Arrogance typiquement française

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Arrogance typiquement française

Quand une plateforme de streaming légal annonce qu’elle va intégrer dans son catalogue, des classiques du cinéma français, on pense naïvement que tout le monde va s’en réjouir. Figurez-vous qu’il subsiste un village d’irréductibles réactionnaires, qui n’ont pas évolué depuis l’invention du poste à galène.

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Snobisme

Dans certains milieux, il est de bon ton de cracher sur Netflix, Amazon et les offres de streaming. Le véritable intellectuel se doit d’aller au cinéma, d’avoir lu tous les classiques français et d’avoir l’intégrale des grands cinéastes chez lui. Le streaming ? Une création du diable, à n’en pas douter. Rendez-vous compte : ces services proposent des contenus que les gens ont envie de voir.

Pour Lelo Jimmy Batista, ce n’est pas Netflix qui devrait proposer les classiques, mais la télévision publique. On s’en voudrait beaucoup de faire la peine au journaliste du Libération qui nous a gratifiés d’une diatribe sentant bon la naphtaline, mais les choses ont changé depuis les années 80. Les audiences de C8, C8, CStar, NRJ12 et M6 nous enseignent que les téléspectateurs sont accros à la téléréalité. Quant au service public, il se concentre de plus en plus sur les reportages, les émissions d’enquêtes et les émissions politiques, car là encore, l’audience est au rendez-vous.

Il est d’ailleurs très amusant de constater que Netflix et Amazon sont régulièrement fustigés comme fossoyeurs de la « culture », mais pas les chaînes de télévision privées comme TF1, M6 ou Canal+. Est-ce que parce que ces dernières sont tenues de financer le cinéma français, contrairement aux deux premières entités suscitées ?

Bienvenue dans le monde réel : nous sommes en 2020 et les gens ont le choix. Donc, ils vont préférer un divertissement d’1 h 30 avec un héros qui sauve le monde d’un astéroïde géant, une série avec des cambrioleurs ou un film d’horreur à faire dresser les cheveux sur la tête. Les histoires où Loulou aime Doudou, qui lui-même préfère Coco, le tout en noir et blanc, avec des plans statiques de 2 min sur un verre d’eau ne font plus recette.

Netflix aurait une « production cuite à l’eau », toujours selon le journaliste de Libération. Au-delà du fait qu’il ne faut pas avoir beaucoup fouillé le catalogue pour dire une ânerie pareille, c’est oublier le principe qui régit n’importe quelle entreprise : faire des bénéfices. Pour faire des bénéfices, il faut donner aux gens ce qu’ils attendent et ce qu’ils aiment. C’est la dure réalité du marché. Le cinéma fait partie de la culture, mais ça reste du business et les deux choses ne sont pas incompatibles. Il faut tout bêtement accepter de vivre avec son temps.

Mépris de classe

L’autre grand reproche est le prix d’entrée. En effet, contrairement à télévision, il faut payer son abonnement à Netflix. On le répétera aussi souvent que nécessaire : Netflix est largement plus accessible sur le plan financier à la population dans son ensemble que le cinéma. Une place de cinéma pour voir un film coûte une dizaine d’euros. Un abonnement Netflix basique coûte moins cher et ne nécessite pas de coûts annexes, en dehors d’une connexion Internet : essence pour aller au cinéma — tout le monde n’habite pas Paris — douceurs dans la salle — où le sucre semble avoir une cotation boursière supérieure à celle de l’or — garde des enfants et pourquoi pas, restaurant avant ou après. Divertissement grand public à l’origine, le cinéma est devenu un luxe pour une majorité de Français.

Ce reproche est d’autant plus injuste qu’il n’existe que très peu de salles qui diffusent encore des classiques du cinéma. La plupart des salles projettent des blockbusters et autres cartons commerciaux, car c’est exactement ce que les gens ont envie de voir. Personne ne culpabilisera d’être allé voir le dernier film avec The Rock au détriment d’une obscure production sinistre.

Le point d’orgue de la détestation de Netflix est l’accès à la culture, comme s’il existait une sorte de cahier des charges, avec des cases à cocher : ceci est considéré comme de la culture et ceci est de la merde. C’est une vue de l’esprit parfaitement élitiste et sous couvert d’éduquer le petit peuple, on lui fait bien comprendre que s’il n’est pas naturellement attiré par les classiques, il est médiocre. Chers censeurs culturels, sortez de Saint-Germain-des-Prés, il y a un monde en dehors et vous n’avez pas besoin de passeport ni de visa pour cela.  

On a même un scoop pour vous : on peut aimer Truffaut et Netflix. Il n’y a que dans votre petit monde feutré que les deux sont incompatibles et personne ne lance un film pour se déculpabiliser d’avoir apprécié une série grand public. On vous conseillera de discuter avec des « vrais » gens une fois de temps, ça vous permettra de comprendre comment fonctionne le monde.

Ou alors, soyons audacieux jusqu’au bout : offrons à chaque individu à sa majorité, tous les classiques de la littérature et du cinéma français, dans le format de son choix.

Messieurs les censeurs, on ne vous salue pas.

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