moi dans les yeux ! Je voudrais bien que vous nous disiez la vérité. Vous nous avez enlevé un être si cher. dites nous la vérité.” Nordahl Lelandais acquiesce.

Quentin, lui, l’a tutoyé. “Tu as détruit des vies, les nôtres, celle de tes parents et celle de tes potes, lance le frère de la victime en direction du box. Ton meilleur pote te demande de dire la vérité et tu nies, comment tu peux mentir ? (…) A un moment, va falloir prendre ses couilles en main.” “Arthur” était son frère, mais aussi son “ami”, son “meilleur pote”, celui qui l’appelait en pleine nuit pour lui faire écouter la musique en train de passer et lui demander de danser avec lui, comme cette nuit du 11 au 12 avril 2017 alors qu’il était en discothèque à Chambéry.

Toute sa famille l’a vu en train de se déhancher sur le dance-floor du RDC ce soir-là, sur le grand écran de la cour d’assises. Une vidéo sans le son, en noir et blanc, mais vivante et joyeuse. Il a bien fallu regarder aussi les images de ce qui restait d’Arthur Noyer. Un squelette aux pièces manquantes. “Vous lui avez volé sa vie et même ses dernière volontés”, a tonné sa mère à l’adresse de l’accusé. Militaire, “Arthur savait qu’il pouvait mourir et il nous avait dit : ‘Donnez mon corps à la science et après je veux être incinéré.’ Même ça, vous lui avez volé.”

Cécile Noyer a parlé de ses nuits depuis la disparition de son fils. “Je dormais le téléphone allumé pendant des mois. Je me réveillais en disant ‘Arthur, il faut que je dorme, je laissais la lumière, Arthur, pour que tu me retrouves.” Et de ses cauchemars : “J’ai rêvé qu’Arthur me téléphonait, je l’entendais, il disait ‘maman vient me sauver ; maman, j’ai froid, viens’, je me suis réveillée paniquée, j’ai regardé mon téléphone et je n’avais pas d’appel, c’est terrible.”

Aujourd’hui, elle ne ressent que de “l’indifférence” pour “la personne” qui a fini “par admettre avoir tué Arthur, mais par accident”. “Dans cette salle, l’humanité, je la ressens ici, là, [elle montre la barre], je ne la ressens pas dans le box des accusés. Il y a une personne physique, mais c’est vide, c’est froid.”

Son époux, retraité de la fonction publique hospitalière, a, lui, choisi de s’adresser à la mère de Nordahl Lelandais, avec le plus grand respect. “Quand j’écoutais ce que vous avez dit de votre fils, madame, j’ai trouvé qu’ils avaient un parcours un peu similaire, sportif, beau garçon, des copains et on a vu des copains magnifiques défiler hier”, a reconnu Didier Noyer. Les deux ont commencé par le côté lumineux de la Force. Il y en a un qui est tombé du côté obscur, votre fils, le mien est resté du côté lumineux de la Force.”

Ce père très ému s’est tourné vers le portrait de son garçon, qui fixe la salle de ses yeux souriants depuis le début du procès : “Depuis que tu n’es plus là, je ne danse plus le rock and roll avec ta mère et ça, ça m’embête un peu. Alors je voudrais que cette affaire [ce procès] nous apporte la sérénité, comme à la famille Lelandais.”

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